L’histoire politique du Grand Parti (GP) vient officiellement de s’achever. En annonçant, vendredi dernier, la dissolution de sa formation politique au profit d’une fusion avec le Pastef d’Ousmane Sonko, El Hadji Malick Gakou a tourné une page importante de son parcours. Pour celui qui nourrissait autrefois des ambitions présidentielles affirmées, cette décision apparaît comme l’aboutissement d’un long chemin jalonné d’ascensions, de ruptures, mais aussi de rendez-vous électoraux manqués.
Quelques mois après avoir apporté son soutien au projet porté par Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, Malick Gakou a choisi de franchir une étape supplémentaire en mettant définitivement fin à l’existence du Grand Parti. Une décision qui intervient après les contre-performances enregistrées lors des dernières échéances électorales et qui traduit une forme de réalisme politique.
Économiste de formation, fin connaisseur des rouages de l’État, Malick Gakou s’est construit une solide réputation dans les cercles politiques sénégalais. Son ascension débute véritablement sous l’aile de Moustapha Niasse, au sein de l’Alliance des forces de progrès (AFP), dont il fut longtemps l’un des cadres les plus en vue.
À l’époque, beaucoup voyaient en lui le successeur naturel de Moustapha Niasse. Son profil de technocrate, son aisance dans les débats économiques et sa proximité avec la jeunesse de la banlieue dakaroise faisaient de lui un espoir crédible de la scène politique nationale.
Mais l’histoire en décidera autrement.
La rupture avec l’AFP marque un tournant majeur dans sa trajectoire. Refusant certaines orientations politiques de son mentor, il quitte le parti et crée le Grand Parti avec l’ambition assumée de conquérir le pouvoir suprême. Son objectif est clair : bâtir une alternative capable de peser dans le jeu politique sénégalais.
Toutefois, malgré une visibilité médiatique importante et une présence constante dans le débat public, les urnes ne lui ont jamais véritablement souri.
À Guédiawaye, son principal bastion politique, Malick Gakou n’a jamais réussi à transformer son influence supposée en victoire électorale personnelle. Il s’est progressivement retrouvé éclipsé par d’autres figures locales, notamment Aliou Sall, qui s’est imposé dans le paysage politique local sous le régime de Macky Sall, puis par Ahmed Aïdara, dont l’ascension fulgurante a profondément rebattu les cartes dans la banlieue.
Ce contraste entre reconnaissance politique nationale et absence d’ancrage électoral solide constitue sans doute le paradoxe majeur de la carrière de Malick Gakou.
L’ancien ministre du Commerce sous la présidence de Macky Sall aura occupé des fonctions importantes au sommet de l’État. Pourtant, il n’a jamais réussi à obtenir le mandat électif qui aurait consacré sa légitimité populaire et renforcé ses ambitions présidentielles.
À plusieurs reprises, il a semblé préférer le rôle de soutien ou d’allié stratégique à celui de chef incontesté capable de s’imposer par les urnes. Certains y voient le signe d’un homme davantage à l’aise dans la négociation politique et les équilibres institutionnels que dans les combats électoraux de terrain. D’autres estiment qu’il n’a jamais bénéficié des circonstances favorables pour concrétiser son potentiel.
La fusion du Grand Parti avec Pastef apparaît ainsi comme la reconnaissance d’une nouvelle réalité politique. Le Sénégal a changé. L’émergence du duo Sonko-Diomaye a redessiné les rapports de force et marginalisé plusieurs formations intermédiaires incapables de s’adapter à cette nouvelle donne.
En choisissant de rejoindre définitivement Pastef, Malick Gakou semble renoncer à ses ambitions personnelles pour privilégier une contribution au sein d’un projet collectif plus vaste. Il ne sera sans doute plus candidat à la magistrature suprême, mais pourrait mettre son expérience et son expertise au service du nouveau pouvoir.
Pour ses partisans, cette décision témoigne d’une capacité d’adaptation et d’un sens des responsabilités. Pour ses détracteurs, elle marque surtout l’échec d’un projet politique qui n’a jamais réussi à convaincre massivement les électeurs.
Une chose demeure incontestable : Malick Gakou aura traversé plusieurs séquences majeures de la vie politique sénégalaise. De l’ombre de Moustapha Niasse aux salons du pouvoir sous Macky Sall, de la création du Grand Parti à son ralliement au Pastef, il aura occupé une place singulière dans le paysage national.
La dissolution du Grand Parti ne signifie pas seulement la disparition d’une formation politique. Elle symbolise également la fin d’un cycle et referme le chapitre des ambitions présidentielles d’un homme qui, malgré son expérience et sa notoriété, n’a jamais réussi à transformer l’estime dont il bénéficiait en véritable force électorale.
À l’heure où une nouvelle génération politique s’installe aux commandes du pays, Malick Gakou choisit désormais un rôle plus discret : celui d’un homme d’expérience appelé à contribuer dans l’ombre plutôt qu’à conduire la lumière.
Par Ndiawar Diop

















































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