CONTRIBUTION

DE LA NÉCESSITÉ D’UNE RÉFLEXION STRATÉGIQUE

À la lumière des évènements en Afghanistan, des collègues ont commis des papiers de grande qualité. Je veux citer : Pierre Sané (Afghanistan, l’invasion des barbares et le capitalisme du désastre) ; Babacar Justin Ndiaye, (Mali-Afghanistan : la doctrine américaine et l’agenda français) et enfin Alymana Bathily, (Afghanistan, un message au monde et à l’Afrique).

Tous les trois nous incitent à la réflexion, mais surtout, ils démontrent encore une fois, les possibilités d’un leadership intellectuel en tant qu’héritiers de « Présence Africaine ». L’intelligentsia sénégalaise a une responsabilité devant l’histoire. La carte du monde est en train de se redessiner sous nos yeux. Sans trop vite aller en besogne et proclamer la fin de l‘hégémonie occidentale, il faut reconnaître tout de même que nous sommes rentrés dans une période de compétition des civilisations et parfois de façon violente. Personne n’en maîtrise l’issue. On ne sait pas encore quelles en seront les conséquences puisqu’il y a une imbrication de plusieurs aspects de la crise : démographique, sanitaire, climatique, de la criminalité…on dirait que l’humanité va déserter notre univers.


Les Américains ? On leur attribue un destin de dirigeants de ce monde. Sont-ils encore prêts à l’assumer ? Depuis la Deuxième Guerre mondiale, leurs troupes sont stationnées à Avène dans le Frioul en Italie et en Allemagne pour rappeler à l’Europe leur part dans la défaite du spectre nazi.

Au moins, on peut reconnaître une chose aux Américains : leur capacité d’anticipation, leur contrôle et leur maîtrise de la circulation des idées, mais aussi de la nécessité d’avoir une cartographie précise de ce que représente l’Amérique aux yeux des autres. Une information juste et vraie permet de faire les meilleurs choix. Nous avions assisté, il y a quelques années, à Carnegie Endowment for International Peace, à la présentation d’une étude dirigée par Thomas Carothers sur « Pourquoi le monde déteste les États-Unis ?», sur la position morale du pays dans le monde. Comme écrit Julia Sweigh (Courrier international du 16 août 2006), « ne nous y trompons pas, l’anti-américanisme n’est pas seulement le fruit d’une colère contre George W Bush, il plonge ses racines dans une antipathie accumulée durant des décennies. » Grâce à la critique et l’autocritique, les États-Unis s’en sortent toujours renforcés.

Le deuxième exemple repose sur le fait que les Américains peuvent discuter avec leurs pires ennemis. Pour avancer au début des années 2000 dans les discussions avec certains extrémistes musulmans, le « Wilson center « avait entrepris des études sur « Islam is or not the problem » (cf Bramberg). Et c’est la période où Mahmoud Mamdani apportait sa réponse autour de son livre : « Good muslims, bad muslims. »

Le moment est venu pour nous Africains au moins dans notre frange intellectuelle, afin de ne pas être dévorés par ce monde incertain et son lot d’évènements imprévisibles, de nous organiser autour d’une réflexion stratégique, de créer de solides think tanks, des fondations politiques.

Au Sénégal, nous devons savoir quelle sera la place de notre pays en Afrique et celle de l’Afrique dans le monde. C’est une question de survie !

À ce propos, IDEP, CODESRIA, Forum du Tiers Monde, ont abattu un énorme travail, mais le niveau des bouleversements nous invite à nous organiser autrement. Il s’agit de réinvestir la pensée politique en Afrique, mais surtout de conquérir un nouvel espace pour le Sénégal. Il y a quelques années, Pierre Sané nous invitait à un « Imagine Africa ». Le temps presse !

pbow@seneplus.com

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