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COVID-19, SILENCE, ON MEURT

SilenceDuTemps – Quoi de pire que le silence des nations, cette indifférence assourdissante devant l’injustice flagrante que subit encore une fois l’Afrique face au Covid-19 ?

Le monde entier, à commencer par l’Afrique elle-même, a d’abord feint de croire que nous serions épargnés par ce fléau épidémique. C’était sans compter la virulence du variant Delta qui met à genoux nos capacités sanitaires et porte à bout nos soignants, sans parler de l’impact socio-économique désastreux depuis le début de la pandémie.

Deux chiffres suffisent à situer l’ampleur du péril pour l’Afrique : à ce jour, moins de 2 % de sa population estimée à 1,4 milliard d’habitants bénéficie d’une couverture vaccinale complète et seulement 1% des doses de vaccins mondiales a été attribué au continent. La pénurie est telle que le directeur des opérations de la Banque mondiale, Axel van Trotsenburg, qualifiait mercredi 14 juillet la situation « d’inacceptable ».

Est-ce suffisant cependant ces beaux sentiments à l’endroit de l’Afrique ? Cela soulagera-t-il nos cimetières qui sont débordés ? L’OMS est très loin de son objectif d’au moins 30 % d’Africains vaccinés d’ici à la fin de l’année. Et la raison, tout le monde la connaît : c’est la loi du plus fort ! C’est une affaire de gros sous et que l’on ne me taxe pas ici de simplisme, car ce serait quoi alors ?

19,50 € la dose et il faut maintenant en compter trois. Même les Chinois achètent désormais eux aussi du Pfizer, leur propre vaccin étant insuffisant. Comment voulez-vous qu’on fasse ? Qu’en est-il pour les pays pauvres ? C’est là que le bât blesse, car sauf à vacciner toute la planète, nous n’en aurons jamais fini de cette pandémie et de ses variants.

Devant cet « égoïsme vaccinal », l’OMS a demandé mercredi 4 août un moratoire pour l’administration d’une troisième dose de rappel dans les pays riches alors que les pays pauvres peinent à se vacciner de la première.

Dans ce contexte pandémique, la logique de « réparation » des pays riches et des géants étrangers qui dominent dans nos pays doit s’appliquer activement et urgemment. Les dégâts environnementaux notamment occasionnés par l’activité des entreprises par nature productrices de richesses doivent être compensés par une vision plus regardante par rapport au bénéfice social des Africains.

Je ne veux pas revenir au passé de triste mémoire, mais le monde entier n’a jamais hésité à se servir en Afrique quand il fut question de puiser dans ses ressources naturelles ou humaines.

L’histoire des rapports entre la France et l’Afrique par exemple, justifierait à elle seule un partenariat plus concret et entier dans la course aux vaccins, à un moment où les décès dus au Covid-19 atteignent un niveau record sur le continent.

Avec son développement économique fulgurant avant la pandémie et un climat des affaires stabilisé, le Sénégal quant à lui reste une terre propice pour les PME du monde entier. Or aujourd’hui, on ne peut plus voir l’Afrique uniquement comme un territoire où les opportunités sont légion, avec sa population qui va passer de 1,2 à 2 milliards d’habitants en 30 ans.

Je ne veux pas cependant ajouter de la polémique à la pandémie, mais il faut que la vaccination se fasse et je préfère croire, comme notre président Macky Sall que « la production de vaccins en Afrique n’est pas une utopie », plutôt que de succomber aux « silences du temps ».

Oumou Wane est diplômée de Lettres, experte en communication. Après avoir travaillé dans différentes agences de communication, elle a créé en 1995 l’agence Booster. Installée à Rome depuis de nombreuses années, elle est la présidente de la chaîne de télévision sénégalaise Africa 7.

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