A LA UNEACTUALITÉS

Carnet de voyage : Yakro, une ville qui a repris vie avec la Can

Située au centre du pays, à 3 heures de route en bus d’Abidjan via l’autoroute du Nord, Yamoussoukro ou Yakro dans le langage ivoirien est loin du gigantisme des grandes villes africaines. Capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire, elle porte l’empreinte de son premier président, Félix Houphouët-Boigny (1905-1993). De la Basilique Notre-Dame de la Paix, la plus grande au monde, à la Fondation de la Paix en passant par l’Hôtel Président jusqu’au Lac aux crocodiles, les visiteurs n’ont pas le temps de s’ennuyer. Eclipsée par la capitale économique qu’est Abidjan, Yakro réputée très calme, a repris pourtant vie… le temps de la Can.

A 248 km de la bouillonnante Abidjan, capitale économique du pays, l’atmosphère est aux antipodes. Trafic fluide, larges avenues, grands espaces boisés, vastes boulevards, Yamoussoukro, la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire se distingue des autres villes du pays. En ce mois de janvier, la chaleur est à la limite du supportable. Mais, ça se bouscule au grand marché.

Aux abords des rues, vendeurs et clients marchandent les gadgets aux couleurs de différents pays. Maquis et restaurants s’animent jour comme nuit. Les klaxons des taxis se font entendre partout. L’atmosphère est colorée. Décrite comme endormie en raison de son immensité, de son calme et de l’absence d’institutions politiques, Yamoussoukro reprend ainsi vie le temps de la Can. Elle accueille les équipes de la poule C dont le Sénégal.

Yakro dans le langage ivoirien, Yamoussoukro doit son nom à la reine Baoulé Yamousso, «Kro» signifiant village. « Village Baoulé », c’est ce que signifie donc Yamoussoukro. « C’est ici la Côte d’Ivoire parce que le premier président est originaire de cette localité. Il a tout fait pour la ville. Si aujourd’hui, Yakro est célèbre, c’est grâce à lui. Jamais, on ne l’oubliera », s’enthousiasme un vieil homme rencontré dans un taxi.

Ces joyaux architecturaux qui attirent des visiteurs

 

De ce qui n’était qu’un tout petit village au beau milieu d’une jungle, le premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (1960 à 1993) en a créé une ville de toute pièce avant d’en faire la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire depuis mars 1983.

Natif de la localité, il y a laissé une trace indélébile de sa présidence en y bâtissant des joyaux architecturaux qui font sa notoriété. Tout d’abord, l’incontournable Basilique Notre-Dame de la Paix. Dès votre arrivée à Yakro, son dôme surgit par-dessus des toits et de la végétation. Du haut de ses 150 mètres, soit plus que Saint-Pierre-de-Rome, la Basilique Notre-Dame de la Paix, construite en 1986 et consacrée en 1990 par le Pape Jean Paul II, est le plus haut édifice chrétien du monde. A ces sites qui attirent des visiteurs à Yakro s’ajoute le Lac aux crocodiles. Jouxtant le Palais présidentiel, il a été créé dans les années 50 par le premier président ivoirien, et abritait des crocodiles dont certains lui sont offerts par Modibo Keïta, ancien président du Mali. L’on raconte que «ces bêtes étaient surtout associées à la puissance politique et au côté mystique de Félix Houphouët-Boigny». Le lac aux crocodiles entoure le Palais présidentiel qui abrite le caveau familial dans lequel repose Félix Houphouët-Boigny.

 

Autre endroit incontournable à Yakro, c’est bien sûr la Fondation de la Paix Félix Houphouët-Boigny. Créée en 1973, elle est un institut de recherche sur les questions de la paix. Au nombre des sites qui méritent un détour dans la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire figure également le fameux Hôtel Président. Facilement reconnaissable avec son imposante architecture qui se présente comme une tour, l’établissement de 5 étoiles est bâti dans un parc fleuri de 25 hectares. C’est d’ailleurs dans cet hôtel que les équipes du Sénégal et du Cameroun avaient pris leurs quartiers durant la Can. Fait de marbre, de bois exotique, de miroir, de vitraux, l’ensemble des joyaux architecturaux inscrits dans l’air du temps, sont restés intacts.

A ces édifices qui portent la signature de Papa Houphouët comme on le surnomme à Yakro, figurent l’Hôtel des parlementaires, la grande mosquée, l’Institut national polytechnique et la cathédrale Saint Augustin.

Toutefois, l’on ne peut décrire Yakro sans parler du stade Charles Konan Banny (Premier ministre ivoirien de 2005 à 2007) dont les travaux ont été lancés en 2018. L’édifice de 20.000 places qui se dresse tel un monument à la modernité, a abrité les matchs de la Can.

Taxis à gaz butane, maquis : l’autre décor de Yakro

 

A Yamoussoukro, les taxis de couleur blanche marqués de bandes verte et orange, couleurs du drapeau de la Côte d’Ivoire, font partie du décor. Trouver une bonbonne de gaz dans le coffre de ces taxis est, en effet, chose banale dans la ville. Et pour cause, ils roulent presque tous avec du gaz butane comme combustible.

«Ici, tous les taxis roulent avec du gaz butane car, c’est moins cher que le gasoil ou le super. La bonbonne de 6 litres coûte 2000 FCFA et celle de 24 litres à 10.000 FCFA. Avec 10.000 FCFA, tu peux aller à Abidjan et revenir. L’installation se fait à 180.000 FCA. D’ailleurs, même les véhicules particuliers utilisent le gaz butane. C’est interdit par le gouvernement mais il n’y peut rien. A chaque fois, qu’il veut arrêter ça, les gens se révoltent», nous explique un chauffeur de taxi. Cependant, la pratique n’est pas sans risque. «Nous avons conscience du danger mais c’est plus économique. Il faut faire des entretiens mais la majeure partie des conducteurs ne le fait pas. C’est pourquoi, il y a beaucoup de cas d’explosion et parfois avec des blessés et des morts», ajoute le taximan. Et c’est peut-être l’utilisation du gaz butane dans les taxis qui justifie les prix abordables dans le transport à Yakro. Entre 200 et 1500FCFA, on vous emmène partout. Dans le transport urbain de Yakro, on retrouve aussi les taxis collectifs de quatre à six places qu’on appelle les «wôrô wôrô» (un terme nouchi, argot ivoirien qui signifie « fatigué », en référence à l’aspect délabré des véhicules), mais aussi des bus de la Société des transports abidjanais (Sotra).

Comme toutes les villes ivoiriennes, Yakro est aussi renommée pour ses maquis et restaurants qui ajoutent une saveur particulière à l’expérience de la Can. Ils donnent une douceur de vivre et rythment les coins des rues. Dans ces lieux de rencontre et d’échanges, on peut facilement se poser, manger son attieké, boire son verre, causer avec des amis en regardant la télévision ou en écoutant de la musique, et à des prix défiant toute concurrence. Autre chose qui pourrait s’ajouter au décor de Yakro, c’est la coupe de cheveux des filles. Il n’est pas rare de rencontrer dans les rues des filles avec des cheveux courts voire rasés. Et quand on leur demande pourquoi ce look, elles nous répondent que ce sont leurs écoles qui le leur imposent.

 

A Yakro, l’hospitalité est aussi au rendez-vous

Par-delà ses larges routes, Yamoussoukro se dévoile également à travers sa culture de l’hospitalité. «Pays de l’hospitalité», cette phrase extraite de l’Abidjanaise (hymne national du pays) n’est pas une parole en l’air à Yakro. Que ça soit dans les restaurants, les rues, les hôtels, les taxis, partout, les Ivoiriens se démarquent par leur hospitalité légendaire. «Nous sommes le pays de l’hospitalité. C’est une culture que Papa Houphouët nous a léguée. Ici, on vous souhaite Akwaba partout (bienvenue en langue locale). On va gâter tous ceux qui sont là. Comme ça, ils se souviendront toujours de la Côte d’Ivoire et particulièrement de Yamoussoukro», laisse entendre un habitant de Yakro. Ce que confirme une journaliste sénégalaise : «C’est ici que quelqu’un vous trouve dans un restaurant ou un taxi et paie pour vous sans vous connaître. C’est du jamais vu ! Les Ivoiriens sont ouverts et accueillants et ils sympathisent facilement. Ils sont aussi taquins. Je pensais que ça allait changer avec le match opposant le Sénégal à la Côte d’Ivoire mais rien».

 

Eclipsée par Abidjan, véritable poumon économique et politique du pays qui abrite la plupart des institutions politiques et administratives, Yamoussoukro s’est quelque peu réveillée durant la Can, selon ses habitants. Tout de même, la 6e ville de la Côte d’Ivoire en termes d’habitants (environ 300000) est encore loin de l’effervescence des grandes villes africaines. Les matchs de la Can à jouer à Yakro sont finis, la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire va sûrement retourner dans son sommeil.

Mariame DJIGO

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page