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Saint-Louis – clémentine « Tina » Preira : une entrepreneuse rompue à la tâche

Travailler dur et gagner dignement sa vie pour être autonome, responsable, et se faire respecter par tout le monde, surtout les hommes, c’est le crédo de Clémentine Preira, plus connue sous le nom de « Tina » Preira. Cette originaire de la Guinée-Bissau, qui se réclame Saint-louisienne, est née dans une famille élargie qui réside au quartier Pikine de Saint-Louis. Commerçante, femme de ménage, restauratrice, ouvrière agricole et aide-cuisinière, Tina Preira est convaincue que seul le travail paie. «Il faut toujours travailler dur pour gagner sa vie, préserver sa dignité et se faire respecter des hommes», déclare-t-elle. Portrait.

Née à Saint-Louis, teint noir, taille moyenne, « bien bâtie », toujours le sourire aux lèvres, et constamment en activité, Clémentine dit « Tina » Preira nous reçoit dans sa boutique, sise à Ndioloffène – Sor , et parle à cœur ouvert. Cette entrepreneuse nous liste les différents secteurs dans lesquels elle s’active depuis longtemps. « Je suis actuellement dans le commerce, la restauration, je suis technicienne de surface. Bref, je suis une débrouillarde car je fais du tout»,  renseigne-t-elle.

En effet, c’est en 1996 qu’elle dit avoir démarré ses activités. « J’ai commencé en tant que femme de ménage. Je travaillais dans les maisons». En 1998, elle atterrit au marché Tendjiguène de Sor où elle était couturière, tout en vendant de la friperie. Elle y resta jusqu’en 2000. Par la suite, tout en étant dans le commerce de la friperie, elle s’installe à Santhiaba, sur la Langue de Barbarie.

« J’ai quitté ce quartier en 2005 pour devenir à nouveau une femme de ménage. Ensuite, je suis allée dans le village de Savoigne où j’ai fait un an d’essai dans les Grands Domaines du Sénégal (GDS). J’y ai travaillé pendant un an dans le secteur des produits phytosanitaires. Mais j’ai dû interrompre cet essai pour des raisons de santé. De retour à Saint-Louis, j’ai aussitôt repris mon petit commerce, avec la vente de fournitures scolaires à  la devanture de l’Église Notre Dame de Lourdes puis à celle de l’école privée catholique Notre Dame de Lourdes qui se trouve à quelques encablures. C’était l’ouverture des classes et je faisais un bon chiffre d’affaires », a-t-elle confié toute souriante.

LE VOYAGE EN ESPAGNE

Son amour pour la restauration et sa soif de connaissances lui ont valu son voyage en Espagne où elle a séjourné quelques mois. « J’étais en Espagne au mois de mai 2010, pour un stage de 03 mois et 15 jours en restauration. Et c’était pour apprendre à cuisiner des plats espagnols. À mon retour au Sénégal, j’ai continué à travailler comme aide cuisinière dans le secteur de l’hôtellerie tout en vendant des bonbons aux élèves à l’école », a-t-elle déclaré.

Avant de nous faire part des raisons qui l’ont poussée à se lancer dans l’entrepreneuriat. « Ce n’est pas facile de travailler pour quelqu’un car tu es toujours conditionné et constamment sous contrôle. Tu n’as plus de temps, tu es sous pression et tu n’as pas de vie de famille. Ce qui ne te laisse même pas le temps de gérer quoi que ce soit, vu que tu es conditionné par le travail de quelqu’un. Ainsi, tu n’as plus de temps pour ta famille. Et malheureusement, les modalités de paiement ne sont pas bonnes. C’est pourquoi j’ai décidé, depuis lors, de travailler pour mon propre compte », a martelé Mme Preira.

C’est ainsi qu’elle commença à suivre des formations en entrepreneuriat et a également travaillé à Ross Béthio, dans un projet où elle a signé un contrat de deux ans. « Je gérais une cantine pour la restauration de Portugais qui travaillaient pour le programme Millenium Challenge Account (MCA Sénégal). Je quittais tôt le matin à 07 heures pour me rendre à mon lieu de travail et une fois à la descente vers 15 heures, je retournais à mon étal pour vendre jusqu’à 22 heures. Parfois, on me contactait aussi pour d’autres tâches, notamment faire le ménage ou faire la cuisine quelque part, et je m’exécutais du moment où cela me rapportait un peu de sous. Je trouve vraiment mon compte dans l’entrepreneuriat puisque j’assure mon pain quotidien et tout se passe bien, c’est l’essentiel pour moi. C’est mieux que de tendre la main pour quémander. Le peu que je gagne me suffit largement et je me glorifie de ça », a-t-elle déclaré.

TRAVAILLER POUR IMPOSER LE RESPECT

Les valeurs de «jom», «fullëu», «fitt» et «fayda» l’ont beaucoup forgée dans le temps et ont fait d’elle une femme autonome et responsable. La  « Linguère des Manjaques » met à profit  la Journée internationale dédiée aux droits des femmes pour inviter ces dernières à se ressaisir et croire en leur potentiel pour voler de leurs propres ailes. « Moi, je pense que les femmes devraient entreprendre pour aider leurs époux dans la gestion du foyer. Une seule personne ne peut pas gérer une maison car les temps sont durs. Être mariée ne signifie pas rester à la maison car le terme femme au foyer n’existe plus. Même une fille célibataire ne devrait pas rester les bras croisés. Il faut toujours préserver sa dignité en travaillant dur et gagner sa vie dignement », a-t-elle conseillé.

Bien qu’elle n’ait pas fait d’études supérieures, Tina Preira a très tôt su comment se faire respecter. «Si tu es une fille battante, tu travailles pour gagner ta vie, tu te fais respecter par la même occasion», a-t-elle conclu. En attendant de trouver son âme sœur, Tina, comme l’appellent affectueusement ses amis(es), continue à mener tranquillement son commerce et ses autres activités génératrices de revenus dans la capitale du Nord.

YVES TENDENG

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