Avec l’avènement de Pastef au pouvoir, ce qui passait pour rupture s’est révélé grand tournant dans la vie politique sénégalaise. La même manière d’entretenir une clientèle politique par des nominations ou par des marchés publics, les façons pareilles employées pour un net contrôle sur la Justice, ainsi que la survivance des dépenses de prestige sont autant d’indicateurs d’un pareil au même. La corruption a-t-elle connu une baisse ? Y’a-t-il eu des mécanismes mis en œuvre pour la juguler ? Pas sûr. Par contre, le voile de la majesté qui enveloppait la gouvernance publi­que a disparu sous le tsunami de la simplification des enjeux et de la tension permanente entre le peuple, le peuple et le peuple.
La déception exprimée récemment par un des pétitionnaires pourfendeurs du régime de Macky Sall d’alors obéit à la même logique de confusion entre l’objet éclatant et l’objectif clair en apparence, mais ô combien confus, du combat mené contre ce qui est appelé «système». En vérité, le système traduit globalement la situation absurde de blocage du pays où, sans fin, chaque dysfonctionnement est le fruit d’un autre beaucoup plus grand, empêchant toute progression. C’est ce cercle vicieux qui fait que les préoccupations de sécurité routière s’éclipsent devant les revendications touchantes de gagne-pain des jakartamen, que la force symbolique des confessions religieuses oblige à ménager les susceptibilités avec beaucoup de déférence et que l’Assemblée nationale demeure une chambre d’enregistrement au service exclusif d’intérêts particuliers.
La politique, ce n’est pas une affaire de bisounours, franchise de petits ours en peluche colorés. Aujourd’hui encore, les Sénégalais sont exposés au procédé mystificateur et simplifiant à outrance des phénomènes très complexes. C’est ainsi que le niveau des prix des biens et des services, la production agricole, la lutte contre les inondations ou l’état du marché du travail ne tiendraient qu’au vœu pieux d’un homme. Abracadabra ! Le romantisme, exaltation passionnelle poussée à son paroxysme, mène au fascisme. «Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités», avait dit le Général De Gaulle.
A présent, Diomaye et Sonko courent le risque d’être pris alors qu’ils croyaient prendre. Malgré les apparences de communication tous azimuts et d’un espace médiatique occupé de fond en comble, les susnommés et leurs souteneurs font davantage dans le bruit. Pour cette raison, le sentiment d’éloignement, de désillusion et de lassitude sera ressenti tôt ou tard par les Sénégalais. Dès lors, une exigence de grandeur surgira de l’opinion et se traduira par une demande forte. Reste à savoir si au sein de l’opposition, s’imposera une figure capable de capter ce besoin, le cas échéant.
Birame Waltako NDIAYE