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Analyse- Libération continue de détenus : «Dealogue» politique 100 conséquences – Lequotidien

Crimes sans coupables ? La vague de libérations notée ces dernières 48h est le signe d’un dégel politique voulu par le régime. Mais, elle révèle aussi un profond sentiment d’injustice pour les jeunes arrêtés, ainsi que les victimes des pillages. Pertes et profits ?

Par Bocar SAKHO – On peut avoir un sentiment ambivalent : alors que se célèbre l’indépendance des juges du Conseil constitutionnel, un autre pan de la Justice s’effondre sous nos yeux. Au nom de l’apaisement et de la réconciliation, les portes des prisons sont grandement ouvertes pour libérer des centaines de détenus dits politiques. On peut mesurer la joie des différentes familles qui serrent leurs proches comme s’ils venaient au monde. La formule ressemble à celle-ci : «Sortez, il n’y a plus rien à vous reprocher.» Ces jeunes qui sortent, avaient buté sur le refus des juges d’instruction et des chefs de Parquet, il y a à peine quelques semaines. Sans le dire, l’Etat est en train d’appliquer une sorte d’«amnistie», même si le Président Sall a renoncé à son projet, qui avait provoqué peu d’adhésions. Car il est improbable qu’ils soient jugés. Tout ça pour ça ? On est tous médusés devant ce spectacle dont le scénario est écrit par le régime Sall, qui cherche à apaiser les cœurs. Entre mars 2021 et juin 2023, la machine de la police, de la gendarmerie et de la Justice est mise en branle pour nettoyer la «pègre». Les différentes «forces obscures» sont démantelées par les enquêteurs mobilisés sur le terrain et les réseaux sociaux. Les enquêtes de la Sûreté urbaine, qui rassemblait les différentes pièces du puzzle…, sont fuitées à longueur de journées. Par exemple, dans la nuit du 16 au 17 juin 2022, aux environs de 2h, un groupe dénommé «Force spéciale» avait attaqué un poste électrique de la Senelec. L’objectif était de «créer une panne électrique dans le secteur», après avoir jeté un cocktail Molotov sur le poste, mais cela n’a pas eu l’effet escompté du fait d’une faible détonation. En août dernier, la police a procédé à l’arrestation de 11 personnes qui auraient envisagé «de poser des actes terroristes dans le secteur de la Vdn». Les individus appréhendés «logeaient dans un domicile à Sam Notaire». Dans le même sillage, les «Forces occultes» du parti Pastef sont aussi démantelées. Alors que les auteurs, selon les enquêtes de la police, prévoyaient de s’en prendre aux Forces de défense et de sécurité avec des cocktails Molotov à Hertz. Le «Mortal Kombat» a provoqué des pillages de magasins, le saccage de stations-services, d’édifices publics et privés, la perte d’emplois, l’appauvrissement de particuliers qui ont perdu leurs investissements personnels. Sans bénéficier de réparations de l’Etat. Par exemple, le patronat du secteur pétrolier avait évalué les émeutes de juin dernier à 3 milliards francs Cfa. L’enchaînement d’évènements tragiques s’est achevé avec l’attentat de Yarakh, qui a fait deux morts. C’est le dernier acte d’une année ensanglantée par des manifestations politiques violentes, qui ont provoqué une cinquantaine de morts.

Pour «expurger» le Sénégal de ces forces dites occultes, une chasse à l’homme est lancée entre mars 2021 et juin 2023. Les procureurs de la République et le Procureur général, les ministres de l’Intérieur et de la Justice sont mobilisés pour faire la lecture expliquée aux Sénégalais, qui seraient menacés par des «forces obscures et terroristes» parrainées par l’ex-parti Pastef. Celui-ci sera dissous à cause de ses «activités subversives et insurrectionnelles». Et les cabinets d’instruction sont surchargés.

Aujourd’hui, faudrait-il verser toutes ces «accusations» documentées par la police, la gendarmerie et la Justice dans la corbeille d’une supposée réconciliation nationale ? Depuis jeudi, l’Etat a opté pour un revirement à 360 degrés, avec la libération de près d’un millier de détenus «politiques». Ces éléments seront ajoutés au «dossier» des crimes non élucidés dans ce pays depuis les indépendances. Les morts sont enterrés, les familles des victimes font seules leur deuil. Et les personnes qui ont perdu leurs investissements vont devoir se débrouiller pour reconstituer leur capital. Evidemment, il y a eu des crimes, mais il n’y a pas de coupables. Clap ! On passe à autre chose…
bsakho@lequotidien.sn

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