POLITIQUE

LA PROMESSE DU DERNIER ESPOIR, POUR FAIRE OUBLIER LES RENDEZ-VOUS MANQUES

«Aucun pays ne peut se développer sans le chemin de fer», disent les spécialistes. et pourtant au Sénégal, après une descente aux enfers qui a commencé en 2003, le chemin de fer est dans une agonie totale, malgré la volonté maintes fois exprimée par les pouvoirs publics, mais toujours sans lendemain. Mais à l’occasion de sa récente tournée économique dans la région de Thiès, le Président Macky Sall a promis une relance effective du trafic ferroviaire dans le courant de cette année 2023. «c’est la promesse du dernier espoir ; et vivement qu’elle fasse oublier tous les rendez-vous manqués», nous souffle à l’oreille un cheminot à la retraite.

C’est un secret de Polichinelle, le chemin de fer constitue un intrant de première importance dans le processus de développement d’un pays. Mais au Sénégal, ce secteur stratégique d’industrialisation est entré en agonie à partir de 2003 avec la naissance de la société nationale des chemins de fer du Sénégal (SNCS). L’asphyxie de cette entreprise, grande pourvoyeuse d’emplois, est ressentie dans tous les coins de la ville de Thiès, dont l’histoire est étroitement liée au chemin de fer d’où l’appellation de capitale du Rail. Cette ville était d’abord un petit village, et au recensement de 1883, il n’y avait que 103 habitants. En 1938, il a été répertorié 18 000 âmes. C’est le train qui en a ainsi fait une grande ville sénégalaise et même africaine avec d’abord la ligne Dakar-Saint Louis en 1885, ensuite Thiès-Kayes, avant les autres lignes et l’installation des ateliers de révision et de réparation en 1923 et l’implantation du siège du chemin de fer en 1934, ce qui a parachevé ce processus, en transformant la ville, pour en faire la capitale du Rail. Malgré toutes les promesses de relance, la situation est restée en l’état et d’aucuns n’ont jamais hésité à parler de rendez-vous manqués que la promesse du dernier espoir faite par le Président Macky Sall, marquée par une cérémonie officielle de relance, pourrait faire oublier. Aujourd’hui, force est de constater qu’un silence de cathédrale règne dans les ateliers qui grouillaient de monde et au-delà de la renaissance économique, la relance de l’activité ferroviaire participe à la préservation des routes à travers la réduction de la circulation d’au moins 30 000 camions, sans compter la grande possibilité de réduire les accidents de la circulation à des proportions suffisamment négligeables. Dans le cadre de la recherche de solutions pour la relance de l’activité ferroviaire sur l’axe Dakar-Bamako et suite à la rencontre du 16 décembre 2014, où l’actionnaire de référence Advens avait accepté le principe d’une sortie à l’amiable du capital de Transrail, il avait été mis en place une commission regroupant les experts des deux pays. Ladite commission était chargée de préparer la stratégie de sortie de l’actionnaire de référence et le maintien de l’activité ferroviaire sur l’axe Dakar-Bamako. Il s’y ajoute la gestion de la phase transitoire, la mise en œuvre de la réforme institutionnelle. Sur les modalités de mise en œuvre de cette sortie de l’actionnaire de référence, plusieurs possibilités étaient répertoriées, mais finalement l’option de la résiliation de la convention du fait du prince a été officialisée.

PLUSIEURS ANNONCES DE RELANCE RESTEES VAINES

C’est ainsi que la concession de Transrail a été résiliée le lundi 7 décembre 2015 à Bamako par les Etats du Sénégal et du Mali. Depuis lors, toutes les tentatives pour remettre le train sur les rails ont échoué et à partir de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2012, le candidat Macky Sall a porté le combat. Avant le premier tour, il avait annoncé, une fois élu, une volonté de relancer l’industrie ferroviaire. Au second tour, il était allé beaucoup plus loin en affirmant qu’au-delà de la relance, le préalable est de revoir la privatisation et une fois élu, il s’attellerait à cette tâche. Mais force est de constater que durant son premier mandat, les lignes n’ont pas bougé et lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2019, il est revenu à la charge, en déclarant sur le Promenade des Thiessois : «Thiès occupe une place de choix dans mon programme de développement et je suis conscient de l’importance du chemin de fer, en ce qui concerne l’avenir de cette ville. Malheureusement, il y a très longtemps que vous n’avez pas entendu le sifflement du train, mais cette page sera très bientôt tournée, car la réhabilitation du chemin de fer reste ma priorité et elle sera une réalité dès le mois d’avril (2019).

Ainsi Thiès retrouvera son rôle de carrefour ferroviaire». Il a réitéré cette volonté en octobre dernier, lors du lancement des classes préparatoires à l’Ecole Polytechnique de Thiès (EPT). Et ce, après un retentissant plaidoyer de Dr Babacar Diop, Maire de la Ville. «La ville de Thiès, sortie du chemin et de ses ateliers, aujourd’hui drapée de sa dignité et de son sens de l’hospitalité, accueille la République et son Président», avait-il déclaré devant le Président Macky Sall, avant de lui demander d’entendre «la voix plaintive des malheureux habitants de Thiès, qui lui demandent chaleureusement de réhabiliter les chemins de fer». Il disait que les Thiessois ont fortement envie d’entendre de nouveau les klaxons des locomotives, les bousculades des passagers qui se pressent dans les gares, les éclats de rire des commerçantes qui accueillent, les bambaras, la sirène de l’horloge qui, le matin, rappelle aux enfants qu’il est l’heure d’aller à l’école. « J’ai entendu votre cri de cœur », avait rétorqué le Président Macky Sall, avant de prendre des engagements dans ce sens. La relance a été finalement actée ce février 2023, avec le lancement officiel fait dans l’enceinte même de l’entreprise par le président de la République qui a promis à cette occasion que le train recommencera à siffler courant 2023, avec la circulation des trains de marchandises d’abord, et des voyageurs plus tard.

MAMADOU KOGNA NDIAYE CONDUCTEUR DE TRAIN A LA RETRAITE «IL FAUT PLUSIEURS ANNEES POUR QUE LA RELANCE SOIT EFFECTIVE»

Après 35 ans de service, après avoir notamment conduit pendant 6 ans, à Nouadhibou en Mauritanie, le train le plus long et le plus lourd du monde avec ses 980 mètres de longueur, 4 à 5 machines de 2 800 chevaux traînant 400 à 500 wagons de minerais, Mamadou Kogna Ndiaye s’exprime sur la relance.

Conducteur de train, après avoir rejoint le chemin de fer du Sénégal en 1970 jusqu’en 2003, il est d’avis techniquement que la relance ne peut se faire en une seule année ; il faut plusieurs années, pour qu’elle soit effective. Pour lui, le chemin de fer est mort avec la complicité des européens, animés d’une volonté de vendre leurs camions, et il faut maintenant le ressusciter. De ce point de vue, dit-il, l’acte posé par le Président Macky Sall est salutaire et salué par toute la famille cheminote, d’autant plus qu’un seul train avec 37 wagons sur l’axe Dakar-Bamako, représente 110 camions.

Porte-parole du collectif pour la relance des activités du chemin de fer, regroupant des cadres cheminots, Mamadou Kogna Ndiaye révèle que de Dakar à Kidira, des arbres ont fini par prendre en otage le rail non emprunté par le train depuis plus de 5 ans. Et rien que le déracinement de ces arbres et la prise en charge des traverses devrait prendre plusieurs années, d’autant plus que même l’usine de traverses de Thiès est fermée depuis lors. Il s’y ajoute qu’après avoir déraciné les arbres, il faut des machines appelées bourreuses pour gérer les trous béants. Le chemin de fer en disposait, mais elles ont été transformées en ferraille et il convient d’en commander encore en Allemagne. Selon lui, le renouvellement du rail, c’est de Dakar à Kothiary, mais de Kothiary à Kidira, il n’y a même plus de voie ferrée et il convient de reconstruire intégralement.

Dans les dépôts où doivent se faire les réparations et les entretiens, toutes les machines ont disparu. Pour toutes ces raisons évoquées entre autres, il souligne qu’une relance en 10 mois est pratiquement impossible, c’est un travail de longue durée.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page