ALLOCUTION DE MAA SINIG , ROI DU SINE , AU FORUM SOCIAL OUEST AFRICAIN, EDITION 2025

-Madame la Représentante du Chef de l’Etat ,
-Mme le Maire de Dakar ,
-Distingués invités, en vos rangs , titres et grades ,
– Monsieur le Coordinateur du comité d’organisation,
Il m’est particulièrement agréable de répondre aujourd’hui, à l’invitation que m’a adressée monsieur Mamadou Mignane Diouf , coordinateur du Forum social sénégalais .
Mais si j’ai plaisir à être parmi vous, ce n’est pas uniquement parce que Mignane Diouf mérite nos encouragements, en tant que membre de notre communauté, dont l’engagement citoyen constitue un motif de fierté .
C’est aussi , et c’est heureux, parce que le thème général et les sous thèmes que vous avez choisi d’étudier lors de cette édition de votre rencontre au Sénégal , sont d’une importance capitale pour nos sociétés, et méritent l’attention et le soutien de tous .
En effet, la gestion foncière, la gestion de l’eau en Afrique et la gestion des ressources naturelles sont au centre des problématiques de développement de nos pays . Je note aussi que la réflexion sur “la pêche artisanale et la migration “ est d’une brûlante actualité, source de grandes préoccupations pour de nombreuses familles éprouvées.
Je voudrais donc saisir la belle opportunité qu’offre votre rencontre , pour porter à votre attention que les fécondes traditions multiséculaires de notre Sine natal , célèbre dans le monde à travers le royaume d’enfance que chante le poète Léopold Sédar Senghor , ont toujours considéré comme essentielles la terre et l’eau , indispensables à la vie de tous les êtres humains , mais aussi à la flore et à la faune .
C’est pourquoi , depuis le treizième (XIIIe) siècle , le peuple du Sine , par la voix des Diarafs, ses légitimes représentants , déclare au moment solennel de la passation de pouvoir à tout nouveau Roi à introniser : “ NOUS VOUS CONFIONS LA TERRE ET LES EAUX .”
Par cette déclaration, le Sine rappelle que tout développement endogène est tibutaire de la transformation judicieuse des ressources naturelles sous terraines , de l’exploitation performante des potentialités de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Et pendant longtemps, ce fut le moyen le plus sûr pour retenir dans les terroirs , les forces vives qui prenaient le relai des Aînés .
Il s’y ajoute que, conscients de notre interdépendance avec la nature qui dépasse de loin le productivisme primaire , notre communauté a symboliquement conçu des liens de parenté , appelés totémisme , avec les animaux .
En guise d’exemple , l’antilope , affublée du patronyme DIOUF , mon nom de famille , se trouve rattachée à notre clan qui lui doit protection et qui, en aucun cas ne peut la tuer ni consommer sa chair .
Ce devoir incombe à la famille Sène pour les lièvres et lapins , les perroquets bénéficiant de la bienveillante protection des Touré , et il en va ainsi jusqu’à la couverture de toute la faune . Et la flore n’est pas en reste . L’écologie ne vient pas de naître…il convient de le savoir , et d’en tirer les leçons appropriées.
Mesdames et messieurs,
Au moment de conclure , je recommande la plus grande vigilance, pour ne pas réduire notre culture à des vestiges surannés ou obsolètes.
La culture , c’est le ferment de nos identités, mais c’est aussi un vecteur de paix , de cohésion sociale et de développement. En cela , elle est aussi l’avenir , comme j’ai déjà eu à le dire .
Nos ancêtres nous ont légué un héritage qui mérite d’être connu , étudié et valorisé et dans notre patrimoine culturel immatériel, nos rapports à la terre et à l’eau sont des gisements souvent plus riches que certaines matières premières.
Vous souhaitant plein succès dans vos travaux , je vous remercie de votre attention.
