ECONOMIE

Au Sénégal, les agropoles offrent une place de choix aux femmes

À 300 kilomètres de Dakar, la capitale du Sénégal, le soleil se lève sur le village de Bounkiling Diola, dans la région de Sédhiou, en Casamance – une région connue pour sa végétation luxuriante, la fertilité de son sol et ses riches ressources naturelles. Selon un récit publié par la Banque africaine de développement (Bad), sur une vaste étendue de terre, de petits plants de manguiers s’étendent à perte de vue. Au loin, Ciré Biaye, une jeune femme, vêtue de bottes et munie d’un coupe-coupe, inspecte tranquillement les pieds de manguiers plantés seulement quelques jours auparavant dans son exploitation agricole, à Bounkiling Diola.

Rien ne présageait pourtant que la jeune femme de 32 ans, se reconvertirait dans l’agriculture. «Je suis rentrée au Sénégal pour me consacrer à cette activité après six ans d’études au Maroc, car je suis convaincue que toutes les belles réussites que j’ai vues à l’étranger, je peux les réaliser dans mon pays. J’ai une exploitation de 20 hectares que j’ai héritée de mon père, qui était ingénieur agronome. Je me suis dit qu’il serait dommage de laisser cette exploitation à l’abandon. Depuis 2018, j’ai donc décidé de faire de l’arboriculture, de la grande culture et du maraîchage », explique la jeune dame. Diplômée en finance des entreprises, Ciré Biaye partage désormais son temps entre son exploitation agricole et son travail d’assistante administrative et financière dans un centre médical de la région.

«Grâce à son potentiel agroécologique, la Casamance a longtemps été le grenier agricole du Sénégal. C’est pour préserver et valoriser ces acquis que le gouvernement du Sénégal a lancé le Projet de zone de transformation agro-industrielle (Pzta), avec cinq agropoles (Sud, Nord, Centre, Ouest, Est). Le projet, qui couvre l’ensemble du pays, vise – entre autres objectifs – à contribuer à la transformation structurelle de l’économie sénégalaise, à réduire le déficit de la balance commerciale et à créer des emplois », explique-t-on.

Financé par la Banque africaine de développement, le projet de l’agropole-Sud, situé dans la région de Sédhiou, a permis à l’Institut sénégalais de recherches agricoles, d’accroître ses capacités à produire des ressources végétales de qualité, en partenariat avec les services des eaux et forêts et les multiplicateurs semenciers qui profitent aussi de l’appui de la Banque.

«L’ambition de la Banque africaine de développement, avec les agropoles, est d’accompagner les pays africains dans leur objectif d’accroitre la valeur ajoutée de la production locale en soutenant les infrastructures, au profit de tous les acteurs de la chaîne de valeur agricole. Les agropoles offrent une solution de développement holistique de la chaîne de valeur agricole », a indiqué Beth Dunford, la vice-présidente du Groupe de la Banque chargée de l’agriculture et du développement humain et social, avant d’ajouter : «Grâce à un accroissement durable de la productivité agricole et à la mobilisation des investissements privés – notamment dans la transformation, cela crée de la valeur et des emplois ».

L’appui au renforcement durable des capacités des producteurs des filières agro-industrielles est l’une des principales composantes du projet d’agropoles au Sénégal. Ainsi, l’agropole Sud, en collaboration avec l’Institut sénégalais de recherches agricoles, œuvre à mettre à la disposition des producteurs des variétés performantes, notamment des plants greffés de manguiers et des semences améliorées de maïs. Objectif : augmenter la productivité des filières ciblées. Il s’agit aussi de réduire les pertes post-récoltes de mangue et d’anacarde de la région, qui peuvent s’élever jusqu’à 60 % de la production, faute d’investissements suffisants en matière de stockage, de logistique et de transformation.

L’agropole Sud à Bounkiling Diola constitue la première phase opérationnelle des agropoles du Sénégal. Elle couvre les régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. À terme, elle permettra d’augmenter de 40 % la production des filières prioritaires, faisant passer le taux de transformation de la mangue de 2 à 20 %, d’anacarde de 5 à 30 % et de maïs de 9 à 18 %.

«Le projet agropole-Sud a été conçu de manière inclusive, car c’est un projet agro-industriel transformateur exécuté dans le cadre d’un partenariat public-privé qui mobilise des co-financements. Il incite les entreprises privées à investir, tout en tirant parti des investissements de la Banque africaine de développement et du gouvernement sénégalais dans les infrastructures », souligne Atsuko Toda, directrice du département financement agricole et développement rural à la Bad.

La Bad souligne que les femmes africaines occupent une place prépondérante dans l’agriculture. Elles produisent plus de 70 % des denrées alimentaires destinées à la consommation des ménages et à la vente sur les marchés locaux. La dimension du genre fait partie intégrante du projet agropole, qui porte une attention particulière aux femmes agricultrices de la région.

«Résorber le chômage des jeunes et des femmes est une mission prioritaire du projet, et au moins 50 % des emplois créés seront dévolus aux femmes et 60 % aux jeunes », a assuré El Hadji Djily Mbaye Lo, coordonnateur national du projet agropole.
«L’agriculture, c’est pour les femmes ! J’aime l’agriculture parce que je suis née dedans et je sais que je peux réussir dans ce secteur », affirme Ciré Biaye. Et avec l’appui de l’agropole, j’ai la conviction que je peux aller plus loin et même si je suis diplômée et salariée, je pense que cultiver la terre est une opportunité. Sa vision du futur ? Aller au-delà de la production et s’attaquer à la transformation et à la distribution.

La mise en œuvre de ce projet d’agropole ouvre de nouvelles perspectives pour des femmes comme Ciré Biaye dans la région de Sédhiou, au Sud du Sénégal.

Adou Faye 
 

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