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Haïti: une semaine après le séisme, les zones rurales encore livrées à elles-mêmes

Plus d’une semaine après le séisme qui a frappé la péninsule sud d’Haïti, la situation des survivants devient de plus en plus précaire. Si l’aide internationale commence petit à petit à arriver dans les villes, les zones rurales plus reculées sont encore livrées à elles-mêmes.

Dans le département de la Grand’Anse, les paysans ont été lourdement affectés par le tremblement de terre. Au centre-ville de Beaumont, c’est jour de marché. Depuis le séisme du 14 août, plusieurs façades le long de l’étroite rue Roumère semblent ne tenir qu’à un fil.

Yolène est venue faire des courses pour sa famille et l’inquiétude se lit sur son visage: « Pour l’instant on trouve un peu de tout parce que les marchandes avaient des stocks. Mais dans les jours à venir, çcela va changer. Les routes sont coupées et les points de ravitaillement très loin. »

Les répercussions sur les plantations et élevages
Quelques mètres plus loin, Bonèse Aimé a étalé des noix de coco et quelques oranges. C’est tout ce qu’elle a pu ramasser de ses plantations. Des glissements de terrain ont dévasté son champ. Et la tempête tropicale Grace, deux jours plus tard, a inondé ses rizières.

« Le tremblement de terre a affolé le bétail. Beaucoup d’animaux se sont étranglés en tirant sur les cordes qui les attachaient aux arbres. Ils sont morts étouffés, se désole Bonèse Aimé. On n’a pas pu les aider. On avait peur, nous aussi. On a perdu ainsi des cabris, des moutons, des bœufs et même des poules. Comme le séisme s’est produit le matin, on n’avait pas encore changé l’emplacement de pâturage de tous les animaux. Certains d’entre eux ont été ensevelis sous des glissements de terrain ou sous des roches qui leur sont tombés dessus. »

Retrouver un semblant de quotidien
L’aide internationale est encore très loin de pouvoir parer aux besoins urgents et multiples des sinistrés. En attendant l’arrivée des secours, les survivants de la catastrophe se mobilisent pour retrouver un semblant de quotidien.

Avant le séisme, Lukési Pierre vivait avec sa femme et leur petit garçon de huit mois dans une jolie maison à un étage: « On était à l’étage avec mon fils, et puis j’entends une grande secousse, un bouleversement. Puis j’ai essayé de sortir, mais en arrivant sur l’escalier, l’escalier s’est coupé. J’ai donc volé avec mon petit enfant entre mes mains. On est allés dans la rue, et on a vu des tremblements. »

Lukési Pierre a sauvé la vie de son fils et la sienne. Il est encore sous le choc: sa maison s’est effondrée sur elle-même. Le rez-de-chaussée et le petit magasin qu’il y tenait n’existent plus. Mais ce week-end, famille et amis sont venus lui prêter main-forte: « Je ne suis pas obligé de rester sans rien faire. Je vais voir dans quelle mesure je peux essayer de reprendre mes activités dans un petit abri en tôle, pour voir comment on va redémarrer. »

Mais cet habitant de Beaumont a pu sauver ses panneaux solaires: « Donc avec ça je vais essayer de reprendre ma petite activité d’entreprise. Je vends des boissons gazeuses et des accessoires. Donc on va réessayer, on va voir comment on peut gérer notre vie quotidienne puisqu’on vit au jour le jour ! »


Les sinistrés qui vivent dans les zones rurales plus reculées sont encore livrés à eux-mêmes. Les blessés de ces villages mettent parfois des jours pour rejoindre les centres de santé les plus proches. Après les soins, d’autres n’arrivent pas à retourner chez eux.

« Ce patient, il vient de Pousseline, une localité qui se situe sur la commune de Roseaux. La route qui amène a Pousseline est une route endommagée, on ne peut pas la prendre à moto ou avec aucun autre véhicule. Donc l’hélicoptère est allé prendre ce patient pour le transporter à Port-au-Prince, raconte Pierre Alexandre, l’administrateur du centre de santé de Beaumont. Arrivé à Port-au-Prince, le patient a reçu des soins que son cas nécessitait, puis il est entré à Beaumont, où on l’a déposé pour pouvoir regagner sa maison à Pousseline. »

Mais l’administrateur du centre de santé expliqua qu’à cause de sa fracture au pied gauche, ce patient ne pouvait se rendre à Pousseline à pied, ayant besoin soit d’un animal comme un âne, ou encore d’un hélicoptère pour le faire regagner sa maison.

« Actuellement, il est au sein de Sainte-Agnès de Beaumont, pour pouvoir non seulement refaire son pansement, mais étant donné qu’il n’a pas de famille à Beaumont, pour pouvoir dormir tranquillement. On l’héberge au centre de santé et on lui donne à manger », finit par dire Pierre Alexandre.

Après le séisme de magnitude 7,2 qui a fait près de 2 200 morts, les organisations internationales craignent une aggravation de l’insécurité alimentaire en Haïti.

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