ACTUALITÉSECONOMIE

Sénégal : 161,82 millions de droits de tirage spéciaux alloués par le FMI

La flambée des prix mondiaux du carburant et des denrées alimentaires, aggravée par la guerre en Ukraine et, dans une moindre mesure, le gel des échanges avec le Mali, en raison des sanctions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), perturbent la reprise postpandémique et rendent les arbitrages politiques difficiles pour le Sénégal. « L’économie sénégalaise est entrée en 2022 avec une forte dynamique de croissance, mais les retombées de la guerre en Ukraine entravent ce rebond », a déclaré Kenji Okamura, directeur général adjoint et président par intérim du Fonds monétaire international (FMI). Résultat, la croissance du pays ouest-africain a été révisée à la baisse à environ 5 %, tandis que l’inflation devrait atteindre 5,5 %, tirée par la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

Le FMI a donc décidé d’allouer à Dakar, 161,82 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 215,78 millions de dollars. Ces fonds sont destinés à soutenir la reprise postpandémique du pays.

Contenir le choc contre le Covid et amorcer sa relance économique

C’est une bonne nouvelle pour le président Macky Sall, qui porte la bataille sur le plan international pour une réallocation des DTS à l’Afrique. Équivalent à une planche à billets du FMI, les « droits de tirage spéciaux » sont des actifs monétaires accordés directement aux pays membres, et pouvant être convertis en devises, soit pour rembourser leurs obligations auprès du Fonds soit dépensés sans créer de dette.

La communauté internationale s’était accordée sur le principe d’une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars pour amortir l’impact de la pandémie de Covid-19, dont 33 milliards doivent revenir mécaniquement à l’Afrique, par le jeu des quotes-parts au sein de l’institution de Washington ? un montant jugé très insuffisant par l’Union africaine, mais dont les États africains ne peuvent se passer concrètement.

Le FMI rappelle que les autorités sénégalaises « ont adopté un budget rectificatif en mai 2022 pour tenir compte des mesures temporaires et ciblées visant à soutenir les plus vulnérables et à stabiliser les prix des denrées alimentaires consommées par les ménages à revenu faible et intermédiaire, tout en préservant la viabilité de la dette ». Cela a un impact sur le déficit budgétaire, il est estimé cette année à 6,2 % du PIB contre 4,8 % du PIB dans le budget initial. La dette publique devrait atteindre 75 % du PIB en 2022.

L’État distribue des aides face aux effets des crises mondiales

Début mai, le président sénégalais a lancé un programme d’allocations financières pour plus d’un demi-million de ménages démunis, afin de les aider à faire face aux effets de la guerre en Ukraine et de l’épidémie de Covid-19. Depuis le début de la guerre en Ukraine fin février, les cours du pétrole se sont envolés sur les marchés mondiaux, alimentant une forte hausse des prix des carburants et des produits alimentaires dans de très nombreux pays, dont le Sénégal. « Pour apporter des solutions à la conjoncture défavorable, j’ai décidé du soutien à la résilience de 542 956 ménages pour recevoir de la part de l’État un cash transfert financier exceptionnel d’un montant de 43,4 milliards de FCFA [66 millions d’euros] », a justifié Macky Sall. « L’objectif est de donner 80 000 FCFA [121 euros] par ménage et améliorer leur niveau de consommation et l’éducation de leurs enfants », a ajouté le président Sall, qualifiant l’opération de « mesure d’urgence exceptionnelle ».

L’État va utiliser des paiements mobiles pour le transfert de fonds aux ménages pauvres, ont précisé les autorités. Le Sénégal, un pays de plus de 17 millions d’habitants, est classé parmi les plus pauvres au monde. Le salaire minimum y est de 75 euros. Les fonds ayant servi à financer cette opération sont issus d’un projet de la Banque mondiale, avec d’autres bailleurs, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, a indiqué le directeur des Opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal, Nathan Belete.

La hausse mondiale du prix des produits alimentaires et de l’énergie provoquée par ce conflit s’ajoute « aux séquelles de la pandémie, à l’insécurité régionale et à l’augmentation des revendications sociales à l’approche des élections parlementaires de juillet », a déclaré récemment Edward Gemayel, qui a dirigé une mission du FMI au Sénégal du 9 au 15 mars. « Tous ces éléments accroissent les risques de ralentissement de la croissance économique et se traduiront probablement par une aggravation des pressions inflationnistes et une augmentation considérable des dépenses publiques », avait-il commenté.

Malgré ces nouveaux défis, les perspectives pour le Sénégal sont plutôt optimistes, le FMI juge l’activité économique robuste à moyen terme, « à condition que des politiques appropriées soient mises en œuvre ». Pour renforcer la résilience économique du pays, l’institution préconise une accélération de « la stratégie de mobilisation des recettes intérieures, une gestion prudente de la dette et une meilleure efficacité des dépenses »

Avec le point Afrique

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page