Mort de Alioune Badara Cissé : La République perd un antisystème !




Il a déposé son dernier rapport de médiateur de la République tout récemment, fonction qu’il a assumée avec son empreinte personnelle d’homme qui a un franc-parler, un grand courage intellectuel.  Ce juriste et avocat, qui a enseigné l’anglais en Europe et décroché plusieurs diplômes et spécialisations, notamment en droit des affaires, a été ministre des Affaires étrangères et secrétaire général du Gouvernement.

Membre fondateur de l’Alliance pour la République (Apr) dont il revendique l’écriture des statuts, ABC ne s’est jamais départi de son franc-parler habituel, ce qui pourrait, expliquer, une forme de disgrâce politique qui lui a valu une longue période d’hibernation de 2012 à 2015.

On en sait un peu plus quand on voit la nature des réactions après son décès. Pouvoir et opposition lui ont rendu le même hommage avec la même marque de sincérité et de profondeur. L’homme était au service de la République et en tant que tel, il se souciait peu de la casquette politique de son concitoyen et s’évertuait à servir tout le monde, de la même façon.

La preuve, en mars 2021, il avait fait un appel historique, sans doute le dernier, aux autorités, d’écouter la jeunesse.  Il n’a jamais voulu vaille que vaille défendre les positions du gouvernement, de son parti, contrairement à l’attitude systémique partisane en vogue dans tous les états-majors politiques.  Il savait dire la vérité aux siens, reconnaître les torts, les insuffisances.  L’homme était ainsi humble et d’une grande humanité.  Son décès doit pousser les uns et les autres à honorer sa mémoire en relativisant davantage les clivages politiques et à travailler dans le sens de l’intérêt général.

ABC était le vrai ‘’médiateur’’ entre l’opposition et le pouvoir, parce qu’entretenant avec chaque camp, des relations privilégiées.  C’était ainsi un ‘’antisystème’’, celui qui refuse les étiquettes réductrices d’appartenance à des groupes au mépris de la vérité.  Il l’a fait au temps de l’ancien Président Wade, en démissionnant en même temps que Macky, au nom de la rupture pour créer l’Alliance pour la république, dont le seul nom traduit une forme d’idéal républicain. Bien sûr, aujourd’hui, l’Apr, comme tous les partis, a rejoint le ‘’système’’, ‘’la patrie avant le parti’’ n’a été qu’un slogan.

Le courage intellectuel dont il faisait preuve doit servir d’exemple à ses contemporains en politique et aux futures générations.  Car, aujourd’hui, les ‘’déviationnistes’’, on en trouve partout, au sein du pouvoir comme de l’opposition et on a de plus en plus l’impression d’élire les mêmes personnes, les mêmes profils.

Des gens dont l’engagement politique est souvent loin de l’idéal républicain, de la citoyenneté responsable, du désintéressement et de l’altruisme.  La preuve, les populations l’ont tellement compris au niveau de toutes ses franges qu’il faut taper sur la table, crier, porter des brassards, marcher pour se faire entendre. Et ce que l’on dénonçait sous Wade, on l’a aujourd’hui au quintuple.  La situation actuelle de nos cadres politiques pose la récurrente question de la cause profonde de leurs engagements en politique. On a le sentiment, à tort ou à raison, que la ‘’politique-business’’ a pris le pas sur tout le reste.

Des ABC, on en a peu. Ceux qui se battent pour des valeurs, des principes – même si certains comme Thierno Alassane Sall, Déthié Fall, pour ne citer que ceux-là, qui ont aussi refusé de capituler- sont de plus en plus rares.  En clair, on doit retourner à l’école du parti, bâtir une idéologie pour son groupe, ériger des normes de conduites, en somme, suivre une éthique et une déontologie en politique.

Car, si ceux qui essaient d’être honnêtes et justes sont écartés et marginalisés, on va continuer à encourager la corruption et la délinquance à col blanc. Ce qui, en clair, est aux antipodes du développement.  ABC comme beaucoup de cadres qui, eux, refusent de s’engager en politique pour ne pas avoir les mains sales, sont profondément meurtris par la tournure prise par les activités politiques chez nous, avec la tendance à cultiver la médiocrité.

Reposez en paix cher maître auprès du Grand Maître de l’Univers.   Peut-être qu’un jour, votre combat sera compris.

Assane Samb




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