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Nouveau drame de la migration irrégulière au large des côtes sénégalaises : Partir ou périr ; la voix désespérée des déserteurs de la patrie !

La route de la migration irrégulière s’est estompée dans les fonds marins, mercredi dernier 28 février, pour 26 des 300 occupants de la pirogue ayant levé l’ancre à Joal (Ouest), une semaine plus tôt pour l’Espagne. De retour du détour des côtes marocaines pour regagner le Sénégal, en désespoir de cause, dit-on,  leur embarcation de fortune a échoué aux larges de Saint-Louis du Sénégal. Cette embarcation, tout comme celles qui ont précédé, généralement, est remplie de toutes les tranches de la population : hommes, femmes, enfants, bébés, femmes enceintes et personnes âgées. Ces candidats à… la «mort» sont charriés par le désespoir de la vie chère, l’insuffisance de perspective d’emplois dans un contexte d’imbroglio politico-social sans précédent et sans fin au Sénégal.

En réalité, le phénomène migratoire irrégulier n’a plus faibli au Sénégal ces cinq dernières années et à un rythme assez soutenu. Le plus souvent, les embarcations des candidats font fausses routes en fonction, quelques fois, de la volonté et des objectifs inavoués du capitaine de la pirogue. Il s’y ajoute des accidents et des intempéries en haute mer. Toutes circonstances qui entrainent des catastrophes,  avec à la clé de lourdes pertes en vies humaines.

Et le plus intriguant est d’abord ces départs massifs composés d’hommes et de femmes, mais surtout d’enfants, de bébés, de femmes enceintes, de personnes âgées, comme si, et seulement si, le mot d’ordre est donné pour quitter le pays. Le dernier sinistre en date est survenu avant-hier mercredi sur les côtes saint-louisiennes du Sénégal, avec 27 morts recensés, une vingtaine de blessés et des disparus, sur les 300 occupants de cette barque.

De quoi s’arrêter un moment et, en toute légitimité, se poser la question de savoir pourquoi diable partir, rien que partir et partir à tous prix ? La réponse la plus communément apportée est l’austérité d’une vie de plus en plus intenable au Sénégal. Une inflation galopante qui asphyxie le pouvoir d’achat du citoyen moyen, un imbroglio politique sans fin, le manque d’emplois pour une population dont la moitié est âgée de moins de 19 ans, selon le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH – 5) de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

DES INFRASTRUCTURES STRUCTURANTES POUR CREER DES CHAINES DE VALEURS !

L’option pathétique des jeunes diplômés de faire les motos-taxis appelé «Jakarta» reste incontestablement le baromètre le plus illustratif du malaise social de cette jeunesse. Option qui, du reste, accroit l’insécurité routière arrimée au taux élevé des accidents. Et pendant ce temps, dans certaines grandes villes comme Dakar, les disparités sociales font croire qu’une certaine catégorie d’individus se love dans une opulence grossière, opposée à la masse indigente qui se louvoie dans la misère quotidienne. D’où la récurrence des agressions physiques et des suicides, en désespoir de cause.

Nombreux sont, en effet, les techniciens qui soutiennent la solution durable de la création d’infrastructures structurantes en fonction de la spécificité des productions de chaque terroir. La région de Sédhiou, classées la plus pauvre, selon l’ANSD, est pourtant la première productrice de noix d’anacarde du Sénégal, avec plus de 30% des exportations, deuxième productrice de riz et troisième pour la banane. Nul doute que la création de toute entreprise ou la facilitation de son implantation aidera à absorber le flux de jeunes avides de trouver un emploi à rémunération acceptable.

CREATION DE POLES TERRITOIRES ET DEMOCRATISATION DES RESSOURCES PUBLIQUES

C’est justement cela qu’avait appelé Mme le ministre Dr Annette Seck Ndiaye, «la création des pôles territoires» pour valoriser le potentiel local. De la production à la commercialisation, en passant par la labélisation, le nombre d’emplois est sans équivoque. Il est facile de reprocher aux jeunes une absence coupable d’initiative créative ; mais le besoin en formation et en orientation dans les besoins d’employabilité est tout aussi attendu des pouvoirs publics.

Les faits sont bavards et le malaise assez profond, pour ne plus être qualifié de banal. La démocratisation des ressources publiques, adossée à une gouvernance vertueuse et à toutes les échelles, semble être l’unique voie du salut pour le pays de la «Teranga», le Sénégal.

ANALYSE DE MOUSSA DRAME

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