POLITIQUE

« LES TRANSITIONS MILITAIRES, IL FAUT LES ÉCOURTER… »

Ancien Représentant Spécial des Nations Unies pour l’Afrique centrale, Pr Abdoulaye Bathily, a donné son avis sur les coups d’Etat militaires, en vogue, dans l’espace CEDEAO, ces derniers temps. Pour l’historien, les transitions militaires ne doivent jamais durer au pouvoir.

Les coups d’Etat militaires dans l’espace CEDEAO ont fait l’objet d’un panel, ce jeudi, sous l’initiative d’Afrika Jom Center. Dans l’espace, quatre coups d’Etat militaires ont été recensés dans trois pays au cours de l’année 2020 à maintenant. Mais pour le Pr Abdoulaye Bathily, Ancien ministre et ancien Représentant Spécial des Nations Unies pour l’Afrique centrale, les putschistes ne doivent pas durer au pouvoir. « Les transitions militaires, il faut les écourter pour donner la chance aux forces démocratiques de continuer la lutte. Un régime militaire qui s’installe par la force ne doit pas perdurer. Le plus souvent, ce sont des règlements de compte en leur sein qui surviennent. Ce qui est déplorable », ajoute-t-il.

Les régimes militaires au pouvoir ont souvent été des régimes autocratiques, répressifs et aussi corrompus que les pouvoirs civils. C’est pourquoi, Pr Bathily estime que, même si parfois les coups de force des soldats peuvent se justifier, ils doivent retourner le plus rapidement possible dans les casernes. « Cinq (05) ans pour un régime militaire, ça n’a aucun sens. Cinq (05) ans, c’est la durée d’un mandat civil. Au nom de quoi, un groupe qui est arrivé au pouvoir par la force, désigne un gouvernement, peut prétendre plus légitime. Il faut savoir mettre fin aux régimes d’exception qui ne donnent pas la chance aux populations de s’exprimer librement. Le maintien de l’armée dans l’exercice exclusif de ses prérogatives constitutionnelles sous l’autorité d’un pouvoir civil légitime est une condition nécessaire et indispensable à la survie durable de l’institution militaire elle-même, la santé de la République et à la stabilité de la société », a-t-il indiqué.

Un pays, comme le Mali, compte cinq (05) coups d’Etat militaires : 1968, 1991, 2012, 2020 et 2021. Sur les 60 ans d’indépendance, les militaires ont régné pendant 31 ans. Au Burkina Faso, les militaires ont régné pendant 56 ans et ils se sont souvent livrés à une bataille pour contrôler le pouvoir. En République de Guinée, trois (03) coups d’Etats ont été répertoriés, de l’indépendance à nos jours. Pour le Pr Abdoulaye Bathily, la solution militaire n’est toujours pas la bonne. Il y a d’autres paramètres qu’il faudrait prendre en compte. « Les analystes de la crise sécuritaire au Sahel comme celle du genre dans d’autres régions du monde ont montré largement les échecs de solution fondée sur une approche principalement militaire. Les pays de l’OTAN et avant eux les soviétiques en ont fait l’amère expérience en Afghanistan. Seule une solution adossée à des paramètres politiques, économiques, sociaux et culturels a des chances de succès sur une base durable. Elle requiert la mobilisation de tous les segments de la société dans une dynamique démocratique impulsée par un pouvoir dont la base de légitimité doit être plus large que celle d’un pouvoir militaire de transition », a estimé Pr Bathily.

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