SOCIETE / FAITS DIVERS

BOOFO, À FORCE DE PERSÉVÉRANCE

Boofo ou l’infirme en pulaar ! C’est ainsi que tout le monde l’appelle dans son royaume d’enfance et de conscience. Mamadou Thioub, qui a vu le jour à Matam en 1975, a très tôt perdu l’usage d’une jambe après une piqûre intraveineuse. Une épreuve qui a forgé son mental. Ses parents, secoués, ne l’ont toutefois pas abandonné à son sort. Ils l’envoient à l’école coranique à l’âge de cinq ans, supportant les quolibets et les regards de commisération ; et de mépris aussi. « Je suis handicapé, mais je ne me plains pas », confie-t-il, comme pour répondre à tous ceux qui le toisent.

À force d’abnégation, Mamadou Thioub est parvenu à mémoriser le Coran chez Thierno Demba Sall, commençant à dispenser des cours aux petits apprenants. En 1991, son oncle le confie au célèbre marabout Thierno Samassa de Matam pour parachever sa formation. Il s’initie à d’autres disciplines comme la jurisprudence islamique, l’exégèse coranique… Il y obtient le grade de « Alpha » en 2005. Sa soif de connaissances le pousse à aller à Dakar pour parfaire ses connaissances en langue arabe malgré son handicap. « Boofo » continue de gravir les échelons en décrochant le Brevet de fin d’études moyennes en arabe. Ce sésame obtenu, il se présente et réussit à un concours d’enseignement. « C’est à Agnam Thiodaye, dans le département de Matam, que j’ai été affecté. Cependant, ma mère ne voulait pas que j’y aille à cause de mon handicap parce que, estimait-elle, je n’aurais personne pour m’aider », se souvient le persévérant bonhomme.

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« J’ai vaincu le mythe du handicap »

Mais c’était peine perdue car il était prêt à montrer à la face du monde qu’un handicapé peut réussir dans la vie sans quémander. Pendant 11 ans, il se charge de dispenser des cours en arabe à l’école élémentaire de ce village. « Je salue le professionnalisme et la bienveillance de mes collègues qui ont été sensibles à sa mon état. Je faisais 28 heures de cours par semaine et chaque classe avait un effectif de plus de 60 élèves. Pour le soulager, ils lui ont conseillé de réduire les heures », renseigne celui qui enseigne depuis 2017 à Wouro Abdoulaye Sow, une localité située entre Ourossougui et Matam. Son tricycle étant en panne, le « besogneux » enseignant souffre le martyre car ses béquilles ne font pas l’affaire.

Cet aléa ne le contrarie pas outre mesure. Ses frères, qui ne sont pas fauchés, voulaient le prendre en charge pour qu’il reste auprès des siens. Cependant, il n’a jamais accepté d’être un « parasite, sans aucune utilité pour la société ». Mamadou veut vaincre le poids du handicap qui pèse sur bon nombre d’infortunés. « J’ai construit mon appartement sans l’aide de personne ».

« Mes enfants m’appellent Boofo »

Il est en train de construire une nouvelle maison à la sortie de Matam pour un budget de 12 millions de FCfa. « Je peux dire que j’ai vaincu le mythe du handicap », soutient-il, fier de sa trajectoire. C’est pourquoi, les regards étonnés et effrontés ne l’incommodent plus. Ils ne le mettent pas non plus hors de lui. « Même mes enfants m’appellent boofo», confie-t-il, non sans se marrer.

« Ma première fiancée m’a laissé tomber parce que, selon ses parents, un handicapé ne peut pas prendre soin d’une femme », dit-il, le visage durci. Aujourd’hui, Boofo est heureux à côté de sa charmante Diyé Diaw, une native de Matam, étoile d’une vie tumultueuse. « J’ai entendu toutes sortes de méchancetés, mais j’ai préféré me concentrer sur l’essentiel : notre famille et l’amour que je lui porte et qu’il me rend bien », se rappelle la « prunelle » des yeux de « Boofo ». Avec ce dernier, ils ont ensemble surmonté beaucoup d’obstacles avant d’entrevoir les lueurs d’espoir avec surtout de magnifiques enfants. L’aîné passera, l’année prochaine, le Brevet de fin d’études élémentaires. Son souhait est de voir tous les handicapés regroupés dans une association pour faire valoir leurs droits. « J’exhorte tous les parents à envoyer leurs fils handicapés à l’école parce qu’ils ont leur place dans la société ». Sa trajectoire en est une touchante illustration.

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