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Ousmane Sonko : le point bascule – Lequotidien

Le 2 février 2021, c’est le soir où tout a basculé. La jeune Adji Sarr porte plainte pour viol contre l’opposant sénégalais qui dénonce une tentative de liquidation politique. Depuis cette affaire, sa vie n’est plus la même. Il fait face à plusieurs affaires politico-judiciaires, qui tiennent en haleine le pays depuis deux ans.

Nuit du 2 au 3 février 2021 : Plainte contre Sonko à la Sr
Adji Sarr-Ousmane Sonko est un feuilleton palpitant qui tient en haleine tout le pays depuis plus de deux ans. Tout bascule dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 février 2021… Secoué par la survenue de la pandémie du Covid-19, le Sénégal décrète le couvre-feu pour réduire le mouvement des populations et ralentir la propagation du virus.

Masseuse au salon Sweet Beauté Spa, logé à Sacré-Cœur 3, Adji Sarr, victime «de multiples viols», décide d’aller nuitamment, en compagnie de son ami Sidy Ahmed Mbaye, à la Section de recherches de Colobane pour porter plainte contre Ousmane Sonko. Selon la chronologie de son récit, le premier viol que lui aurait fait subir le député a eu lieu en novembre2020, suivi plus tard de «trois autres abus sexuels dont le dernier a eu lieu la nuit-même du dépôt de la plainte».

Auditions à la gendarmerie
Après sa plainte, les gendarmes de la Section de recherches auditionnent la propriétaire de Sweet Beauté, Ndèye Khady Ndiaye, qui va admettre que le leader de l’ex-parti Pastef est un habitué de son salon depuis plusieurs mois. Mieux, elle confirmera que Sonko était présent à Sweet Bauté ce fameux 2 février, vers 21h. Au total, 5 personnes seront entendues par les enquêteurs avant le bouclage du dossier : il s’agit de Adji Sarr, de la patronne de Sweet Beauté, son époux, Sidy Ahmed Mbaye et une des masseuses. Bouclé par la Sr, le dossier a été transmis au procureur de la République sans l’audition du sieur Ousmane Sonko. Dans la foulée, il enclenche la procédure de levée de l’immunité parlementaire du leader de l’ex-parti Pastef.

7 février 2021 : Sonko avoue être allé au salon de massage
Dès l’éclatement de l’affaire, Sonko et ses partisans dénoncent un complot politique. Ses proches accusent même Ndèye Khady Ndiaye d’être la principale actrice du complot. Après sa première sortie qui charge l’Etat et le Président Sall, Sonko reprend la parole une deuxième fois devant les évidences : dans une interview, Ndèye Khady Ndiaye confirme ses venues à Sweet Beauté. Il dit pour s’expliquer : «C’est un autre ami qui m’a conseillé le salon Sweet Beauté Spa, qui a un agrément de l’Etat et qui a des caméras de surveillance dans chaque salle. J’ai d’abord demandé s’il y avait des masseurs. La dame m’a fait savoir qu’il n’y avait que des masseuses. C’est alors que j’ai appelé un ami Oustaz pour lui expliquer que j’ai une maladie qui nécessite des séances de massage, mais qu’il n’y avait que des femmes à disposition pour le faire. Il m’a clairement dit que si ma motivation n’est autre que de me soigner, l’islam n’y voyait aucun inconvénient. (…) J’y suis allé à 21 heures parce que ce que je ressentais, moi seul le sais. J’ai exigé des deux masseuses une séance de 10 minutes compte tenu de mon manque de temps.»

11 février 2021 : Saisine de l’Assemblée nationale
Mamadou Seck, juge d’instruction du deuxième Cabinet, saisi après le réquisitoire introductif concernant cette affaire de viols répétés et de menaces de mort opposant la masseuse de 20 ans, Adji Sarr, à Ousmane Sonko, président de l’ex-parti Pastef-Les Patriotes, avait posé deux actes. Le premier a été de saisir l’Assemblée nationale pour solliciter la levée de l’immunité parlementaire du député visé par une plainte pour viols répétés présumés. Il s’en est suivi la procédure de levée de l’immunité parlementaire du député en plénière de l’Assemblée nationale.

25 février : Adji Sarr entendue par le juge
La veille, le juge avait entendu l’accusatrice. Face à Mamadou Seck, la fille de 20 ans refait le film de son viol présumé dans un langage cru en présence évidemment de ses avocats, Mes Abdou Dialy Kane et El Hadji
Diouf. Elle avait maintenu les accusations faites devant les enquêteurs de la Section de recherches de Colobane.

26 février 2021 : Levée de l’immunité parlementaire
Malgré les divisions et quolibets, l’Assemblée nationale lèvera l’immunité parlementaire de Sonko qui avait décidé de boycotter la séance. Ce qui donne à la Justice la possibilité de l’entendre. C’est le début de la tension.

3 mars 2021 : Audition de Sonko et enclenchement des émeutes de mars
Le jeudi 3 mars 2021, la Justice décide d’entendre l’accusé. Convoqué par le juge, le député s’offre un bain de foule qui va précipiter son arrestation sur le chemin du Tribunal par la gendarmerie. Ce qui avait provoqué des émeutes et occasionné au moins 14 morts. Il y a eu des scènes de pillage et de saccage de biens publics et privés. Il s’en est suivi une médiation et une accalmie de plus d’un an avant que la machine judiciaire ne soit remise en branle.

8 mars 2021 : Sonko inculpé
Après 5 jours de garde à vue, Sonko est entendu par le Doyen des juges, qui a hérité du dossier. Il est inculpé et placé sous contrôle judiciaire pour viols et menaces de mort.

3 novembre 2022 : Audition de Sonko dans le fond
L’audition au fond du dossier de l’affaire de viols répétés et menaces de mort reprochés à Sonko a eu lieu jeudi 3 novembre 2022.

Face au Doyen des juges, Oumar Maham Diallo, qui avait remplacé Samba Sall, décédé, il avait clamé son innocence tout en admettant néanmoins s’être rendu aussi à Sweet Beauté pour soulager ses douleurs au dos. Le Doyen des juges Oumar Maham Diallo lui avait demandé s’il était prêt à faire un test Adn, parce que des traces de spermatozoïdes ont été recueillies dans les parties intimes de la plaignante, Ousmane Sonko a encore catégoriquement refusé la demande.

6 décembre 2022 : La confrontation avec Adji Sarr
Le 6 décembre a eu lieu la confrontation entre Ousmane Sonko et Adji Sarr dans le bureau du Doyen des juges Oumar Maham Diallo. Ce jour-là, Adji Sarr avait expliqué les détails des viols subis. Ousmane Sonko avait nié les accusations et répété ce qui est devenu sa stratégie de défense : le complot politique pour le liquider.

18 janvier 2023 : Sonko renvoyé devant la Chambre criminelle
Après avoir épuisé la procédure, le juge d’instruction renvoie Ousmane Sonko devant la Chambre criminelle pour viols répétés sur Adji Sarr et menaces de mort. Le député dénonce encore un complot et décide de faire des recours pour faire annuler la décision.

14 février 2023 : Les avocats de Sonko devant la Chambre d’accusation
Le 14 février 2023, les avocats de Sonko plaident devant la Chambre d’accusation pour tenter d’annuler l’ordonnance de renvoi et de mise en accusation de leur client et de Mme Khady Ndiaye devant la Chambre Criminelle. La juridiction a été saisie aux fins de renvoyer au Conseil constitutionnel l’exception d’inconstitutionnalité de l’article 180 du Code de procédure pénale soulevée par la défense.

21 février 2023 : Rejet de la requête de Sonko
Dans son délibéré, la Chambre d’accusation rejette la demande en appel des avocats de Ousmane Sonko, contre l’ordonnance de renvoi et de mise en accusation devant la Chambre Criminelle déposée par ses avocats.
La cour a déclaré celle-ci irrecevable. De plus, la juridiction estime qu’il n’y a pas lieu de saisir le Conseil constitutionnel de l’exception d’inconstitutionnalité.

27 février 2023 : La Cour suprême rejette son pourvoi en cassation
Après son pourvoi en cassation, Sonko espérait une autre issue. Mais, la Cour suprême l’a débouté en jugeant irrecevable son recours.
Ce qui entérina la tenue son procès contre Adji Sarr, qui l’accuse de viols et menaces de mort.

29 avril 2023 : Le Parquet fixe le procès au 16 mai
Après que l’ex-député a épuisé ses voies de recours, le Parquet a décidé le 29 avril, de fixer la date du procès Ousmane Sonko-Adji Sarr le 16 mai devant la Chambre criminelle.

8 mai 2023 : Sonko boycotte la Justice
Le 8 mai, Ousmane Sonko, dans une nouvelle déclaration, annonce qu’il ne va plus répondre à la convocation de la Justice qui le «persécute depuis 4 ans». Il boycotte son procès en appel contre Mame Mbaye Niang et est condamné à 6 mois avec sursis pour diffamation. C’est ce jour-là qu’il devait comparaître pour la première audience de l’affaire Sweet beauté. Le procès fut renvoyé, mais il avait décidé de rallier Ziguinchor où il s’est barricadé pendant plusieurs jours.

23 mai 2023 : Jour de procès
Sonko est jugé par contumace par la Chambre criminelle de Dakar.
1er juin 2023 : Il est condamné à 2 ans de prison pour corruption de la jeunesse. Le pays s’embrase. Au-delà des saccages de biens et services, il y a une dizaine de morts lors des manifestations. Mais, aucune enquête officielle n’est venue confirmer ou infirmer ces chiffres publiés par des organisations de la Société civile comme Amnesty qui parle de 23 morts entre Dakar et Ziguinchor.
27 juillet 2023 : Le maire de Ziguinchor est arrêté chez lui pour vol de portable.
31 juillet 2023 : Sonko est placé sous mandat de dépôt pour appel à l’insurrection, entre autres infractions.

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