EMIGRATION / DIASPORA

Royaume-Uni : en 14 mois, plus de 100 mineurs isolés ont disparu des hôtels où ils étaient hébergés par l’État

Selon des données obtenues par la BBC, 116 enfants migrants, arrivés seuls dans le pays, ont disparu des radars de l’administration après avoir été logés dans des hôtels gérés par le Home Office (équivalent du ministère de l’Intérieur) entre juillet 2021 et août 2022. Ils pourraient être tombés aux mains de réseaux d’exploitations, alertent les associations.

Qu’est-il arrivé à 116 enfants, arrivés non accompagnés au Royaume-Uni ces derniers mois avant de s’évanouir dans la nature ? D’après des données officielles obtenues par la BBC, ces jeunes migrants sont portés disparus, certains depuis de longs mois. Leur point commun ? Ils ont tous transité, après leur arrivée sur le sol britannique, par des hôtels réquisitionnés par le Home Office (équivalent du ministère de l’Intérieur).

Des hôtels situés aux quatre coins du pays sont utilisés pour héberger temporairement les migrants, arrivés pour l’immense majorité à bord de petits bateaux sur la Manche. Cette solution d’hébergement n’est normalement pas destinée au jeune public mais les structures dédiées pâtissent d’un manque de place.

Depuis juillet 2021, le gouvernement britannique a donc eu recours à cette solution. Entre ce mois-là et août 2022, environ 1 606 enfants ont été placés dans des hôtels approuvés par le Home Office après être arrivés seuls en Angleterre.

La chaîne BBC2 a révélé que 181 d’entre eux – âgés de 18 ans ou moins – ont disparu au cours de cette période. Ils seraient partis des hôtels et aucun information les concernant n’est disponible. Soixante-cinq de ces jeunes ont été retrouvés par la suite, ramenant ainsi le nombre de disparus à 116. Certains sont âgés de seulement 11 ans.

« Un échec grave du gouvernement »

« C’est un échec grave du gouvernement que des jeunes enfants traumatisés qui demandent l’asile soient toujours logés dans des hôtels et, par conséquent, disparaissent en nombre important », a réagi Tamsin Baxter, directrice chargée des affaires externes au sein de l’organisation d’aide aux migrants Refugee Council, interrogée par InfoMigrants. Les associations fustigent en effet le manque de contrôle et de suivi des jeunes dans ces structures.

Au mois d’avril 2022, InfoMigrants avait pu se rendre aux abords de certains de ces hôtels : de gigantesques structures où parfois plus de mille personnes peuvent être logées. Des migrants interviewés à ce moment-là avaient expliqué être livrés à eux-mêmes et n’avoir accès à aucune information, notamment sur leur procédure de demande d’asile.

« En moyenne, les enfants non accompagnés qui déposent une demande d’asile sont déplacés dans des centres d’accueil dans les 15 jours suivant leur arrivée dans un hôtel, mais nous savons qu’il faut que davantage soit fait », ont justifié les services de l’Etat.

« Aussi longtemps que des enfants seront placés dans des hôtels et privés de l’attention d’un responsable légal, ils seront dans une situation terrible », poursuit Tamsin Baxter. « Nous sommes profondément inquiets quant aux situations d’exploitations auxquelles ces enfants pourraient être confrontés à l’heure actuelle. »

« Dans des fermes de cannabis, dans une usine, dans une situation d’esclavage domestique »

Les réseaux de traite d’êtres humains représentent un danger réel au Royaume-Uni. Selon le mécanisme de référencement national des victimes d’esclavage moderne ou de traite (le National Referral Mechanism), 12 727 personnes ont été repérées par les autorités comme victimes potentielles de la traite en 2021. Parmi elles, 43% ont été exploitées dans leur enfance.

« Il y a un large panel de situations d’exploitations dans lesquelles ces jeunes pourraient se trouver », a alerté, de son côté, Patricia Durr, directrice de l’organisation ECPAT UK, citée par la BBC. « Ils peuvent être en train de travailler dans des fermes de cannabis, dans une usine, ils peuvent être dans une situation d’esclavage domestique (…). Ils peuvent être exploités criminellement ou sexuellement en secret. »

ECPAT UK a exhorté le gouvernement d’arrêter de placer ces jeunes isolés dans des hôtels, mais le Home Office a rétorqué qu’il n’y avait pas d’alternative.

Le 13 juillet, le champion d’athlétisme d’origine somalienne Mo Farah, idole nationale au Royaume-Uni, avait bousculé le pays en révélant, dans un documentaire publié par le BBC, qu’il était un ancien enfant migrant exploité. A l’âge de 9 ans, il avait été emmené de force dans le pays, sous une fausse identité. Séparé de ses proches, il avait été forcé de travailler comme domestique pour une famille.

« C’était de l’esclavage moderne, de la traite d’êtres humains, sans honte, sans humanité. Si je ne travaillais pas, je ne mangeais pas. Faire cela à un être humain, à un enfant, c’est juste ignoble, à-t-il confié. « Ces gens-là se faisaient passer pour mes parents (…) Ils me disaient de garder le silence ou je ne reverrais plus jamais ma famille. Ce n’était pas la vie que je voulais, et j’essayais de me trouver un moyen de penser à autre chose, pour ne plus pleurer seul dans mon lit et penser à ma famille restée au pays. »

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