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Le riz sous Macky Sall : De l’autosuffisance à la diversification des importations

Lors de la 13ème conférence de l’Organisation mondiale du commerce (Omc), tenue du 26 au 29 février 2024 aux Emirats Arabes Unis, le ministre sénégalais en charge du commerce a rencontré des partenaires notamment asiatiques. Parmi ces derniers, le Cambodge. Et selon le ministre Abdou Karim Fofana, les discussions avec la partie cambodgienne ont pour but de voir s’il y a une possibilité d’importer du riz venant de ce pays.

 
D’après lui, le Sénégal cherche non pas à se détourner de l’Inde, son partenaire majeur, mais à diversifier ses sources d’approvisionnement. «Le Cambodge ne pourrait vendre qu’1,2 million de tonnes de riz. Si le Sénégal devait n’acheter que chez eux, on prendrait à nous seuls toute leur production», dit-il dans les colonnes du journal Le Quotidien.
 
Cette démarche du ministre Fofana est la preuve parfaite de l’échec du président Macky Sall quant à son programme d’autosuffisance en riz.  A quelques semaines de son départ du pouvoir, son ministre du Commerce cherche encore un pays qui pourrait vendre du riz au Sénégal. Adieu donc l’autosuffisance en riz sous Macky Sall !
 
Pourtant, ce programme qui devait assurer l’autonomie du Sénégal dès 2017 se voulait très ambitieux. Il a été d’ailleurs un argument politique majeur durant les élections qui ont suivi.
 
Arrivé au pouvoir en 2012, Macky Sall s’engage pour 2017. En février 2015, il tient un conseil présidentiel sur la question. « Ma ferme résolution est de relever le défi de l’autosuffisance alimentaire, pour répondre ainsi aux préoccupations et aspirations profondes de souveraineté alimentaire. A ce titre j’invite l’ensemble des acteurs, qu’ils soient producteurs de riz, industriels, commerçants, importateurs, associations de consommateurs, patronat, partenaires techniques et financiers à porter avec le gouvernement ce combat à caractère hautement stratégique afin qu’en 2017, notre Nation relève le défi alimentaire », a indiqué le Président Macky Sall.
 
Le riz local pour les Fds, la solidarité nationale, les religieux…
 
A l’issue de la séance, les besoins en financement sont évalués à 424 milliards. Toute une batterie de mesures a été annoncée, notamment la réception de tracteurs, les intrants, la révision de la facture d’électricité. En plus de cela, l’Etat devait montrer l’exemple en renonçant au riz importé au profit de la production locale. « J’ai été très clair : plus de riz importé, en tout cas pour la solidarité nationale ainsi que les cérémonies religieuses ou l’Etat intervient. L’aide alimentaire que nous faisons, il faudrait privilégier l’achat de riz local. L’armée, les sapeurs-pompiers, la police, la gendarmerie, les internats publics… devront s’approvisionner en production locale », avait-il exigé.
 
Le train semblait bien en marche et l’atteinte des objectifs irréversible. Sauf que 5 ans plus tard, à la place d’une autosuffisance en riz, les Sénégalais ont eu droit à un nouveau programme.
 
Au conseil des ministres du 12 octobre 2022, Macky Sall demande à son ministre de l’agriculture de lui présenter « le Programme national d’autosuffisance en riz (PNAR) actualisé » avant fin novembre. En d’autres termes, 5 ans après la première échéance fixée en 2017, Macky Sall et ses hommes en sont encore à un programme actualisé et qui devrait être certainement ajusté et accéléré.
 
Certes, la production a connu une nette amélioration depuis 2014. Selon le gouvernement, on est passé de 400 à 600 mille tonnes par an à plus d’1 million de tonnes en 2022. Mais ces chiffres officiels sont non seulement régulièrement contestés, mais l’impact du riz local sur l’approvisionnement du marché reste à être démontré.
 
 
 
1,48 million de tonnes importés en 2022
 
 
 
En 2022, selon l’Ansd, cité par l’Agence Ecofin, le Sénégal a importé 1,48 million de tonnes pour une valeur de 347 milliards de Fcfa, avec une augmentation notée de 24,6% par rapport à l’année précédente. Une hausse qui s’expliquerait d’après le site d’informations par les mesures prises par le gouvernement pour alléger les consommateurs dans un contexte de crise internationale du fait de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
 
« Les autorités sénégalaises avaient annoncé début 2022, plusieurs mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs, dont la suppression de la TVA sur le riz importé et l’abaissement des droits de douane de 12,7 %, auparavant sur le riz importé brisé et non parfumé à 2,7 % », précise Ecofin.
 
Ces mesures, bien qu’étant destinées à soulager les Sénégalais pourraient avoir un impact sur la production locale qui se voit ainsi concurrencer par un riz venu de l’extérieur et doublement subventionné par l’Etat d’origine et celui du Sénégal. En attendant une nouvelle orientation, le Sénégal importe 60% de ses besoins en riz et reste très exposé aux fluctuations du marché comme l’a montré l’année 2022.
 
Macky Sall n’aura donc pas réussi en dépit de l’engagement qu’il avait affiché. Et l’aveu d’échec vient de la bouche de son ancien ministre de l’agriculture Moussa Baldé qui, en 2020, dans un entretien avec Le Quotidien soutient que des efforts importants ont été faits, mais qu’il appartient au Sénégalais de faire le reste. « Le Sénégal atteindra l’autosuffisance en riz à la suite d’un engagement collectif national ou ne le fera pas. (…) nous ne sommes pas dans un régime où c’est l’Etat qui produit. L’Etat ne fait que faciliter les conditions de production ». Voilà qui est dit ! 

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