POLITIQUE

El hadji Omar Diop, enseignant-chercheur à la Fsjp (Ucad) : « Le parrainage, c’est la loi la plus inique, la plus injuste qu’on puisse voter dans l’histoire politique du Sénégal »

Après avoir relevé que la commission d’enquête mise en place à l’Assemblée nationale n’avait aucune prérogative pour investiguer sur les décisions du Conseil constitutionnel, El Hadji Omar Diop, Enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, livre ses vérités sur la controverse suscitée par la décision du Conseil constitutionnel portant publication de la liste des candidats pour la présidentielle de 2024. Dans ce deuxième  volet de l’entretien accordé à Sud Quotidien, le Docteur en droit et auteur de plusieurs publications sur les partis politiques et le processus électoral, fait observer que le parrainage est « la loi la plus inique, la plus injuste qu’on puisse voter dans l’histoire politique du Sénégal ». Non sans manquer de donner des recettes pour son ajustement

Quel bilan faites-vous de cette deuxième mise en œuvre du parrainage à l’élection présidentielle ?

Je l’ai déjà dit et répété. Pour moi, le parrainage, c’est la loi la plus inique, la plus injuste qu’on puisse voter dans l’histoire politique du Sénégal. Une loi votée dans le but de violer le principe de la libre participation politique des citoyens, c’est une loi qu’il faut revoir. La libre participation politique, c’est le droit d’élire et celui d’être élu. Je peux comprendre qu’on puisse dire 20 ou 30 candidats, c’est trop, il faut un filtre. Mais d’habitude, c’est l’argent qu’on utilisait. Il fallait donc revoir le montant du cautionnement jusqu’à soixante-dix millions de francs ou plus pour décourager certains candidats. Cela aurait pu permettre d’éliminer énormément de candidats mais, on a préféré baisser ce montant jusqu’à trente millions en jouant sur le nombre de parrains. Les parrains exigés sont énormes. C’est comme s’il y’avait une élection avant l’élection. On préjuge de la légitimité ou de la crédibilité d’un candidat avant même la date de l’élection. D’ailleurs, c’est qui a fait que le juge de la Cedeao a demandé la suppression du parrainage après avoir rapporté le nombre de signatures exigées par rapport à celui des partis politiques.

Voulez-vous donc qu’on supprime le parrainage ?

Moi, je pense que si on doit maintenir le parrainage, il faut d’avantage diminuer le nombre de parrains demandés tout en augmentant le montant du cautionnement. Car, tel que ce système est construit aujourd’hui sans même parler de sa matérialisation, cela pose problème. Le Conseil constitutionnel est un juge mais, on le met avec des citoyens simples, des membres de la société civile dans une même commission. Le juge est là, il va se comporter comme un agent administratif qui va compter des parrainages. Le prestige et la fonction sacrée du juge en prendront un coup.

Que préconisez-vous concrètement ?

Moi, j’aurais souhaité qu’on prenne toutes les compétences conférées au Conseil constitutionnel en ce domaine du parrainage et qu’on les donne à la Commission électorale nationale autonome (Cena). En tant que structure de contrôle et de supervision du processus électoral, la Cena  peut recevoir tous les parrainages. Elle s’en occupe avec son logiciel de contrôle et de validation. Une fois ce travail effectué, toutes les contestations qui suivront vont maintenant se régler devant le juge constitutionnel qui va trancher comme le recommandent ses prérogatives. Le système devait protéger le juge constitutionnel et non de le décrédibiliser comme on le voit actuellement. La preuve, dès que les gens sont sortis après l’invalidation de leur parrainage, ils ont mis en cause le juge. Il faut donc qu’on revoie ce système pour assurer au juge constitutionnel-électoral les conditions sereines d’exercice de son office. Il me semble qu’une réforme qui mettra la Cena au cœur du processus de contrôle des parrainages est nécessaire pour ne pas continuer à trop exposer le juge constitutionnel.

Le nombre de 20 candidats retenus pour la présidentielle est-il raisonnable pour  pays comme le Sénégal ?

Aujourd’hui, on s’émeut de ce nombre de candidatures en oubliant le nombre de partis politiques que nous avons : plus de 300 partis politiques. Il faut juste rapporter ce nombre des partis légalisés à celui des candidats que nous avons pour voir qu’il y’a un seuil minimum à respecter. Ceci pour dire qu’on peut comprendre qu’il y’ait beaucoup de candidatures, c’est normal, c’est la concurrence politique. Il appartient aux autorités en place de prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre à la compétition politique de se dérouler de manière saine et concurrentielle sans violer les droits des uns et des autres. Et, il suffit de mettre en place des critères objectifs permettant aux citoyens non seulement de se présenter mais également de filtrer le nombre de candidatures.

Quid des contestations notées après publication de la liste définitive ?

Les gens qui contestent leur élimination à l’étape de contrôle du parrainage ont largement des arguments sur la table. Mais, nous sommes des républicains qui devons respecter toutes les décisions et mesures édictées par les institutions de la République. On doit s’incliner devant l’expression de leur point de vue mais surtout émettre notre critique pour une amélioration du système.

ENTRETIEN REALISE PAR NANDO CABRAL GOMIS

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