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retour sur un verdict aux fortunes diverses pour 15 accusés – Sud Quotidien

Entre réclusion criminelle à perpétuité et acquittement, la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ziguinchor  a rendu son verdict hier, lundi 13 juin 2022.  La Cour qui statuait sur l’affaire de la tuerie de Bofa a eu la main lourde contre deux (2) des 15 accusés dans cette affaire. Le journaliste René Capin Bassene, le chargé de mission du Mfdc Omar Ampoi Bodian et le chef rebelle César Atoute Badiate, déclarés tous coupables, ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Dans son délibéré, la Cour a également acquitté une dizaine de personnes et condamnés deux autres à 6 mois avec sursis. Partagé entre satisfaction des acquittements et peine et regrets des condamnations à perpétuité pour  deux (2) de ses clients, Maître Ciré Clédor Ly qui parle d’incohérence de  la  décision lâche cette fameuse phrase : «Les juges ont su écouter mais n’ont pas entendu». La dizaine de personnes acquittées laisse derrière, en prison, le journaliste René Capin Bassène et le chargé de mission Omar Ampoi Bodian qui passeront le reste de leur vie en prison. Ces deux derniers devront aussi verser chacun, en guise de dommages, une somme de 20 millions de francs CFA à chacune des familles des victimes.

Par Ignace NDEYE

Deux (2) condamnations à la réclusion à perpétuité, deux (2) sursis et onze (11) acquittements ; c’est le délibéré  prononcé hier, lundi 13 juin 2022, par la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ziguinchor dans l’affaire de la tuerie de Boffa-Bayote. Le journaliste René Capin Bassène, considéré comme le présumé cerveau de cette affaire, le chargé de mission du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc), Omar Ampoi Bodian, et le chef rebelle César Atoute Badiate, jugé par contumace, écopent tous les trois (3) de la plus lourde peine : une réclusion criminelle à perpétuité. Ils ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs, d’assassinat, de complicité d’assassinat, de participation à un mouvement insurrectionnel. Cette sentence qui est tombée semble suivre le réquisitoire de l’avocat général qui avait requis la perpétuité contre ces détenus.

ABASOURDI ET COMPLETEMENT ABATTU, RENE CAPIN BASSENE EXCLUT TOUT APPEL APRES CETTE LOURDE CONDAMNATION

Abasourdi et complètement abattu, René Capin Bassène a eu le temps de souffler quelques mots dans l’oreille de son avocat, Maître Ciré Clédor Ly, qui fera comprendre que son client (René Capin Bassène) exclut tout appel après cette lourde condamnation.  Leurs familles surprises et bouleversées par un tel verdict, ne pouvaient s’empêcher de laisser couler de chaudes larmes de détresse.

Une sentence de réclusion criminelle à perpétuité qui est également tombée sur la tête du chef rebelle César Atoute Badiate, jugé par contumace.

DEUX CONDAMNATIONS A 6 MOIS AVEC SURSIS, POUR DETENTION ILLEGALE D’ARME A FEU, ET 11 ACQUITTEMENTS

Par contre, Alioune Badara Sané et Abdoulaye Diédhiou, qui avaient déjà bénéficié d’une liberté provisoire, ont été condamnés à six (6) mois avec sursis pour détention illégale d’arme à feu. Ils recouvrent ainsi définitivement la liberté, tout comme onze (11) autres détenus dans cette affaire qui ont tout simplement été acquittés. Il s’agit de Abdoukarim Sagna, Adama Diémé, Tombon Arona Badji, Nfaly Diémé, Alphousseyni Badji dit Assane, Papia Sané, Jean Christophe Diatta, Ibou Sané, Abdou Sané et Cheikh Oumar Diédhiou,  tous reconnus non coupable des chefs d’accusation qui pesaient sur eux. Ils ont été acquittés par la Cour. Ils vont devoir retrouver les siens, après avoir passés quatre (4) années et quelques mois en prison.

Le léger sourire affiché chez leurs proches contrastait d’avec le désarroi et la peine qui se lisaient sur les visages des familles de leurs codétenus condamnés. Une atmosphère lourde régnait d’ailleurs au Palais de Justice de Ziguinchor, après l’annonce de ce verdict qui laisse perplexe les avocats de la défense, à l’image de Maître Ciré Clédor Ly qui, partagé entre la satisfaction de l’acquittement de 10 de ses clients et le regret de deux condamnations à la perpétuité, se dit surpris et désespéré.

MAITRE CIRE CLEDOR LY : «LES JUGES ONT SU ECOUTER, MAIS ILS N’ONT PAS ENTENDU…»

Maître Ciré Clédor Ly lâche ces mots, à l’annonce du verdict : «Les juges ont su écouter mais ils n’ont pas entendu ; et c’est bien dommage». Et la robe noire de poursuivre : «cela montre l’incohérence de la décision. Parce que ces gens auraient préparé, auraient exécuté, en compagnie de ces personnes, les actes odieux qui leur étaient reprochés. Donc, on ne peut pas dire que ce sont les deux (2) qui ont été dans la forêt de Boffa-Bayotte pour exécuter ces quatorze (14) personnes. Maintenant, c’est bien dommage ; c’est bien dommage tout cela. L’on se pose des questions sur la façon dont fonctionne la justice… Des pères de famille qui ont passé 4 ans en prison, avant qu’on ne reconnaisse qu’ils sont non coupables», se désole-t-il.

Maître C. C. Ly n’a pas manqué de s’interroger sur une réelle volonté de l’Etat. «Si on a  su, à travers ce procès, que ceux qui avaient la possibilité de marcher et de travailler pour la paix et qui travaillaient pour la paix avec les institutions de l’Etat à tous les niveaux ; si ces personnes aujourd’hui sont condamnés, l’on se pose des questions sur les réelles volontés de l’Etat…», déclare Me Ly.

RECOURS : AMPOI «VA CONTINUER DE SE BATTRE ET…», RENE CAPIN BASSENE A «MENACE DE SE SUICIDER»

Avant de rembobiner : «Il y a René qui dit qu’il ne veut pas d’appel. J’étais venu bien avant au tribunal pour le raisonner et le préparer à toute éventualité. Je vais essayer, avec son épouse, de le convaincre. Il avait menacé de se suicider ; il y a à craindre parce que je suis venu bien avant, il fallait le raisonner et le préparer à toute éventualité. Pour  Ampoi, il dit qu’il va continuer de se battre et il va faire appel…», précise l’avocat de défense.

Outre cette lourde condamnation, René Capin Bassène et Omar Aampoi Bodian devront verser chacun, en guise de dommages, une somme de 20 millions de francs CFA à chacune des familles des victimes. Ces décisions de justice viennent refermer un long feuilleton d’une tuerie qui avait fait 14 morts, tous des bucherons froidement abattus par un commando armé, dans la forêt de Boffa, le 06 janvier 2018.

Ignace NDEYE

 

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