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Rufisque – Violence dans les stades : Autopsie d’un mal – Macky pour un plan national de lutte

La mort d’un supporter lundi, lors d’une rencontre de Navétanes, suivie du saccage du stade Ngalandou Diouf, a plongé le pays dans la consternation totale. Un cas de mort qui met à nu une compétition qui s’enfonce, d’année en année, dans des dérives plus graves. Vice de comportement, faille dans l’organisation, responsabilité des autorités, tous les angles sont scrutés pour saisir un phénomène complexe et quasi incompréhensible. Il urge de trouver des solutions ou d’arrêter pour de bon, une compétition qui a dévié de sa vocation originelle.

Navétanes et violences font un malheureux ménage à Rufisque et dans beaucoup de localités du pays. Lundi, la mort d’un jeune supporter, lors du match entre Guiff et Thiawlène, suivie du saccage du stade Ngalandou Diouf, a plongé tout le pays en émoi. Ce cas malheureux est l’arbre qui cache la forêt d’une violence sans bornes, qui gangrène le national populaire à Rufisque. Depuis le début des matchs à élimination directe, le naturel a resurgi, bien que chassé à grand coup de campagne de sensibilisation. «Tant que les équipes sont encore en compétition, elles font, pour la plupart, la promotion du fair play. Malheureusement, dès qu’elles perdent en quart ou demi-finale, les supporters ne l’acceptent pas et trouvent vite le coupable de leur élimination à travers l’arbitre, les organisateurs ou tout simplement un mauvais comportement des supporters adverses», relève Abdou Cissé, affirmant avoir cessé de suivre les Navétanes à cause de la violence. Un constat qui se voit sur le terrain, car pas une seule journée ne s’est déroulée depuis le début des quarts de finale, sans que des échauffourées n’éclatent. Les quartiers tout autour du stade, principalement la Cité millionnaire, les Hlm, Santa Yalla, subissent à l’occasion, la barbarie de supporters surexcités, qui leur infligent de lourds dégâts matériels. Be 2-Walidaan, Deggo-Fac, Salam-Moom Sa Reew …. Les matchs ayant conduit à des rixes entre supporters sont indénombrables. L’Odcav avait pourtant décrété une suspension provisoire, pour tenter de calmer le jeu. Après une semaine de rencontres et discussions, le mot avait été levé et les matchs avaient repris le dimanche. Le lendemain, la violence devenait encore plus aveugle et folle. Le stade est vandalisé et un jeune d’une vingtaine d’années perdait la vie.

Tous responsables

«Combien de fois avons-nous demandé d’arrêter les Navétanes, qui n’engendrent que du mal aux paisibles citoyens, et jamais on a pris cette décision qui s’imposait», s’est exclamé Sadiouka Ndaw, ancien dirigeant de l’Asc Yakaar. «Depuis fort longtemps, on n’a cessé d’avertir, de déplorer cette violence incompréhensible qui est permanente non seulement au niveau du stade, mais ce qui est plus grave, dans les quartiers où la cohabitation devient conflictuelle», a-t-il poursuivi dans sa dénonciation. «Les actes de violence ont toujours existé dans les Navétanes à Rufisque. Mais ces dernières années, le phénomène a gagné en ampleur et la raison pour moi, c’est la circulation abondante de chanvre indien et boissons alcoolisées dans le stade», a argué Mbaye Diagne, supporter assidu au stade d’une Asc de Rufisque Nord. «Malgré la fouille qui se fait à la porte, les consommateurs parviennent à infiltrer ces produits qui leur font perdre leur lucidité, d’où des comportements regrettables à chaque fois qu’une petite bagarre éclate», poursuit notre interlocuteur. «Le comportement du service de sécurité influe des fois, dans le basculement vers la violence. Je ne peux pas comprendre que les policiers lancent des grenades lacrymogènes dans une tribune bondée de monde», a-t-il encore posé dans son analyse. Diagne, comme tant d’autres, accuse directement le Préfet de Rufisque, Serigne Babacar Kane, qui n’a jamais su prendre les bonnes décisions. «Il se permet d’interdire des marches légitimes, sous prétexte de trouble à l’ordre public, alors que les matchs de Navétanes troublent dangereusement l’ordre public, avec des dégâts importants dans les quartiers proches du stade, et il a laissé faire», a dénoncé Mamadou Bâ, vivant au quartier Santa Yalla. «Les organisateurs mettent aussi en avant les intérêts pécuniaires, plutôt que les conditions d’une organisation correcte des rencontres», a-t-il encore relevé, assurant que les Navétanes ne sont plus ce qu’ils étaient. «C’est une activité de vacances, mais là, nous sommes en décembre et les compétitions sont encore à la phase zonale», il faut que nos autorités règlementent cette activité.

Le mal transcende les Navétanes

Il serait toutefois simpliste de circonscrire la violence aux seuls arguments avancés. Des personnes présentant une lecture plus large de la violence dans les Navétanes à Rufisque convoquent des facteurs beaucoup plus lointains. «La violence est sociologique au Sénégal. La preuve, en faisant l’éloge d’une personne, on lui dit que c’est son ancêtre qui a fait la guerre ça ou là, c’est lui qui a tué un tel ou untel… il n’est pas mort sur son lit», a servi une personne bien au fait des Navétanes. «Lors des séances de mbapatt entre terroirs, dès qu’un lutteur était en mauvaise posture dans un combat, ses supporters envahissent l’enceinte pour l’interrompre. Au niveau des courses de pirogues, quand une équipe sentait qu’elle allait perdre, l’équipage tentait de renverser la pirogue rivale ou de frapper avec leurs pagaies, les membres de l’équipe adverse», a-t-il servi, assurant que ces illustrations avaient cours à Rufisque, dans un temps pas très lointain. «C’est quelque chose qui nous suit jusqu’à nos jours », a-t-il dit, assurant que la croissance de la population et le taux de chômage plus important ont contribué à l’amplification du phénomène autour des Navétanes. Un point de vue qu’a justement énoncé Abdoul Ahat Diakhaté, dans un récent ouvrage sur Rufisque. «Une grossière erreur serait d’aborder la question sous l’angle de la globalisation simplificatrice, voulant définir une seule violence, avec une seule cause et certainement une solution unique», a-t-il posé dans le livre, Keur Baay Adagor, consacré à l’histoire de Rufisque. «Des années plus tard, cette triste chorégraphie a fini de déteindre sur les habitudes sportives des Rufisquois ; elle exacerbe les tensions et la violence dans la pratique du Navétane», a-t-il analysé, avant de poursuivre : «C’est l’idée préconçue selon laquelle une course de pirogue n’était du goût des spectateurs, que si elle tirait les rideaux sur une bagarre entre protagonistes des «Penthieu» voisins. A partir de ce moment, mon avis s’est fait à l’idée que la violence dans les stades à Rufisque n’est pas un phénomène venu de nulle part ; pour en exorciser les causes, il faudra retourner plus loin et interroger les rapports entretenus avec les sports traditionnels, dans chacune des géographies du territoire.»
Que faire pour extirper la violence des Navétanes ? Plus d’un pensent qu’il n’y a pas de solution possible et qu’il faudrait simplement la rayer de Rufisque. Certains tout au moins, plus optimistes, votent pour une révision des textes pour rediriger, vers l’intérêt commun, une compétition qui, selon eux, ne profite qu’aux organisateurs qui se font des sous plein les poches. En tout cas, la plus haute autorité du pays a tapé du poing sur la table, en appelant tout le monde au sens des responsabilités. «L’Etat saura, avec fermeté, prendre les siennes», a insisté le Président Macky Sall. Avant la sortie du chef de l’Etat, l’Odcav avait annoncé l’arrêt immédiat et définitif des Navétanes à Rufisque pour le compte de la saison présente, tout en promettant de prendre des sanctions à l’encontre des responsables.

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