ECONOMIE

L’éducation mondiale a atteint un point de basculement

Après trois années de perturbations constantes, l’éducation mondiale a atteint un point de basculement. Une population instruite constitue la plus précieuse ressource de l’humanité. Notre échec collectif face à la crise de l’éducation représente une grave menace pour les perspectives futures de centaines de millions de jeunes filles et garçons, une menace qui vient assombrir l’horizon social et économique de pays entiers.

Avant l’apparition du COVID-19, plus de 250 millions  d’enfants étaient déscolarisés, et la moitié des élèves  des pays à revenu faible et intermédiaire achevaient l’école primaire sans maîtriser la lecture. La pandémie, qui a disproportionnellement impacté les pays à revenu faible, est venue accentuer ces inégalités flagrantes, faisant peser sur 24 millions d’enfants et de jeunes  supplémentaires le risque d’une déscolarisation définitive. Au sein des pays à revenu faible et intermédiaire, le pourcentage d’enfants incapables de lire et de comprendre une histoire simple avant l’âge de dix ans a augmenté jusqu’à atteindre près de 70 %.

Ces chiffres soulignent la nécessité urgente d’une action multilatérale ambitieuse, permettant de faire en sorte que tous les enfants à travers le monde reçoivent une instruction de qualité sur une durée de 12 ans. Le Sommet de l’ONU sur la transformation de l’éducation, qui s’est tenu en septembre dernier à New York, rassemblant les représentants de plus de 100 pays dans une discussion sur la manière de répondre à la crise mondiale de l’apprentissage scolaire, s’est achevé sur une note d’espoir, les dirigeants mondiaux ayant admis qu’un changement réel exigeait davantage de financements au niveau national.

Les pays à revenu faible en sont profondément conscients. En 2021, dans leur Déclaration sur l’éducation, les chefs d’État du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) ont appelé les dirigeants politiques  à faire en sorte qu’au moins 20 % des dépenses publiques de leur pays soient allouées à l’éducation. Plus de 20 États, pour la plupart africains, se sont d’ores et déjà engagés à investir 200 milliards $ sur cinq ans dans l’éducation des jeunes filles et garçons – et cette dynamique s’accentue.

Les États donateurs doivent néanmoins saisir eux aussi l’urgence d’agir contre les inégalités et pour les opportunités d’éducation, et fournir rapidement le soutien coordonné dont les pays concernés ont besoin. Les États donateurs peuvent le faire en s’engageant à financer le GPE, qui soutient les pays à revenu faible dans la transformation de leurs systèmes d’éducation nationaux.

La tâche la plus urgente pour les réformateurs mondiaux consiste à accroître les budgets de l’éducation dans les pays à revenu faible et intermédiaire en difficulté. Avant même la pandémie et l’actuelle vague de resserrement monétaire, le remboursement de la dette dépassait les dépenses dans l’éducation, la santé et les services sociaux au sein d’un pays sur huit, limitant considérablement les possibilités d’action de ces pays pour améliorer l’accès des enfants à l’éducation ainsi que les taux d’achèvement de la scolarité.

Le temps ne joue pas en notre faveur. S’ajoutant aux difficultés budgétaires ainsi qu’aux inégalités systémiques, le changement climatique risque de déplacer 143 millions de personnes  (plus que la population entière du Mexique) d’ici 2050, ce qui souligne encore davantage la nécessité urgente de refaçonner nos systèmes d’éducation.

La réponse à ces crises mondiales exige une transformation qui bénéficie à tous les enfants de la planète, à commencer par les plus marginalisés. Afin de réduire par exemple les disparités liées aux sexes, les dirigeants politiques doivent placer l’égalité des sexes au cœur de leurs politiques d’éducation, depuis la planification jusqu’à la mise en œuvre.

Faire en sorte que tous les enfants maîtrisent les bases de la lecture et du calcul constitue l’un des principaux défis de notre époque. Pour permettre aux élèves de surmonter les bouleversements d’une croissance technologique rapide, nos systèmes d’éducation doivent tirer parti de la technologie dans le cadre d’un plus large effort systémique consistant à repenser l’apprentissage scolaire. En leur inculquant par ailleurs adaptabilité et résilience, nous pouvons préparer les élèves à faire face à l’incertitude du XXIe siècle.

Les enfants constituent notre atout le plus précieux. Investir dans leur imagination et leur créativité, c’est investir dans la possibilité de transformer notre monde pour le meilleur. En conférant aux enfants du monde entier une chance égale d’accomplir leurs aspirations, nous pouvons contribuer à assurer la stabilité et la prospérité de leur communauté. Cette capacité à imaginer, à planifier ainsi qu’à mettre en œuvre des solutions qui préparent nos enfants aux bouleversements à venir, et qui leur permettent de répondre aux crises les plus urgentes de l’humanité, nécessité davantage de financements.

Si nous ne remédions pas à la crise mondiale de l’éducation, il ne faudra pas attendre des générations futures qu’elles nous sauvent des catastrophes que nous n’aurons pas su résoudre nous-mêmes. Comme l’observait  l’ancien président américain Franklin D. Roosevelt il y a 82 ans, dans son discours à l’Université de Pennsylvanie, « Nous ne pouvons pas toujours bâtir l’avenir de notre jeunesse, mais nous pouvons bâtir notre jeunesse pour l’avenir ».
Traduit de l’anglais par Martin Morel
Nana Akufo-Addo est président du Ghana. Jakaya Kikwete, ancien président de la Tanzanie, est président du Partenariat mondial pour l’éducation.
 
 

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