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Démocratie en Afrique: A quand la fin des coups d’Etat ?

L’éternel recommencement. C’est cela la construction de la démocratie en Afrique. Une entreprise inachevée, oblitérée souvent par des hommes et des femmes aux ambitions et égos démesurés.

Après les colons qui ne sont jamais bien loin, ce sont les élites africaines qui prennent en otages les peuples. Certains comme Alpha Condé, Alassane Ouattara, pour ne citer que ceux-là, versent, par des subterfuges constitutionnels, dans des coups d’état institutionnels en violant les constitutions de leurs pays. D’autres comme les Colonels Assimi Koïta, Doumbya de la Guinée, perpétuent une vieille tradition africaine de coups d’Etat militaires.

La même réalité a été observée au Tchad avec l’arrivée de Mamat Idriss Déby dont aucun texte du pays ne permettait l’accès au pouvoir, même si tout le monde ferme les yeux. Cela rappelle la période sombre des années 60 aux années 90 où partout dans le continent, des régimes militaires géraient les pays. La seule exception en Afrique de l’Ouest, reste le Sénégal. Il fut un moment où la fermeté de la Cedeao a permis pratiquement de tourner la page des coups d’Etat jusqu’à ce que le Mali ouvre encore ces perspectives sombres, avec une junte militaire convaincue qu’elle est composée de messies capables de faire mieux que les politiques.

Depuis, les autres armées africaines, nostalgiques, veillent au grain. Elles ont envie de faire comme au Mali, où il y a eu deux coups d’Etat en 6 mois, un record. A chaque fois, pour faire passer la pilule, l’Armée utilise le même subterfuge : Dire au peuple et aux institutions internationales ce qu’elles veulent entendre. A savoir une période de transition, une discussion au niveau national entre tous les acteurs, une constitution consensuelle, un gouvernement d’union nationale, etc. Exactement, la même rengaine. Du pipo.

Car, en réalité, entre ces militaires et les politiques qu’ils combattent, il n’y a pas grande différence : Tous sont intéressés par la gestion du pouvoir, l’accès aux ressources, etc. Pis, avec les militaires habitués aux méthodes rudes, l’épanouissement de la démocratie est un vain mot. Et le Mali l’a appris à ses dépens. Donc, le Lieutenant-Colonel Doumbya ne fera pas mieux que Dadis Camara ou le Général Lansanna Conté.

On aura droit à quelques gesticulations, l’humiliation de certains anciens hauts dignitaires, peut-être une conférence nationale, peut-être un gouvernement d’union…Mais, en toile de fond, les militaires risquent de rester encore longtemps au pouvoir. La preuve, ils ont remplacé l’administration de commandement, Gouverneurs et Sous-Préfets par des hommes en uniforme, ce qui signifie, clairement, qu’ils entendent s’éterniser au pouvoir.

Or, il n’y a rien de glorieux d’être formé par son pays, d’être armé par lui pour sa sécurité et de retourner ses armes contre son peuple, soi-disant pour le sauver. Pourquoi il n’y a plus de coups d’Etat dans les autres continents ? Pourquoi seuls les Africains osent le faire ? Parce que ceux qui le font ne craignent pas la réaction de leurs peuples et de la communauté internationale. Si on avait été assez fermes contre les putschistes du Mali, il n’y aurait pas de coup d’Etat en Guinée.

Malheureusement, au contraire , c’est le peuple malien qui a plébiscité en premier les militaires exactement comme ce que l’on voit actuellement en Guinée où même des journalistes n’osent pas critiquer la junte et s’en prennent, encore, à Alpha Condé. Mais, ce qu’ils ignorent, c’est que les militaires ne feront pas mieux. La réalité, simple, banale, c’est qu’il faut définitivement tourner la page des coups d’Etat si l’on veut que ce continent soit considéré, respecté.

Comment comprendre ces photos humiliantes et ses vidéos inexplicables d’Alpha Condé ? L’humiliation n’est pas une méthode de sauvetage d’un peuple. C’est une vengeance. Ce qui ne veut nullement dire que nous approuvions les méthodes de Condé que nous avions d’ailleurs souvent dénoncées en écrivant que c’est un homme de clan.

C’est le moment donc pour l’Union africaine, la Cedeao et autres institutions partenaires de l’Afrique, de savoir que l’on ne négocie pas avec des putschistes. Et qu’en face d’eux, il faut de la fermeté.

Il faut faire en sorte qu’ils rendent le plus rapidement possible le pouvoir aux civils et qu’ils retournent dans les casernes. Et que l’Afrique tourne la page des coups de force. A jamais. Car, les jeunes militaires sont exactement comme les jeunes des quartiers et des villages d’où ils sont issus : Ils veulent tout et tout de suite et ont peu d’estime pour leurs aînés qu’ils rendent coupables de tous les maux.

Ce phénomène étant mondial, la différence en Afrique, c’est qu’ils savent qu’ils peuvent prendre le pouvoir avec leurs armes. C’est cela qu’il faut rendre impossible. Et ce n’est pas impossible.

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