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Rapport de la cour des comptes sur les finances publiques (2019 – mars 2024) : Birame Seck exige la transparence sur les anomalies relevées

La publication du rapport d’audit de la Cour des Comptes portant sur la gestion des finances publiques entre 2019 et mars 2024 a suscité une vive réaction au sein de l’opinion publique sénégalaise. Face à l’ampleur des anomalies relevées, le Forum civil, section sénégalaise de Transparency International, exhorte le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, à faire toute la lumière sur cette situation, sans épargner aucun responsable.

Contrairement aux allégations de certains détracteurs, le rapport n’exonère aucun acteur impliqué dans la chaîne de gestion des finances publiques. Il met en cause aussi bien les décideurs politiques que les techniciens de l’administration, les institutions financières, les tiers et même l’Assemblée nationale. Selon Birahime Seck, coordinateur général du Forum civil, une enquête approfondie menée par les juridictions compétentes pourrait révéler des responsabilités majeures, y compris au sein du régime actuel. À ce propos, «les citoyens doivent s’engager pour que la vérité éclate sur les zones d’ombre mises en exergue par la Cour des Comptes», a déclaré M. Seck, insistant sur l’impératif d’une gouvernance transparente.

Un audit inédit pour une transparence accrue

Cet exercice d’audit, réalisé pour la première fois en application du Code de transparence dans la gestion des finances publiques, constitue un outil fondamental pour l’identification des circuits de flux financiers illicites, relève le Forum civil. Il met en évidence des irrégularités majeures dans la gestion des finances publiques, notamment en matière de recettes, de dépenses budgétaires, de trésorerie et d’endettement.

Le Forum civil salue pour autant le travail accompli par la Cour des Comptes, rappelant que cette dernière a toujours insisté sur l’obligation, pour l’État, de publier en temps voulu les rapports relatifs aux dépenses fiscales et d’en garantir l’exhaustivité. À titre d’exemple, l’audit révèle que les rapports sur les dépenses fiscales de 2022 et 2023 n’ont pas encore été rendus publics, une situation que le Forum civil attribue aux retards accumulés par le nouveau régime.

Des anomalies budgétaires préoccupantes

Pour rappel, le rapport expose plusieurs dysfonctionnements majeurs : des rattachements irréguliers de recettes, un non-recouvrement de 669,9 milliards de FCFA, ainsi qu’un manque de transparence dans l’évaluation des dépenses fiscales. Il met également en évidence des mouvements financiers suspects impliquant les comptes spéciaux du Trésor et des écarts inexpliqués dans la gestion des dépenses publiques.

Par ailleurs, il révèle que d’importantes dettes bancaires ont été contractées hors budget et que certains fonds n’ont pas été reversés au Trésor public. Un exemple frappant concerne un montant de 141 milliards de FCFA en dépôts à terme, virés à des tiers sans aucune justification, rappelle le Forum civil.

 Une mobilisation citoyenne nécessaire

 Face à ces révélations, note le Forum civil, la société civile et les citoyens sont appelés à exiger des réformes structurelles et des poursuites judiciaires afin de garantir la transparence et de lutter efficacement contre la corruption.

« L’État doit faire preuve de fermeté et identifier toutes les responsabilités », insiste Birahime Seck, mettant en garde contre toute tentative d’étouffer l’affaire par des manœuvres politiciennes. Le Président de la République et son gouvernement sont interpellés du coup pour assurer une gestion rigoureuse et impartiale des finances publiques. La lutte contre les flux financiers illicites passe impérativement par un renforcement des organes de contrôle et l’adoption d’une politique stricte de redevabilité.

Un appel à des réformes urgentes

Le rapport de la Cour des Comptes ne « se limite pas à relever des irrégularités : il constitue un véritable levier pour impulser des réformes profondes au sein de l’administration financière sénégalaise », relève le Forum civil. Il met en exergue la nécessité d’une gouvernance budgétaire plus transparente et rigoureuse afin d’éviter de futures dérives. Alors que certains tentent de politiser le débat, « l’enjeu principal demeure la préservation des ressources publiques et l’instauration d’un cadre financier sain et sécurisé », indique le Forum civil. L’État est désormais face à ses responsabilités : « engager des actions concrètes contre l’impunité ou laisser s’installer une défiance durable au sein de la population », conclut Birahime Seck.

JEAN PIERRE MALOU

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