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LES ANCIENNES DIASPORAS SÉRÈRES MÉCONNUES Par Sobel DIONE

Les sources révèlent des traces d’anciennes populations sèrères dans certains pays de la région, notamment en Sénégambie méridionale, dans les pays des Rivières du Sud et dans la boucle du Niger au Mali. On trouve aussi en Afrique et hors d’Afrique des toponymes séréré, ou encore des individus portant le patronyme séréré.

Dans l’ancienne Afrique du Nord, ce sont des déesses et prêtres qui sont appelés Cérères (sic). S’agit-il de simples homonymies ou de coïncidences troublantes ou encore d’un mot qui a un sens inconnu?

Aperçu général de quelques migrations sèrères Compte tenu du nombre, du rôle fondateur et de la place méconnue des Sèrères dans les pays de l’ancienne Mauritanie, on est en droit de se demander ce qu’ils sont devenus. Beaucoup s’imaginent qu’à leur départ, ils sont tous venus s’installer dans leurs habitats actuels. Il est plus logique de penser qu’à l’instar de la plupart de leurs voisins du fleuve, les Sèrères sont partis dans plusieurs directions. Contrairement aux Peuls dont l’identité est remarquable à cause de leur phénotype (aspect physique) et de leur mode vie (pastoralisme, endogamie ethnique, isolement relatif), les populations noires qui ont migré et se sont installées ailleurs sont parfois plus difficiles à identifier aujourd’hui. Quand elles n’étaient pas en nombre important et socio politiquement bien structurées elles se sont presque partout fondues dans les nouveaux peuplements qu’ils ont intégrés. Les Sérahuli par exemple adoptent rapidement les us et coutumes des peuples où on les trouve (Godwin 1985 p65).

C’est semble-t-il, le cas des Sèrères. Seuls ceux qui sont venus s’installer au centre ouest du Sénégal et en Gambie ont gardé l’identité sèrère et leur nombre décroit inexorablement. Des anciens peuplements sèrères en Sénégambie méridionale et dans les « Rivières du Sud » Comme les Peuls, les Sos, Sossés et Soussous, notamment, il est maintenant certain que de migrants sèrères partis du fleuve ont abouti en Sénégambie méridionale. Des traditions et de nombreux auteurs montrent qu’à certaines époques, ils étaient présents dans la proche vallée de la Gambie, en Casamance, en Haute Gambie, jusqu’en Guinée Bissau. La première mention connue des Sèrères dans ces régions est la légende des deux sœurs Aguene et Diambogne ancêtres des Diolas et des Sèrères. Elle est signalée par plusieurs auteurs (in De Moraes 1998 p157 et note 286 p179). Yoro Diao inscrit aussi l`une de ses traditions dans le contexte général des migrations dans cette direction : « Des Sossés, des Sèrères et quelques Peuls, allèrent s’établir dans les Rivières du Sud et au-delà… (Yoro Diao/Delafosse 1913). Des administrateurs coloniaux comme Arcin et Germain signalent également « au nord-ouest du Fouta-Djallon, sur les rives de la Gambie et de la Casamance, une « confédération Sérère-Diola », dans laquelle s’étaient introduites d’autres familles (Arcin p 9 et note p64).

Pinet Laprade prétend même que tous les Sèrères sont venus au centre du Sénégal en provenance du Sud. Mais nos historiens contemporains comme A. Ngaidé (2009) confirment que ce sont bien des migrations antérieures en provenance de l’ancienne Mauritanie jusqu’au Gabou, qui ont refait le chemin inverse jusqu’au Sénégal (Sonko-Godwin 1985 p 61). Cet « axe du retour sud nord » était du reste particulièrement fréquenté à une certaine époque. La dynastie multiethnique des Tonjong sèrères partie libérer le Tekrour des Manna Soninké, un régime d’occupation, est partie de Sénégambie méridionale au 13e siècle (Levtzion 1971). C’est la même trajectoire empruntée par l’aristocratie guerrière des guelwar venue du Gabou en pays sèrère peut-être au 14e siècle. S’ils n’étaient pas des Sèrères « mandinguisés », il y avait du moins une composante sèrère dans la migration (Martin et Becker 1979 ; N. Diouf 1972) C’est encore de Sénégambie méridionale que le Peul Koly Tenguela est revenu au 16e siècle à la conquête du Fouta Toro, accompagné de Sèrères et d’autres groupes. Plusieurs auteurs ont formulé l’hypothèse que les populations noires jadis appelées Maqzara situées à l’ouest sur le fleuve Sénégal et parlant des langues à classes pourraient désigner les ancêtres des Sèrères, Lebous, Toucouleurs, Wolofs etc. ou mieux, les Sèrères ancestraux (Cuoq 1975 ; Trimingham 1962 p 40). Or on trouve aussi à l’est de Tombouctou sur la carte d’Anville (1749), l’ethnonyme Maqzara sous la forme Magsharen (Trimingham p37 note 1). Selon l’auteur du Tarikh el Soudan (As Sadi/Houdas gallica.bnf.fr /) le caravansérail qui deviendra Tombouctou a été fondé vers 1096/974 par des Touareg noirs appelés Maghsharen (Trimingham p31 et 67 n.1). Tin-Bouctou, la graphie anglaise plus correcte signifierait le Puits (Teen) de la vieille Bouctou (Diouf M.M. L’origine du nom Sénégal 2021). Cette vieille femme était la gardienne du puits. L’hypothèse de l’ancienne identité sèrère de ces Touaregs noirs est confirmée par les traditions de la république du Niger qui mentionnent des « Sérérés en Malé » ou Mali (Mounkaila F. 1989 : Mythe et histoire dans la geste de Zabarkane CELHTO, Niamey in Diouf 1996). On retrouve dans la même région au 15e siècle, les Sorkos du Rharous appelés « piroguiers sérères amis de Soni Ali Ber ». Ils transportaient les troupes de l’empereur du Songhay (A. BA Konaré 1977 p 90). Depuis lors, ils ont été assimilés et perdu leur langue et leur identité. En 1916, ils n’étaient plus que des daga ou vassaux des vrais Touaregs, différents cependant des bella captifs (Lisbet Holtedhal 1999 p295 296).

Ces éléments et l’omniprésence du toponyme Sine dans les migrations sèrères font penser que le Masina des Peuls lui-même a peut-être été fondé par des migrations peules et sèrères en provenance de Sineghana, l’ancien nom sèrère du Walo. Dernier élément sur ces anciens Sèrères : aujourd’hui encore, les Touaregs du Nord Mali disent Sénégal en français et Sinighal dans leur langue. C’est le signe que le nom du pays dérive bien de Sanghana ou Sine Ghana, l’ancien royaume sèrère sur le fleuve Sénégal que le voyageur arabe Al Bakri a visité en 1068. De nos jours le Séréré est une ile en aval de Tombouctou.

Des localités, rivières et patronymes appelés Séréré ailleurs en Afrique et hors d’Afrique Par ailleurs, grâce aux ressources de l’informatique, on trouve aussi des localités, mares et rivières appelés Séréré au Cameroun, Tchad, Ouganda, Soudan du Sud, Ethiopie et Zimbabwé. Au Nigeria, Kenya, Zimbabwe et d’autres pays hors d’Afrique, Séréré est un patronyme. Ces localités, hydronymes et patronymes ne sont plus associés aux Sèrères ouest africains. S’agit-il de traces laissées par des migrants partis de l’ancienne Mauritanie ou de populations en provenance de ces pays qui ne sont jamais arrivés à l`Ouest ?

Des déesses et prêtres appelés Cérères. Il est encore plus étonnant de constater le nombre important de travaux sur des divinités et prêtres appelés Cérères, sans qu’on sache s’il y a un lien avec l’ethnonyme. Les Cérères sont des déesses et prêtres de l’Afrique romaine. Les travaux qui leurs sont consacrés montrent que le culte parti d’Egypte pharaonique avec la déesse Isis a été emprunté par les Grecs (Déméter, sa fille et les Mystères d’Eleusis), puis passé chez les Romains (Cérès et sa fille) (E. Schuré p398). Il s’est ensuite implanté en Afrique du Nord vers le 4e siècle avant J.C. C’est seulement en pays berbère que divinités et prêtres sont appelés Cérères. Deux fresques du Musée national de Naples dépeignent une cérémonie isiaque « où on reconnaît les Noirs, écrit Snowden, à « l’éclat de leur longue tunique blanche, souligné par la peau noire des torses nus » (L. S. Senghor 2006). L’un d’elle devait être la fresque romaine ci-dessous qui montre des prêtres noirs dirigeant un culte d’Isis (David Douglas 2010 p 43).Ce sont peut-être des Cérères.

Sèrère signifie- t-il « peuple Ser » ?
A son tour, Pr Bouba Diop s’interroge sur l’ethnonyme Ser et le toponyme Sine mentionnés par les auteurs grecs et romains de l’Antiquité (Héliodore, Denys d’Alexandrie Sénèque, Pline, Ptolémée, Pomponius, Virgile, Horace Strabon, Florus etc). Certaines les situent en Asie (http://doc.player.fr/24090504les-migrations-sereer-jalons-de-la-saga-africaine-et-senegalaise-137.htlm.

Pour tous ces toponymes et patronymes Séréré hors de l’ouest africain d’une part, le théonyme romain Cérère nord-africain d’autre part et les deux ethnonyme et toponyme Ser et Sine hors d’Afrique par ailleurs, il serait impropre de parler de diasporas sèrères puisque nul ne sait s’ils ont un lien avec l’ethnonyme et le toponyme sénégalais ou ouest africain. La seule piste d’approche de l’ensemble de la question sèrère à partir de l’article de Diop est la signification de rer en langue somali. Il signifie peuple. Ser-rère signifierait donc peuple Ser.

Les Somalis habitent en Somalie, Ethiopie, Djibouti et Erythrée. C’est dans un groupe éthiopien de cette communauté que l’on trouve ci-dessous, la localité appelée Séréré Wein ou Grand Séréré. Diop conclut son article en reconnaissant avec Gravrand que «clarifier le problème des origines sérères , c’est apporter en même temps une contribution à l’histoire du Sénégal» (Gravrand 1983 p. 47). Il ajoute : et d’Afrique de l’Ouest.

LISTES ET REFERENCES DE LOCALITES LIEUX-DITS ET PATRONYMES « SERERES » A. LOCALITES

1. MALI :
Séréré se trouve dans le cercle de Gourma-Rharous région de Tombouctou voisine de la ville Goundam et de Niafounké https://fr.wikipedia.org/wiki/Serere_(Mali);https://reliefweb.in t/…/OCHA_TOMBOUCTOU_GOURMARHAROUS_A3_20 131029…

2. CAMEROUN:
Séréré est une rivière située dans la région du Centre. Il y a aussi une localité située dans le voisinage de Ntui et Yaoundé cm.geoview.info/serere,2222086;http://www.weathercrave.co. uk/w

3. TCHAD :
(2 localités au moins) -Oued Rivière Sérer al Marout située dans le Ouaddaï. td.geoview.info/ouadi_serer_al_marout,241969. -Séréré est aussi une localité de la Préfecture du Chari Baguirmi ( in Hadjer-Lamis). td.geoview.info/serere,2425704

4. SOUDAN DU SUD:
Séréré est une localité du Soudan du Sud. C’est aussi un nom de district http://www.lcmt.org/southsudan/cities/serere; Serere, South Sudan – Land Conflict Mapping Tool

5. OUGANDA :
Séréré est ville d’environ 13.000 habitants chef- lieu de District à 205 km au Nord Est de Kampala la capitale du pays et à 35km de Soroti, la plus grande ville de la région, 176.000 h en 2002. Séréré est habitée par les Teso ou Iteso venus d’Ethiopie. Serere District https://serere.go.ug P.O Box 93, Serere E-mail: info@serere.go.ug. https://nona.net/features/map/place détail.2411880/Serere/

6. ETHIOPIE (3 localités):
-Dawe Serer est un district (wereda) en Ethiopie https://knoema.com ›

-Serere Wein ou “Grand Séréré” est une localité située dans la région de l’ethnie somali en Ethiopie à 838 km à l’Est d’Addis Ababa et.geoview.info/serer_wein,1150913750n « http://tripsuggest.com/ethiopia/somali-region/sererwein/#zoomOut »

-Serer, Elekere ou El Kere est l’un des districts (wereda) de la région Somali en Ethiopie. Elekere est la principale ville du district où se trouve la chaine montagneuse d’Audo Range. Le district est habité (57,735, en 2007) par des Gerira du clan Somali et par des Afar, Amhara et Shita. https://en.wikipedia.org/wiki/Elekere#p-search

7. ZIMBABWE :
Séréré est une rivière (stream) située dans le Mashonaland au Zimbabwe. Variante de prononciation : Séréri Source: National Geospatial-Intelligence Agency Cartographic.info http://geodata.us/about. Html

8. BOLIVIE AMERIQUE DU SUD.
Eco réserve et lodge dénommés séréré Bassin de l’Amazone. Il est probable que la Lodge ou site touristique a été fondée ou appartient à un nommé Séréré (voir plus loin une liste des patronymes) « https://www.lonelyplanet.com/bolivia/amazonbasin/hotels/a/l od/1326911https://tourthetropics.com/tours/sererelodge/ »Bolivia https://tourthetropics.com/conservation/bolivian-amazonserere-reserve

Source: Par Mahawa Sémou Diouf chercheur, membre du Comité des Sages du Sine
biblioserere.com

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