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bouleversement politique au Mali – Sud Quotidien

Mercredi, « le Conseil des ministres malien a tranché dans le vif, s’exclame Sahel Tribune à Bamako : les lois fondatrices du pluralisme politique sont désormais lettre morte. Abrogation pure et simple de la Charte des partis politiques de 2005 et du statut de l’opposition de 2015. Deux texte-clés balayés par un projet de loi présenté par le ministre délégué aux Réformes politiques, dans le sillage des Assises nationales de la Refondation. En apparence, il s’agit d’une réforme de structure. En réalité, pointe Sahel Tribune, c’est une reconfiguration historique du jeu démocratique malien. »

En effet, précise le média malien, « les “forces vives“, comme on les appelle, ont exprimé une volonté claire : dissoudre pour reconstruire, interdire le nomadisme politique, supprimer le financement public et auditer les pratiques passées. Plus audacieuse encore est la suppression du statut du chef de file de l’opposition, héritage de la démocratie pluraliste malienne. (…) Un signe, pour certains, d’un retour à un monocentrisme assumé du pouvoir, dans un contexte régional dominé par l’Alliance des États du Sahel, dont les modèles politiques s’éloignent des schémas occidentaux. Dans les recommandations issues des concertations figure aussi une proposition qui fait déjà grincer les dents, relève encore Sahel Tribune : la révision de la Charte de la Transition pour installer le général Assimi Goïta à la tête de l’État pour un mandat de cinq ans, renouvelable. Une formule qui rappelle celle adoptée par ses homologues du Niger et duBurkina Faso. L’armée au pouvoir, mais sous la forme d’une présidence élective, consolidée, durable. »

Abus de pouvoir ?

Autre média bamakois, L’Alternance s’indigne. « La dissolution des partis politiques vient boucler la boucle de la série de violations de la loi fondamentale en République du Mali, dénonce L’Alternance. Pour rappel, la Constitution de 2023 a mis des verrous à trois principes, la forme républicaine et laïque de l’État, le nombre de mandats du président de la République et le multipartisme. Comment malgré l’inscription de ces principes intangibles dans le marbre de la constitution, les autorités maliennes pourraient-elles dissoudre les partis politiques ? Si la décision était appliquée, elle n’aurait d’autre qualificatif qu’un abus de pouvoir, une violation flagrante de la constitution, (…) un précédent très gravissime, qui ferait passer notre pays pour une République bananière. »

Contestation ?

« Au Mali, le général Assimi Goïta veut jouer les prolongations sans aucune opposition », constate pour sa part Le Monde Afrique. « Cinq ans après avoir pris le pouvoir par la force, lors d’un coup d’État en août 2020, le général est en passe de s’adjuger un nouveau bail de cinq ans à la tête du Mali. (…) Mais, relève le journal, là où cette prolongation est passée sans encombre à Ouagadougou puis à Niamey, elle provoque déjà des remous à Bamako. Longtemps muets face aux militaires au pouvoir, les principaux partis politiques du pays entendent désormais leur barrer la route. (…) Plusieurs leaders politiques évoquent la possibilité d’appeler à des manifestations – lesquelles seraient inédites, mais aussi sûrement interdites. “Les prochains jours vont être décisifs, affirme Yaya Sangaré, secrétaire général de l’Alliance pour la démocratie au Mali. On sent un réveil. Les espoirs et l’enthousiasme observés au début de la transition ont été déçus. La junte n’est plus populaire. Les Maliens ont compris que ces gens veulent confisquer le pouvoir et les priver de leurs libertés, affirme-t-il encore. Mais nous ne l’accepterons pas“. »

Et puis, souligne encore Le Monde Afrique, « reste à savoir comment les autres officiers qui composent la junte au pouvoir réagiront à une éventuelle prolongation de cinq ans du mandat du général Goïta à la tête de l’Etat. Ces derniers mois, plusieurs sources militaires et sécuritaires évoquaient une méfiance croissante entre le chef de la junte et le général Sadio Camara, son puissant ministre de la Défense. »

15 ans au pouvoir ?

Enfin, Ledjely en Guinée a fait les comptes : « le général Assimi Goïta qui est en place depuis 2020, est (donc) invité par les conclusions des récentes concertations à s’offrir un nouveau bail de cinq ans, lui-même renouvelable une fois. Autrement dit, 5+5+5=15 ans… cadeau ! Curieusement, la persistance de l’insécurité est le prétexte qu’on met en avant. Cette même insécurité qui avait en partie justifié le coup d’Etat d’août 2020. Mais le plus affligeant, pointe Ledjely, c’est le fait que les populations (maliennes) ne comprennent rien au piège qui se referme ainsi sur elles. »

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