ECONOMIE

La Bceao sans langue de bois

Le discours de Ahmadou Al Aminou Lo à l’ouverture du Conseil fédéral de la Fapbef-Uemoa a eu le mérite de tenir en haleine tout son auditoire, pendant pas mois de 20 minutes. Tellement, les sujets abordés par l’homme, tout de blanc vêtu, ont été aussi importants et stratégiques qu’il a fini par capter l’attention, sans faille, de tous.
 
« La préservation des acquis repose sur la nécessité, pour le système bancaire, de continuer à renforcer sa résilience, en dépit des adversités du moment », lance-t-il après avoir magnifié le résultat provisoire du secteur bancaire à fin septembre 2022 qui fait ressortir une tendance, pour l’ensemble de l’année, « qui pourrait être meilleure que le résultat de 2021 où vous affichiez 673 milliards de francs Cfa de bénéfice consolidé ».
 
(… ) les missions de vérification de la Commission bancaire aboutissent toujours et presque partout à des écarts en matière de gouvernance relativement aux règles
 
A cet égard, le Dn indique qu’il convient d’accorder une attention toute particulière à la mise en place de cadres de gouvernance adéquats et conformes aux réglementations en vigueur.
 
« C’est un appel que nous vous lançons parce que les missions de vérification de la Commission bancaire aboutissent toujours et presque partout à des écarts en matière de gouvernance relativement aux règles. Et nous savons que si la gouvernance est en défaut les risques suivent », confie M. Lo. Qui ajoute qu’il est attendu la mise en œuvre de politiques robustes en termes de gestion des risques qui constitue un atout essentiel face aux défis inhérents aux activités bancaires, dans un contexte empreint d’incertitudes.
 
Naturellement, poursuit-il, votre rôle est de prendre des risques mais, selon lui, ces deniers doivent être particulièrement surveillés avec un dispositif robuste notamment en ce qui concerne le risque de crédit, le risque de concertation qui sont les plus présents dans la zone.
 
Il faut que la gestion de ces risques soit au cœur de vos préoccupations, insiste le Dn de la Bceao pour le Sénégal, avant de soutenir que les actions doivent également viser une plus grande maîtrise des risques opérationnels «que nous voyons dans les faits divers».
 
«Ce n’est pas à votre honneur d’être dans les pages de faits divers»
 
D’un ton ferme et dans un message clair , le directeur national de la Bceao échine ses vérités .  «Ce n’est pas toujours à votre honneur que vous puissiez être dans les pages de faits divers pour des risques opérationnels qui nous semblent devoir être maîtrisés» martèle  M. Lo, sans compter un risque opérationnel extrêmement fort et qui « vous guette à tout instant à savoir la cybercriminalité qui doit être un enjeu majeur pour tous ».
 
Parmi ses préoccupations, le Dn a également cité le renforcement continu des fonds propres et des règles prudentielles, à l’effet de se doter d’un coussin de sécurité pour absorber l’impact des chocs exogènes qui, malheureusement note-t-il, seront plus fréquents au niveau international mais aussi dans la zone Uemoa avec les risques climatiques.
 
«Ce n’est pas normal qu’on puisse figurer sur cette liste » du Gafi «encore longtemps»
 
Dans le même sillage, poursuit-il, l’autre point qui nous semble une très forte réoccupation, est l’efficacité des dispositifs de lutte contre les blanchiments de capitaux et le financement du terrorisme. Car, il a fait savoir, en ce sens, que trois pays membres de l’Union sont inscrits sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi) «malgré tous les efforts que nous faisons ». «Ce n’est pas normal qu’on puisse figurer sur cette liste encore longtemps», insiste-t-il dans la foulée.
 
A ce titre, il a rappelé que des mesures ont été prises pour en sortir et que chaque Etat a eu à élaborer un plan d’actions. Il a dit savoir qu’au Sénégal, l’Apbef a eu à élaborer un plan d’actions espérant que qu’au Mali et au Burkina aussi ces derniers seront mis en œuvre. Parce que, soutient-il, la suite, c’est des problèmes de desrisking, des problèmes de correspondant bancaire.
 
«(…) nous ne méritons pas de figurer sur cette liste»
 
Aussi, martèle M. Lo, l’Union européenne et l’Angleterre ont placé le Sénégal sur une liste plus restrictive. « Et quand je dis Sénégal, c’est Mali, c’est Burkina et c’est les autres pays », précise-t-il. Il y a des pays qui ne sont pas encore passés à l’Icrg (Guide international des risques par pays) mais, avoue-t-il, ce sera le même cas de figure, parce que «nous avons un dispositif communautaire de régulation».
 
Donc, suggère-t-il, monsieur le président (Mamadou Bocar Sy qui allait être porté à la tête de la Fapbef-Uemoa), cela doit être au cœur de vos préoccupations parce que nous ne méritons pas de figurer sur cette liste. Et là aussi, relève M. Lo, il faut le reconnaître, il y a beaucoup beaucoup d’efforts que les banques doivent faire en termes de formation de leurs personnels, en termes, également, d’importance que les Conseils d’administration, les organes délibérant, doivent accorder à cette matière.
 
Car, explique-t-il, c’est toujours très désolant de voir que les missions de la Commission bancaire reviennent avec une panoplie de constats dont certains nous semblent élémentaires.
 
Au niveau des déclarations d’opérations suspectes, il interpelle le système bancaire soulignant que les « Cellules nationales de traitement des informations financières (Centif) ont fait le nécessaire pour automatiser ces déclarations, au niveau de la connaissance du client et au niveau, tout bonnement, de certaines déclarations qu’on sait ça ne peut pas être accepté et vos agents les acceptent ».
 
«Nous insistons sur ce que vous devrez désormais consacrer à ces agents qui sont plus ou moins en front office avec la clientèle», appui Ahmadou Al Aminou Lo. Qui insiste aussi sur la solidarité que les banques doivent avoir. C’est-à-dire, explique-t-il, qu’une banque ne doit pas refuser une opération pour qu’une autre banque l’accepte.
 
Centralisation des réserves de change
 
Un autre point sur lequel je voudrais insister au nom du gouverneur, dit-il, est la centralisation des réserves de change. Vous le constatez les chocs ont été très durs pour certains pays. Ainsi, il souligne que beaucoup de pays ont, soit eu une dégradation très forte du taux de change, ou tout bonnement la banque centrale a été obligée de faire des blocages, pour ne pas dire d’interdire la couverture de certaines opérations.
 
«Il nous est arrivé de constater qu’il y a un document essentiel qui s’appelle attestation d’importations et qui n’attestait pas du tout le franchissement du cordon douanier», confie M. Lo. Et de poursuivre : «Nous avons eu à nous rendre compte que le secteur privé, peut-être de bonne foi, venait à vos guichets sans pour autant qu’on ait la certitude que la marchandise a franchi le cordon douanier».
 
Il a fait savoir que qu’on est à environ, 4,7 mois de couverture des importations. Il n’y a pas de préoccupation en la matière, rassure-t-il. Mais, «ce que nous avons eu comme baisse des réserves de change en un an est extrêmement important». Par conséquent, il souligne qu’il faut que le patronat et les banques puissent veiller, à nouveau, au respect de la réglementation.
 
A l’en croire, la prise en charge de ces points de vigilance  permettra de consolider le cadre macroéconomique et financier, de renforcer la situation de notre système bancaire, d’améliorer la stabilité financière et de mieux nous préparer aux risques.
 
Il a pu assurer aux banquiers que leurs suggestions et préoccupations issues de ce Conseil fédéral et dans d’autres cadres seront toujours examinées avec la plus grande attention par la Bceao. M. Lo a enfin fait savoir que l’institut d’émission continuera à conduire ses missions en adaptant ses outils face aux mutations de l’environnement économique et financier.
 
Bassirou MBAYE
 
 
 

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