SOCIETE / FAITS DIVERS

Mythe populaire: «Dëmm», le traumatisant anthropophage sénégalais

Le « dëmm » sénégalais n’est ni un anthropophage boulimique ni un cannibale itinérant à la quête de la bonne chère. Il est une omniprésente créature entrée dans le récit des aventures merveilleuses d’une société toujours attachée à sa mythologie malgré les ravages du temps. Cet « être » fabuleux est également un moyen pour certaines communautés de se défaire d’un individu ou d’un groupe encombrant en portant l’accusation sur lui, en le frappant d’anathème. Des familles se sont disloquées par le simple fait d’un réquisitoire public articulé autour d’une anthropophagie ritualisée.

Dossier réalisé par Serigne Mansour Sy CISSÉ

« Jeunes, nous prenions la poudre d’escampette chaque fois que nous apercevions une vieille femme atteinte d’éléphantiasis. Elle ne semblait point agressive, mais son handicap physique l’avait mise en marge de la communauté. On disait de cette mamie impotente qu’elle se nourrissait de la chair fraîche des enfants ». Ce récit d’Abdoulaye Sow est très répandu dans les terroirs. La figure du « dëmm » traverse les âges et est entrée dans les imaginaires, au grand dam d’hommes et de femmes souvent pris de soupçons à cause de leurs conditions sociales, de leurs traits physiques, de leur âge avancé ou d’un projet d’exclusion sociale. « Dans notre village, vivait tranquillement une famille jusqu’au jour où elle a été accusée d’ »anthropophagie » après qu’un fils d’un notable a été amputé de sa jambe par des médecins pour apaiser son mal. On dirigea très vite les regards vers cette famille qui a, par la suite, disparu de la bourgade depuis les années 1960. Aucun des membres de ce lignage n’y a remis les pieds. Le village a même perdu leurs traces. Personne ne semble savoir ce qu’ils sont devenus. La légende qui s’est répandue au fil des âges raconte que le père, désespéré de voir son unique fils devenir une personne handicapée, a jeté un mauvais sort à cette famille frappée d’anathème », confie Salimata Dia, originaire d’un village du Fouta Toro.

Crime de la pauvreté

Au Sénégal, le « dëmm », dans l’imagerie populaire, ne porte pas les habits d’un cannibale boulimique comme les Fang d’Afrique centrale du 19ème siècle qui agrémentaient leur menu de chair humaine juste pour faire bonne chère. Il est une figure omniprésente dans les récits fabuleux et charpente les relations sociales dans certaines sphères où le référent imaginaire fait place au merveilleux et dresse des cloisons. C’est le cas dans une contrée sénégalaise où « il n’est pas recommandé de se trouver dans la demeure des cordonniers ou des tanneurs au déclin du jour. Pourtant, au petit matin, on n’éprouvait aucune crainte à les fréquenter. La vie suivait son cours normal jusqu’au crépuscule ; eux-mêmes sentant sans doute cet ostracisme, rechignaient à sortir la nuit au cours de laquelle les autres communautés villageoises les soupçonnaient de s’en prendre aux autres par leurs pratiques anthropophages », narre Lamine Niang, qui n’a pas toujours percé ce mystère de son royaume d’insouciance gouverné par cette créature entrée dans les imaginaires. Inexistante pour les uns, réalité du monde et de l’esprit pour les autres, elle demeure omniprésente dans le rapport à l’autre dans plusieurs communautés africaines et sénégalaises.

À Yoff Ndeungagne, une famille a aussi vécu dans l’infortune du réquisitoire public. « Ay dëmmlañu » (ce sont des « anthropophages ») ! Cette accusation a, pendant de longues années, plongé cette famille dans un abîme profond. Son indigence en a fait une proie facile, un bouc émissaire. La pauvreté est souvent associée au « dëmm ». On y raconte, sous le couvert de l’anonymat, que c’est grâce à l’ascension sociale d’un membre de cette famille que la malveillance à son égard s’est estompée. « Depuis notre tendre enfance, on nous interdisait d’aller dans certaines maisons avec un discours hermétique pour les mômes que nous étions », se rappelle Djibril, traumatisé, malgré l’œuvre du temps.

La vieille femme, le bouc émissaire idéal

« Une vieille femme, qui n’était pas des plus gracieuses certes, avec des grains de beauté sur tout le visage, avait quitté son patelin pour venir s’installer à Yarakh parce qu’elle était considérée comme une « dëmm ». Elle a préféré quitter son terroir pour ne pas compromettre l’avenir de ses enfants qui ne pouvaient y contracter mariage. Elle a mal vécu cette situation », fait savoir le quadragénaire Bassirou Diop qui se souvient de cette anecdote : « Un de mes cousins l’a vue en rêve avec sa fille et au réveil, il est tombé malade. L’information s’est répandue comme une traînée de poudre dans le quartier et cela a empiré la situation ». À en croire un professeur d’histoire et de géographie servant à Ziguinchor, la figure du « dëmm » relève d’une légende populaire. « Je suis en conflit avec ma mère depuis mon enfance car elle m’interdisait de fréquenter une mamie du quartier que je me plaisais à assister dans ses tâches quotidiennes. Chaque fois qu’il me gratifiait d’un repas, je mangeais sans arrière-pensée, au grand dam de ma mère convaincue de sa théorie », se souvient cet enseignant d’ethnie balante. Tout le monde n’est pas de cet avis malgré la modernité. C’est le cas du Saltigué Diène Ndiaye du centre Malango de Fatick. D’après lui, le « dëmm » est bien une réalité au Sénégal. « Nous reconnaissons les symptômes et la différence qu’il y a avec quelqu’un qui est possédé par un djinn », déclare-t-il, non sans ajouter que le malade suit trois mois de traitement (bain, encens, sacrifice, aumône…). La figure du « dëmm » défie le temps.

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Bara Thiam : « Ma famille a été contrainte à l’exil »

Bara Thiam est le petit-fils d’une « mamie » qui a souffert le martyre dans le village qui l’a vu naître et grandir. Un beau jour, le voisinage a commencé à l’épier, à la pointer d’un doigt accusateur. « Tout a débuté quand quelques habitants du village sont décédés en un court intervalle de temps lorsque le soleil flambait, entre 13 et 15 heures. Ma grand-mère, déficiente mentale vers la fin de sa vie, avait l’habitude de se trouver à l’orée de la forêt au même moment de ses disparitions. Les villageois, dans le désarroi, en ont déduit qu’elle était la cause de leur malheur », confie ce mécanicien qui a, depuis lors, quitté son patelin pour ne plus déterrer ces souvenirs douloureux de sa jeunesse. « Nous étions une famille pauvre et comptions sur l’aide des autres pour survivre. Du jour au lendemain, nous sommes devenus les figures de la malveillance, les pestiférés du village. La vie y devenait infernale, impossible. Ma grand-mère est décédée quelques temps après et le reste de la famille a été obligé de s’exiler. Aujourd’hui, je suis incapable, psychologiquement, d’y remettre les pieds malgré les bons offices des notables du village », gémit-il, presque dépité.

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Le point de vue de l’Islam

Pour les spécialistes de la religion musulmane, le « dëmm » n’est qu’une fantaisie, une création merveilleuse d’une société aimant se fabriquer des mythes.

En février 2010, lors d’une causerie à l’occasion du Gamou, le défunt Khalife général des Tidianes, Cheikh Ahmed Tidiane Sy « Al maktoum », disait ceci : « Le dëmm n’existe pas. C’est faux et vil. Ce sont des accusations non fondées ». L’imam de la grande mosquée de Cité Soprim extension, Ousmane Ndao, en fait une création imaginaire de l’homme. Le prédicateur Assane Diouf de la télévision Walfadjri abonde dans le même sens et regrette les « conséquences d’une telle accusation grotesque qui abat la dignité de certains et sape la cohésion sociale ». C’est également l’avis du prêcheur Dame Ndiaye ému par le sort des « familles contraintes à l’exil à cause d’accusations infondées. C’est l’œuvre de Satan ». Il faut, à ses yeux, mettre en place un arsenal juridique pour lutter contre ces accusations mensongères. Dans le même registre, Imam Ismaïla Ndiaye soutient que la religion musulmane reconnaît plutôt le mauvais œil et la mauvaise langue qui peuvent nous poursuivre jusqu’à la mort.

« Œuvre de Satan »

Le « dëmm », tel que nous le concevons, n’existe pas, selon lui. «Des personnes sont accusées à tort, stigmatisées, mises en marge de la société », déplore le spécialiste des questions islamiques qui, en guise d’exemple, évoque le cas du neuro-paludéen assimilé à un patient porté par des esprits maléfiques. « Ce malade criait à tue-tête et balançait des noms d’individus qui étaient par la suite indexés. L’Islam condamne ces pratiques », explique Imam Ismaïla Ndiaye.

Mamadou Lamine Ngom du centre Roqya des Parcelles Assainies de l’Unité 15 est habitué à ces histoires de « dëmm ». « Un djinn (créature surnaturelle dont le Coran affirme l’existence), lorsqu’il entre en possession d’une personne, lui fait dire des choses surnaturelles et se substitue à quelqu’un, souvent un proche, contre lequel on porte des griefs. Il peut même le voir en rêve en train de lui nuire. Ceux qu’on accuse d’anthropophagie sont généralement des pauvres », constate M. Ngom. Nous avons tenté de faire réagir Abbé Alphonse Seck et l’exorciste Abbé Théophile Niouky. Le premier a préféré décliner l’entretien car n’étant pas familier à ce sujet, le second a évoqué l’arrêt de ses activités à cause de la fermeture des églises depuis la survenue de la Covid-19 au Sénégal.

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SAMBA FAYE « KOROMACK » GUÉRISSEUR TRADITIONNEL 

« Ce n’est pas pour rien que certaines morts sont troublantes »

Samba Faye, plus connu sous le nom de « Koromack », est convaincu de l’existence du « dëmm », de l’anthropophagie, source de plusieurs malheurs d’après lui. «Comment appelle-t-on celui qu’un serpent a mordu et qui est donné pour mort et, tout d’un coup, se relève après que son bourreau a été passé à tabac jusqu’à ce qu’il reconnaisse son forfait publiquement ? À la place du sorcier, ils te diront que c’est Satan. L’anthropophagie existe dans beaucoup de nos contrées ! Ceux qui l’ignorent ne connaissent rien du monde ésotérique », confie le guérisseur traditionnel, non sans s’offusquer du déni de la réalité opposé par certains religieux. Il dit traiter ses patients attaqués par le « dëmm » en recourant au « salaan » (euphorbe), au « poftan » (pomme de sodome), aux os de vautour, au « new » (pommier du Cayor) pour en faire de l’encens ou àdes « bains mystiques ». Selon lui, le « dëmm » est une créature imprévisible qui peut tuer son fils et verser des larmes. « Ceux qui piquent des crises sont parfois victimes d’anthropophagie », affirme celui qui se proclame saltigué du Sine.

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PR OUSSEYNOU FAYE, HISTORIEN

« Le déclassé social est souvent considéré comme l’incarnation de la malfaisance »

Le Professeur Ousseynou Faye a exploré plusieurs univers de sens et de savoir, parmi les moins défrichés par les chercheurs, dans sa grande carrière universitaire. Dans cet entretien, il jette un regard sur la complexité de la figure du « dëmm » dans la société sénégalaise.

Comment expliquez-vous le fait que le discours sur le« dëmm » ait traversé toute l’histoire de l’humanité ?

Le discours sur le « dëmm » a effectivement traversé l’histoire de l’humanité, même s’il y a une partie qui échappe parce que l’homme n’a pas été carnivore au départ. Il était herbivore. Il s’est initié à la dévoration et y a pris goût. Toutes les sociétés connaissent la figure de l’anthropophage. Dans l’histoire de l’Europe du 19ème siècle, on la retrouve. Il y a quatre catégories d’anthropophagie qui traversent l’histoire de l’humanité dont celle-là alimentaire. Il existait des populations qui ont préféré manger la chair humaine que celle du gibier. Et, probablement, si l’on s’intéresse au modernisme littéraire brésilien, on voit qu’on fait d’ailleurs plus ou moins l’éloge de l’anthropophage parce que l’on estime que l’interdiction de tout cela relève de la société patriarcale. C’est elle qui est responsable de tout cela avec ses interdits à n’en plus finir alors que nous sommes dans un domaine où quand on met le cap sur le permis, on aboutit à une vie où tout le monde se sent à l’aise. Ce qui renvoie un peu à ce que l’on appelle la société matriarcale. À côté de cela, il y a ce que l’on appelle l’anthropophagie par nécessité. Il est arrivé dans notre histoire récente que des accidents aient lieu ou des alpinistes soient perdus. Des gens sont restés pendant longtemps sans manger, et les survivants, pour continuer à survivre, ont préféré manger la « viande des autres » pour reprendre l’expression de Peter Geschiere. Et puis, vous avez l’anthropophagie rituelle qui renvoie d’abord à l’anthropophagie guerrière. On boit le sang de celui qu’on a vaincu pour pouvoir décupler ses forces. Cela a existé. Dans l’anthropophagie guerrière aussi, vous avez ceci : dans certaines sociétés africaines, on tue son ennemi, on coupe sa tête, on la fait sécher, on l’évide et puis on en fait un récipient pour boire. C’est un versant de l’anthropophagie rituelle. Maintenant, vous avez l’autre versant que l’on appelle le crime rituel. Dans celui-ci, vous avez le sacrifice humain. Le langage métaphorique des religions révélées en dit long aussi sur la centralité du sacrifice humain dans les représentations, les imaginaires, le merveilleux. Dans nos sociétés, il y a une ritualisation que nous connaissons, et ça renvoie à la figure du « dëmm » à proprement parler. On aurait pu penser que c’est de l’anthropophagie alimentaire. Mais, pour moi, c’est une anthropophagie complètement ritualisée. Ce n’est pas parce que le « dëmm » a soif ou faim qu’il fait cela.

Quel est alors son mobile ?

Dans la société sérère, celui-là qui est accusé de « dëmm » s’attaque à qui généralement ? Il ne s’en prend pas au fou, ni à l’oisif. Il ne s’attaque pas non plus au déclassé social, à celui-là qui n’est pas porteur de promesses. Dans les représentations des sociétés sérères, on dit que le « dëmm » s’attaque, par exemple, à la nouvelle mariée parce qu’elle peut donner naissance à des enfants, c’est par elle qu’il y a élargissement du lignage familial. Il s’attaque au jeune lutteur parce que sa place et son rôle sont importants dans une société où on accorde de l’importance au rite festif, dans lequel sont en jeu ce que l’on appelle la sociabilité intra-villageoise, la communion des gens mais également ce que l’on appelle la sociabilité inter-villageoise. Ce qui est également en jeu, c’est la symbolique de la réputation pour un village, un quartier. Dans nos sociétés, le « dëmm » s’attaque aussi au jeune circoncis, le « njulli », parce qu’on est en présence du déroulement d’un rite de passage. Après, le circoncis entre dans la case des adultes. C’est le mariage qui se prépare, la reproduction du groupe familial. C’est donc l’incarnation d’une promesse, d’une espérance. Le « dëmm » s’attaque également à celui qui est censé avoir réussi. Bref, c’est quelqu’un qui fait partie du monde de l’avoir, pour simplifier, ou du monde du pouvoir. Le « dëmm » s’intéresse davantage à tous ceux-là. En vérité, vous avez un arrière-plan idéologique qui permet de comprendre tout cela, ce qu’on appelle l’égalitarisme que l’on retrouve dans les sociétés sénégambiennes. Au fond, c’est une sorte de nivellement par le bas. On est dans des sociétés où pendant longtemps il n’y avait pas d’inégalité sociale criante. C’est vrai, il y a eu des élites économiques. Mais, en règle générale, vous avez cette sorte d’« égalité sociale ». Et souvent, quand une famille tente d’émerger, cela est mal vu. Si je prends les sociétés sérères et diolas, c’est comme s’il y a une sorte de perturbation, de subversion de cet égalitarisme qui a existé…

Est-ce que finalement le « dëmm », ce n’est pas l’autre, l’ennemi gênant ?

On peut le penser… Si ce sont des sociétés forestières, on recourt à l’empoisonnement. Quand ça ne marche pas maintenant, si vous prenez la société wolof ou sérère, c’est ce qu’on appelle le maraboutage. C’est l’action du « dëmm » qui est mise en évidence dans tous les cas. Ce qui relève du maraboutage, c’est ce qu’on appelle le monde du souterrain. C’est le monde du merveilleux.

Dans certaines communautés, la figure du « dëmm », c’est souvent le pauvre, la vieille femme, celle-là aux traits physiques peu attrayants…

Le déclassé social, celui-là qui souffre d’un handicap social ou physique très fort qui vit dans la misère, on considère souvent que c’est l’incarnation de la malfaisance. Et dans celle-ci, on fait souvent référence à l’anthropophagie. Mais, il n’y a pas que cela. Nous sommes dans des sociétés où on dit que l’anthropophagie est quelque chose qui se transmet. À la limite, il y a une sorte de « biologisation » de l’anthropophagie. On considère que quand une femme est anthropophage, ses enfants le seront si, au moment de la grossesse de ses différents enfants, la maman est allée à la chasse de « la viande de l’autre ». Et on dit que nécessairement les enfants qui vont naître le seront. Si elle n’est pas allée à la chasse et n’a pas participé à la « noce », on considère que les enfants ne seront pas des anthropophages, mais plutôt des voyants. Et c’est ce qui fait que dans n’importe quel village sérère ou wolof, vous verrez des familles étiquetées comme anthropophages. L’étranger aussi fait l’objet de suspicion. Bref, nous sommes en présence de victime émissaire, de bouc-émissaire. Mais tout cela renvoie en vérité à la violence que nous observons au sein de nos sociétés. L’anthropophagie ne relève pas de la violence socialement admise même si l’on est dans le domaine de la représentation de l’imaginaire. La meilleure façon de nuire à quelqu’un, c’est de dire qu’il est un « dëmm » même si c’est faux.

Cela ne renvoie-t-il pas toujours au projet d’exclusion ?

Souvent, quand il y a des accusations de « dëmm », cela veut dire que la société ou une famille est confrontée à des difficultés. Et elle pense que l’un des leviers de régulation sociale, c’est d’accuser l’autre. Dans nos sociétés sénégambiennes, quand cela se passait, on organisait sur la place publique tout un rituel pour se livrer à des exorcismes. Dans les sociétés sérères, par exemple, on nous dit qu’il suffit de prendre des excréments d’âne et les fleurs du pommier du Cayor, de les assembler et de les brûler. Quand ils inhaleront la fumée, on dit que les « dëmm » dans l’assemblée commenceront à révéler ceux qu’ils ont mangés. Et puis, il y a des hommes de savoir capables de les détecter, de les faire parler. Quand il y a une surmortalité, on soupçonne les « dëmm » d’être trop actifs. Souvent, après ces séances publiques, les familles accusées sont obligées de migrer. Si l’on s’intéresse à l’histoire de l’urbanisation de la Sénégambie, il y a énormément de gens qui ont été accusés de « dëmm ». La plupart d’entre eux n’ont trouvé le salut qu’en allant en ville. L’anthropophagie renvoie aussi à l’histoire de la formation des sociétés urbaines.

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