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Choc d’un choc

Ce matin, vers 9 heures, un grave accident s’est produit sur la RN1 à hauteur du village de Ndioudiouf, non loin de Fatick. Un bus en provenance de Kaolack, est entré en collision avec un camion malien. Le bus transportait des jeunes âgés entre 10 et 20 ans. Ils allaient jouer un match de football à Dakar. C’est en faisant un dépassement irrégulier que le bus a frontalement heurté un camion conteneur malien qui roulait dans le sens inverse en provenance de Dakar.

Deux morts sur le coup, le chauffeur du bus et un de ses apprentis. Le chauffeur du camion coincé dans son véhicule a été difficilement sorti puis acheminé à l’hôpital régionale de Fatick où il a finalement succombé.
Ayant été sur les lieux, nous avons beaucoup d’observations à faire sur ce terrible accident.

D’abord, l’indiscipline de certains chauffeurs sur la route. Ceux qui ont vu le choc (nous sommes arrivés une vingtaine de minutes après) nous ont dit que le bus roulait à vive allure et a fait un dédoublement très irrégulier.
Les chauffards, ils sacrifient les populations!!

J’ai appris, sur les lieux, que le bus était l’horaire de Djilor Saloum, une commune située entre Foundiougne et Passy. Je le prenais en allant à Dakar, quand je servais à Djilor, entre 2010 et 2013. Déjà à l’époque, le bus était âgé, il tombait souvent en panne. Le propriétaire l’a vendu après.

Ensuite, nous devons pointer du doigt la responsabilité de certains parents. La plupart des jeunes qui étaient dans le bus sont âgés de moins de 15 ans. Certains d’entre-deux ont avoué être partis sans informer leurs parents, ce qui est totalement inacceptable. Ces jeunes ont quitté Kaolack avant 07 heures et il est difficile de concevoir que des enfants de cet âge sortent de chez eux, à cette heure, sans que les parents ne soient au courant. Soyons encore plus exigeants avec nos enfants.

Allongés à même le sol, certains ont emprunté des téléphones pour appeler leurs parents et les informer. Des parents attristés ont exigé que leurs enfants fassent des appels vidéo pour qu’ils les voient et s’assurent qu’ils sont vivants.

Enfin, il y a lieu à pointer du doigt la responsabilité de l’État à deux niveaux. Premièrement, l’étroitesse de la route. Le camion a tenté d’éviter le bus en descendant de la route, mais le risque de se renverser est réel à ce niveau.

C’est scandaleux de dépenser des milliards sur des autoroutes à péage et laisser cette RN1 dans cette situation. Cette route doit être à trois voire quatre voies. Si tel était le cas, les accidents seraient drastiquement réduits.

Deuxièmement, le sous équipement de nos services. Après l’évacuation des corps et des blessés, les sapeurs-pompiers ont fait près de 2 heures à dégager le bus de la route. [ Le véhicule a totalement barré la route, aucun véhicule n’a pu passer entre 9h et 12 heures]

Ils en étaient incapables, à cause d’un manque de moyens matériels. En un moment, les nombreuses dizaines de personnes qui étaient sur sur place, avaient décidé de dégager le bus de leurs propres mains.
Finalement, c’est un autre bus malien qui a été utilisé. Quelle honte, quelle honte !!!!!!

Pis, j’ai appris, au cours de la journée, que les blessés évacués à l’hôpital régionale de Fatick n’ont pas pu être pris en charge correctement. L’hôpital ne disposerait pas de suffisamment de moyens humains et matériels pour offrir un bon service aux blessés.

Il faut vraiment repenser ce Sénégal. Le mal est plus profond qu’on ne l’imagine.
PS: je ne voulais pas jouer le rôle de journaliste, c’est pourquoi je n’ai pas donné des détails quand j’étais sur les lieux. J’avais invité les journalistes à venir faire ce travail. Je ne voulais surtout pas que les parents paniquent en me lisant.

Babacar DIOUF

professeur d’histoire et de géographie

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