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Législatives au Portugal: le centre droit remporte les élections, l’extrême droite en forte hausse

L’opposition de centre droit a remporté les législatives de ce dimanche 10 mars au Portugal, après huit ans de gouvernement socialiste. Les socialistes arrivent quant à eux en seconde place, tout près de l’Alliance démocratique (AD). Le Parlement du pays ibérique bascule à droite avec une nouvelle poussée de l’extrême droite, selon plusieurs sondages sortie des urnes.

Luis Montenegro célèbre son court succès, à Lisbonne, le soir du 10 mars 2024.
Luis Montenegro célèbre son court succès, à Lisbonne, le soir du 10 mars 2024. AFP – MIGUEL RIOPA

L’Alliance démocratique (AD) de centre droit emmenée par Luis Montenegro, 51 ans, a gagné les élections de dimanche avec 29,49% des suffrages, contre 28,66% pour le Parti socialiste (PS). La nuit électorale a été longue et la victoire de justesse. Luis Montenegro a revendiqué une victoire « incontournable » aux législatives de dimanche, disant vouloir gouverner avec une « majorité relative » au Parlement, après huit ans de pouvoir socialiste.

Le parti socialiste s’incline donc, 75 députés contre 77 à l’AD. Toutefois, il y a encore quatre postes de députés à pourvoir, deux pour le circuit électoral européen et deux pour le circuit reste du monde, rappelle notre correspondante à Lisbonne, Marie-Line Darcy. Cela repousse la proclamation du résultat final, mais en attendant l’AD a assumé sa victoire et le PS sa défaite.

Selon les résultats officiels quasi-complets communiqués par le ministère de l’Intérieur, M. Montenegro ne sera pas en mesure de former une majorité stable à lui seul, mais a réaffirmé son refus de diriger le pays avec le soutien d’un parti d’extrême droite qui a réalisé une nouvelle percée électorale. Il espérait s’appuyer sur le petit parti Initiative libérale mais les deux formations semblaient loin d’atteindre le seuil de 116 députés sur 230 sièges, synonyme de majorité absolue.

Le PS, qui avait obtenu une majorité absolue lors des précédentes législatives de janvier 2022 avec un score de 41,4%, arriverait désormais en deuxième position avec 28,66%. Après le départ d’Antonio Costa, le PS s’est regroupé autour de Pedro Nuno Santos, un ancien ministre de 46 ans issu de son aile gauche. Malgré l’assainissement des finances publiques, une croissance supérieure à la moyenne européenne et un chômage au plus bas, le bilan du gouvernement socialiste sortant a été terni par l’inflation, des dysfonctionnements dans les hôpitaux et les écoles, puis par une importante crise du logement.

Forte poussée de l’extrême droite

À trois mois des européennes, ce scrutin précipité par la démission du Premier ministre sortant Antonio Costa, qui ne briguait pas un nouveau mandat, vient confirmer que l’extrême droite progresse à travers le Vieux continent. Le Portugal était un des rares pays en Europe à être dirigé par la gauche lorsqu’Antonio Costa, 62 ans, a jeté l’éponge après avoir été cité dans une enquête pour trafic d’influence au début du mois de novembre.

Le chef de l’extrême droite portugaise, André Ventura, s’est aussitôt félicité d’ « un résultat absolument historique », en se disant « disponible » pour « donner un gouvernement stable au Portugal » au sein d’ « une majorité forte à droite ». Son parti antisystème Chega – traduire : « assez » – dispose désormais de 48 députés à l’Assemblée, soit quatre fois plus qu’auparavant.

André Ventura s’est empressé d’exiger la formation d’une alliance de gouvernance avec le parti du social démocrate, Luis Montenegro, probable futur Premier ministre. Seul un « irresponsable » refuserait cette alliance pour faire barrage aux socialistes, a déclaré Ventura, dans le rôle d’arbitre qu’il est devenu.

« Les Portugais ont été clairs. L’AD demandait une majorité absolue, elle en est loin. Le PS voulait une majorité relative, il en est loin. Chega voulait devenir la pièce centrale du système politique, il a réussi », s’est exclamé André Ventura. Le chef de l’extrême droite portugaise a également déclaré que son parti allait libérer le Portugal, qui durant des décennies a été asphyxié, dominé, manipulé et atrophié par la gauche et l’extrême gauche. « On va commencer dès demain à libérer le pays de l’extrême gauche. Mais c’est écrit dans les étoiles, ce scrutin, c’était la dernière étape avant que notre parti soit vainqueur de législatives. »

Pas d’alliance avec le Chega

Luis Montenegro a repris son leitmotiv de campagne, et a affirmé qu’il ne fera pas alliance avec le Chega. « Pendant la campagne électorale, j’ai pris des engagements. Et je respecterai naturellement ma parole. Je n’envisage pas un seul instant de ne pas respecter ces engagements, ce serait un affront à moi-même, à mon parti et à la démocratie portugaise. Je dirai au président de la République que nous sommes prêts pour commencer à gouverner. Il faudra passer par le dialogue politique à l’Assemblée. Mais le moment venu, j’espère que tous les partis prendront leurs responsabilités. »

Cette nouvelle percée de l’extrême droite intervient alors que le Portugal commémore le mois prochain le 50e anniversaire de la Révolution des Oeillets, qui a mis fin à la dictature fasciste et 13 années de guerres coloniales.

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