A LA UNESOCIETE / FAITS DIVERS

Séries de féminicides : Silence assourdissant des autorités

La Une des journaux est remplie de ces histoires de femmes assassinées de façon atroce. En quelques jours, trois jeunes femmes ont été tuées sous le regard impassible des autorités.

Par Mame Woury THIOUBOU – Sont-elles insensibles, apathiques ou simplement indifférentes au sort des femmes de ce pays ? Le silence de cathédrale que servent les autorités de ce pays depuis qu’une suite d’assassinats de femmes a eu lieu interroge. En quelques jours, 3 jeunes vies ont été brutalement abrégées et dans des conditions de barbarie extrême. A Kaolack, Fatou Samb, enlevée, séquestrée et violée avant d’être tuée, avait 17 ans. A Matam, S. Barro, abattue d’une balle en pleine tête pour avoir simplement demandé le divorce à son mari, n’en avait que 19. Il y a quelques jours, à Grand-Yoff, Nafissatou Diédhiou était tuée par son mari. Elles sont des noms qui viennent s’ajouter à une longue liste de femmes tuées par leurs conjoints, ex-conjoints ou autres. Les chiffres donnent le tournis.
Entre janvier 2019 et mars 2020, le Comité de lutte contre les violences faites aux femmes a enregistré pas moins de 21 meurtres. Né de la contraction des mots féminin et homicide, le terme «féminicide» englobe 11 motifs de tuerie ciblant essentiellement des femmes. Et l’une des premières est liée aux violences conjugales. Au Sénégal, le silence de la communauté débute au sein de la famille et du couple. Les violences que subissent les femmes dans leurs ménages sont excusées, motivées et pardonnées. Et quand l’horreur se produit, ils sont rares à remettre en cause leur absence de réaction. L’Etat, garant de la sécurité de tous, brille encore plus par son silence.
Ces dernières années, le Sénégal a fait face à une recrudescence effarante des féminicides. Mais bizarrement, hormis quelques associations de femmes, de féministes aussi, personne ne s’en indigne. Chaque nouvelle tuerie est en Une des journaux pour quelques heures, avant que l’actualité politique ne reprenne le devant de la scène. Et quand une association de femmes se fait un devoir de dénoncer cette barbarie, tout de suite, elle est vouée aux gémonies. L’on cherche par tous les moyens à rejeter la faute sur les femmes, sur leur éducation, leur habillement et tout autre chose qui permet de détourner le regard de la société. Dans une telle société, les victimes et leurs familles ne peuvent que pleurer, enterrer leurs morts et s’en remettre au Juge suprême. Parce qu’en l’absence d’actions d’envergure, de mesures fortes prises par les autorités pour soutenir les victimes de violences, et punir sévèrement les auteurs, rien ne changera. Au contraire. Avec l’arrivée au ministère de la Femme, de Fatou Diané, l’on espérait que le folklore avait fait ses bagages en même temps que son prédécesseur. Mais celle-ci rate une belle occasion de donner un signal fort. Et qu’enfin, les femmes de ce pays se sentent protégées et par ceux-là qui sont investis de cette mission.

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