Babacar diouf, couturier et musicien handicapé: Par-delà les obstacles




Babacar Diouf est un bûcheur qui ne larmoie point sur son sort. Le bonhomme tisse son destin malgré les écueils entre lesquels il a navigué à cause d’un handicap dont il a très tôt souffert.

Alors qu’il venait de claquer un doublé, Babacar ne savait pas qu’il disputait le dernier match de sa carrière de footballeur…à seulement 12 ans. Aujourd’hui, assis sur un fauteuil roulant, le natif de Tataguine est tailleur de profession, musicien à ses heures perdues. Ayant perdu très tôt l’usage de ses jambes, c’est avec une aisance impressionnante qu’il replonge dans ce passé, pourtant très douloureux. «Fatigué, je me suis endormi. Au réveil, je ne pouvais plus bouger. J’ai appelé à l’aide, ma mère pensait que ce n’était pas sérieux. C’est quand j’ai insisté que mon père est venu à mon secours. J’avais perdu l’usage de mes jambes», se souvient-il, avec son éternel sourire. Dans l’urgence, il est transféré à l’hôpital. Il subira quatre interventions avant d’être interné pendant cinq longues années à l’hôpital des personnes handicapées de Ouakam. «C’est là-bas que j’ai commencé à me lever. Avant, on faisait tout pour moi», raconte-t-il.

Suffisant pour reprendre sa vie en main. Sa conviction, c’est que tant que le cerveau fonctionne, le reste est gérable. Dans son atelier installé devant une maison en chantier à Ouest-Foire, Babs est presque le chouchou du coin. Ici, les discussions sont régulièrement coupées par les innombrables salamalecs et autres blagues. «C’est l’ami de tout le monde. C’est un modèle de générosité et de joie de vivre», témoigne Amina, chargée de clientèle d’une boutique de prêt à porter, non loin de chez Babacar.

Raison et passion

Une générosité qu’il a sans doute forgée grâce à un mental de fer. Rien dans sa trajectoire ne laissait présager une vie tranquille. Fils d’une mère très âgée, qui n’a pas eu la chance d’avoir une fille, le petit Babacar était presque contraint de l’aider dans les tâches ménagères, ce qui l’empêchera de fréquenter l’école, même s’il a fait quelques piges à l’école coranique. Mais c’est à la mort de son père que la vie de Babacar prend une autre trajectoire. «Mon père m’a trop choyé. Il n’était pas riche, mais il ne voulait pas que je manque de quelque chose», se souvient-il. Mais quand il est décédé en 2009, Babacar, malgré une mobilité très réduite, décide de sortir du confort familial et aller à la quête de la réussite. Il se rend à Pointe Saréne sans trop savoir ce qu’il y ferait. «J’avais besoin de sortir du confort familial. Je sentais qu’en ne faisant rien, je pouvais rapidement dérailler», dit-il.

Il passera deux ans à Pointe Saréne. Il y fait la rencontre d’Audrey, une amie qui lui offre un ordinateur. C’est avec cet outil qu’il s’initie petit à petit à la couture. «Je suis plus un autodidacte. Je sais que tout ce que je fais dans la couture, je ne l’ai pas appris», confie-t-il. Il décide alors de poursuivre une carrière dans la couture à Dakar et sa macrocéphalie. Ses parents lui achètent une machine à coudre. Mais tout ne se passera pas comme prévu tout de suite. Une fois dans la capitale, il range sa machine. Il est employé par un Libanais qui vendait de la friperie. «Je suis allé au village, à mon retour, j’ai trouvé qu’il avait vendu mon chien. J’ai porté plainte puis démissionné», dit-il. Babacar se lance alors résolument dans la couture et s’installe à Ouest-Foire. Depuis, il se fait un nom, même si le décor de son atelier fait penser le contraire. Une machine en plein air, une chaise, et c’est tout. « Quand j’ai beaucoup de commandes, je travaille chez moi. Grâce à ce métier, je vis très bien. Je ne dépends de personne. Que demander de plus ? » dit-il tout sourire. Costume africain, veste en wax, tenues traditionnelles… Babacar est ce qu’on appelle un spécialiste. Très souvent sollicité.

La visite du Pape Jean Paul 2

Il n’en demande pas plus pour être aux anges. Et s’il a une conviction, c’est que la vie est faite pour être savourée. Célibataire, Babacar est père d’un garçon né de son idylle avec une Belge. Ses dreadlocks très bien entretenus, une boucle sur l’oreille gauche, contrastent bien avec une torpédo bien vissée. Babacar croque la vie à belles dents, entre son métier, la couture, et sa passion, la musique ; il ne se plaint pas. «Je fais du rap, du reggae et de la musique acoustique», détaille Babs. Bientôt âgé de 37 ans, il ambitionne d’organiser avec des partenaires une compilation avec les musiciens en situation de handicap.

De son passage à l’hôpital des personnes handicapées de Ouakam, Babacar ne retient pas que les prouesses du personnel médical qui lui ont permis de retrouver une partie de son corps. En effet, c’est là-bas qu’il a reçu la visite du Pape Jean Paul 2 qui lui a offert un joli chapelet avec une croix. Malgré qu’il soit musulman, l’objet ne le quitte jamais. «C’est une visite qui m’a beaucoup réconforté», se souvient-il.

Fervent militant de la cause des personnes en situation de handicap, il leur dédie une bonne partie de ses chansons. Pour lui, la mendicité doit être un dernier recours. Parce que, dit-il, elle emprisonne celui qui le fait.