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LA LÉGENDE DUNGIT MBIƊEL Par Sobel DIONE

 

Un jour une femme nommée Dungit Mbiɗel, originaire de Ñiroox-Mol, à Mbey (Saloum), entra en conflit avec le roi Sandené, à l’occasion d’un Gamo. En ce temps-la, il n’y avait pas encore de tissus pour se vêtir. Les gens se vêtaient avec des peaux d’animaux !
Dungit Mbiɗel était si nantie, qu’un jour, elle tua un poulain, cousit la peau et en fit une couverture. Ce fut à l’occasion du Gamo.
Dès l’après midi, les tam-tams résonnèrent et tout le monde vint assister à la fête. La fille de Dungit Mbiɗel dansa avec beaucoup de grâce. Témoin du spectacle, la fille du roi fondit en larmes, puis elle alla trouver sa mère et lui dit :
« Mère, viens voir de quoi la fille de Dungit Mbiɗel s’est vêtue pour la fête ! »
La mère vint et constata le fait. Puis elle alla trouver le roi Sandené et lui jeta à la figure :
« Toi , tu n’es pas roi !
C’est plutôt Dungit Mbiɗel qui est la reine!
Si seulement tu voyais ce que sa fille a mis Aujourd’hui !
Nulle part ailleurs personne ne l’a mis ! »
Le roi lui dit:
Dès demain, de bonne heure, je la tue et je lui arrache ses biens !  »
Mais, comme on le sait, il n’est pas aisé de surprendre une personne fortunée si elle est généreuse. Il se trouve qu’il y’avait un grand courtisan dans l’entourage de Sandené. Chaque matin, s’il n’était pas rassasié au petit déjeuner, il allait chez Dungit Mbiɗel et celle-ci lui offrait du couscous au lait . Alors, mangeait à satiété. Lorsqu’au déjeuner il n’était pas rassasié, il allait chez elle. Celle-ci lui offrait de la bouillie arrosée de lait caillé et il se régalait. Une telle personne, si l’on veut attenter sa vie, s’il est au courant de ce qui trame, il lui sauve la vie . Ainsi, le courtisan attendit jusqu’au milieu de la nuit, puis il emprunta l’entrée secondaire de la concession, frappa à la porte de Dungit Mbiɗel et fit:
« Dungit ! Dungit ; »
Dungit demanda :
« Est-ce donc la paix ? »
Il rétorqua :
« Ce n’est point la paix !
Fuis vers le Sinig !
Si tu passes la nuit ici, demain de bonne heure, le roi Sandené va te tuer ! »
Dungit Mbiɗel rassembla les membres de sa famille qu’elle pouvait joindre . Elle ne pouvait pas aviser tout le monde , elle ne pouvait joindre que les plus proches, puis elle se sauva en direction du Sinig .
Elle arriva à Njec Mindiis et traversa le bras du fleuve à gué. En ce temps-la, c’était un affluent qu’on pouvait traverser à gué. Elle arriva jusqu’à Mbimit, dans un fourré isolé au milieu de l’eau, mais auquel on pouvait accéder à gué, et elle s’y refugia.
Xodar et Waal-Paal se reposaient ,un jour, en amont, lorsque, à marée basse, les enfants de Dungit Mbiɗel sortirent du refuge et se mirent à attraper des crabes. Ils les aperçurent et s’exclamèrent :
« Eh ! Ce sont des fantômes ou quoi ?
Attendons donc demain. S’il s’agit de fantômes, ils ne réapparaîtront plus ! »
Le lendemain, à nouveau, les enfants réapparurent. Alors ils dirent :
« Ce ne sont pas des fantômes. Il s’agit bien des êtres humains ! »
Puis ils montèrent dans une pirogue et pagayèrent. Dès que les enfants les aperçurent, ils se sauvèrent. Ils immobilisèrent la pirogue et suivirent les traces de leurs pas dans l’herbe jusqu’au lieu où Dungit Mbiɗel avait élu domicile, au coeur du fourré. Ils saluèrent et demandèrent :
« D’ou viens-tu ? »
Dungit Mbiɗel répondit :
« Je suis originaire de Mbey ! »
Ils ajoutèrent :
« Est-ce donc la paix qui t’a poussée jusqu’ici? »
Elle répondit :
« Ce n’est pas la paix ! Je suis en conflit avec le roi de mon pays. Il a tenté de me tuer et j’ai pris fuite pour me refugier ici ! »
Xodar lui dit :
« Puisqu’il en est ainsi, attends-nous ici ! »
Aussitôt, ils se rendirent à Jaxaaw, chez Waa-Sila et lui dirent :
« Nous avons une hôte venue de Mbey ! »
Il demanda :
« Comment s’appelle t-elle? »
Xodar répondit :
 » Dungit Mbiɗel ! Elle est en conflit avec le roi de son pays. Celui-ci a tenté de la tuer et elle s’est enfuie pour venir se refugier ici! »
Waa-Sila ordonna :
« À votre retour, hébergez-la !
C’est ainsi qu’on developpe un terroir. Intégrez-la ! »
À leur retour, ils les embarquèrent dans leur pirogue. Mais, au cours de leur transport vers un site nommé « Nqooral », une nouvelle mariée se noya dans le bras du fleuve et perdit la vie. D’ou l’origine de l’expression : Ñaam-a kulook (l’affluent du fleuve a englouti une nouvelle mariée).
La où la maison de Dungit Mbiɗel fut installée, le site de Nqooral, était une forêt de baobabs. On l’appelait Seen à cause du patronyme de Dungit Mbiɗel.
Un des petits- fils de Waal-Paal épousa une petite- fille de Dungit Mbiɗel. Un jour, le mari partit au champs. Sa femme enceinte était à terme et accoucha à son insu. À son retour, comme il avait l’habitude de le faire, il s’assit sur le lit. Or le nouveau-né y était couché. Sans s’en apercevoir, il s’assit sur le nouveau-né. Le bébé mourut. Si on s’assoit sur sa tête, un nouveau-né ne peut pas crier. Il étouffe et meurt. Sa femme sortant de la cuisine, poussa un cri et dit:
 » He mon mari, tu es assis sur une personne ! »
Il se leva brusquement mais l’enfant était deja mort. On appela les sages de la famille pour demander conseil. Ils ordonnèrent :
« Que le roi ne soit point au courant ! »
Mais Dungit Mbiɗel leur repliqua :
« À condition que vous acceptiez ce que je vais proposer! »
Ils demandèrent :
« Dis donc tes conditions ! ».
Elle leur dit :
 » À condition que j’allume le feu. Là où s’arretera le feu sera les limites de mon domaine ! »
Ils répondirent :
« Cela ne pose pas de problème! »
Elle ajouta:
« À condition que je change le nom du village, Lewna, en Fatick car je suis une Patik (matrilinéaire) . Que le nom du village soit celui de mon matriclan ! »
Ils répondirent :
« Ça ne pose aucun problème ! »
C’est ainsi que Fatick changea de nom mais il s’appelait Lewna.

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