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« Africains , nous devons changer de fusils d’épaule » par Amadou DIALLO

Il y a quelques moments à mon retour au Sénégal et lors d’une émission de télévision on me reprocha d’affirmer dans mon blog que le français est une chance qu’il faut saisir. Dans le regard des membres du plateau, je ressentis une certaine fébrilité et un déni de cette affirmation.

Effectivement, le français qui n’était pas la langue officielle de la Gaulle nous a permis au moins d’avoir l’alphabet et les signes pour transcrire nos différentes langues nationales ou ethniques. D’ailleurs d’immenses progrès ont été franchis depuis les indépendances dans le sens de la transcription de nos différents dialectes je dirais même dans la création d’une langue nationale commune.

Si demain, nos enfants apprennent les mathématiques en langue nationale c’est certainement à cause de l’alphabet latin et du français. Aussi on trouve aujourd’hui des lexiques français/pulaar, français/wolof et/ou d’autres ethnies africaines. On trouve plus rarement l’arabe, l’indou ou le chinois ou du reste l’africain.Ainsi comme Me Fatou Diome, on peut se demander à juste titre: « pourquoi tous les débats sur l’Afrique doivent-ils être rattachés aux concepts de colonialisme et de néocolonialisme ? » Peut-on ou doit-on balayer d’un revers de main tout notre passé ?

Aujourd’hui cela semble stupide, nous devons surtout faire un tri sélectif pour ne retenir que ce qui est positif dans notre histoire collective ou commune.Tout le monde africain loue aujourd’hui la réussite de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Pourtant il a vécu l’apartheid, passé plus de dix-sept ans en prison et pourtant à sa sortie il a appelé à une réconciliation nationale car les africains blancs comme noirs avaient chacun sa place dans ce pays.Contrairement au président Mugabe au Zimbabwe, il a laissé chacun à sa place et a maintenu les droits de tout un chacun.

En reprenant les terres aux blancs, Mugabe a foncé son pays dans la famine. Les noirs ne savaient pas exploiter les terres agricoles et toute la production de céréales a chuté entraînant le pays dans une disette incomparable. Par pur nationalisme on l’a maintenu au pouvoir alors que le pays sombrait davantage dans la misère alimentaire.Aujourd’hui, les anciens pays colonisés, aujourd’hui indépendants, doivent se demander comment faire pour se développer en tirant profit des expériences vécues.

Si le franc CFA de la Zone Franc est décrié de partout, devons-nous mettre les charrues avant les bœufs. Devons-nous créer une nouvelle monnaie sans au préalable créer une véritable fédération de pays africains avec une seule monnaie ?A mon humble avis, l’histoire de la Zone Franc doit être une leçon. Formons d’abord une fédération d’Etats africains de l’Est, de l’Ouest ou du Centre peu importe, avant de se lancer dans une monnaie commune contrairement au Franc CFA qui appartient à quatorze pays non fédérés selon la volonté du Général De Gaulle.

Aujourd’hui, la véritable question est celle des déséquilibres mondiaux, celle de la finance mondiale et de la mauvaise exploitation des produits miniers. L’exploitation, aujourd’hui, c’est du dumping économique. Le non-paiement des impôts qu’organisent les multinationales dans les pays africains est favorisé par la corruption et non par la colonisation. Quand des présidents distribuent des billets de banque pour se faire réélire, ce qui est en cause, c’est l’absence d’éducation et de culture démocratique.

Utilisons les mots appropriés pour désigner les injustices. Comment un pays peut-il se développer si ses dirigeants sont des corrompus, prêts à tout pour se maintenir au pouvoir ? Que dire d’une société gangréné par l’indiscipline, le manque de rigueur dans le travail et la mauvaise foi ? Ces maux gangrènent nos sociétés et ceux qui veulent aller à l’encontre sont bannis et réduits à de pauvres prisonniers politiques.Alors pour avancer l’Afrique doit faire un bémol sur son passé, forger son avenir et faire table rase de tout ce qui peut entraver son chemin vers le progrès.

Plus de soixante ans après l’indépendance on peut se demander : « que signifie être africain de nos jours ? » Cette question doit demeurer ouverte. Résolument, être africain, c’est lier en toute conscience son sort à celui de l’Afrique et aller à la rencontre du monde. Cela n’a rien à voir avec la couleur de la peau, de la religion ou de l’ethnicité. Il faut penser en termes d’Afrique-monde, afin de faire leur part aux Afro-Indiens, aux Afro-Européens, aux Afro-Chinois, aux Afro-Arabes, etc. C’est ça « l’afropolitanisme. »

Il n’y aura jamais de définition arrêtée de ce que c’est d’être africain. Nous devons, au contraire, nous laisser habiter par cette question, apprendre à vivre avec elle dans son irrésolution si nous voulons être heureux.

Amadou Diallo professeur de Mathématiques « diallobeducation@gmail.com »

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