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Sur la voie, la voix s’est tue : Amadou Tamba passe l’arme à gauche

« Gite miiji maayde, mbaala ndenndaani »; disait la voix qui s ‘est tue, ce week-end sur la voie des eaux du fleuve.! « Le spectre de la mort provoque l’insomnie » dixit Amadou Tamba Diop. L’artiste de renommée, est parti à jamais. Il vient d’être inhumé ce samedi 2 décembre 2023, après son décès survenu, hier le 1er décembre 2023 dans son Ndiorol natal, de l’autre côté du fleuve Sénégal, sur la rive droite . Né en 1950 à Ndiorol, village mauritanien frontalier à Dahra Halaybe, de la commune de Dodel, dans le département de Podor, l’une des plus grandes figures légendaires du : » Leele » est parti sur la pointe des pieds.

C’est une foule immense venue du Sénégal et de la Mauritanie qui a accompagné le roi du » Sora », autre variété musicale traditionnelle, à sa dernière demeure.
En dépit des difficultés liées à la traversée fluviale avec des pirogues de fortune, pour la plupart, les amis, proches et sympathisants du soprano du » Leele » ont convergé de tous les horizons, aux berges de Ndiorol pour rendre un ultime hommage à celui qui a marqué son époque par ses envolées lyriques à travers une voix suave jusque là rarement égalable.
L’enfant de Dahra Halaybe, terroir, de la grande lignée maraboutique d ‘Al Hadji Mamadou Moussa Ly, fut un homme multidimensionnel : Amadou était aussi un pêcheur de profession, hors pair; il aimait la tradition du filet, et la conciliait bien avec la « harpe » du Fouta, communément appelé » hoddou ». Un homme affable, humble, facile d’accès, généreux et fidèle dans ses relations, le frère de Malal Tamba avait un carnet d’adresses bien garni. Il a eu à produire de nombreux tubes musicaux en duo avec plusieurs musiciens et chanteurs notamment avec Baaba Maala, dont il partage les fibres sensibles et solides du » Cubalaagu »; cette catégorie des peuls connue pour son habileté technique et sa capacité de pénétrer les secrets des dieux des eaux sacrées. Faire l’apologie de ce groupe professionnel, c’est également synonyme de mettre en exergue les valeurs morales des » thioubalos » estampillés fidèles, respectueux de la parole donnée et entiers dans leurs propos. La renommée et les prestations du désormais feu époux de Sira Ticampa, cette originaire de Diowol dans la région du Gorgol en Mauritanie, ont franchi les frontières de la sous région pour se loger dans le cœur du pulaagu, disséminé à travers le monde. Par un répertoire riche et fouillé des archives de son maître feu Waly Seck, de celles légendaires d’Oumouroul Khaiche, de Sidy Chérif, Samba Diop Leele et bien d’autres en vogue à cette époque… les thèmes véhiculés par Amadou Oumar Baidy Coumba Daly portent, généralement, sur l’amitié, l’amour, la fidélité, le courage, la bravoure entre autres symphonies et messages à nous replonger dans un bonheur nostalgique et incommensurable.

La voix mélodieuse d’Amadou Tamba Diop était aussi une source d’inspiration, pour toute âme qui se cherche, le soir, tard la nuit, au moment où le petit du pigeon roucoulait de solitude dans le nid déserté par sa nourrice, au moment où les tourtereaux écrasaient contre leurs poitrines l’amour sublime dans le firmament de la clair de lune, aux heures où les eaux sur les surfaces planes s’aplatissent pour laisser voguer les sentiments à la reconquête du cœur brisé….

Une vie accomplie et engagée dans la revalorisation de la culture peulhe, Amadou est un modèle de droiture dans le comportement pour notre jeunesse en proie à des agressions socio culturelles tous azimuts.
Puisse l’exemple de sa personne, de son engagement culturel et humain au service de sa communauté faire tâche d’huile, afin que des cendres du » Leele » du » Sora » du Goumbala » et du » Pekhaan » encore chaudes, redynamisent le souffle de notre quotidien pour attiser à jamais la flamme du progrès spirituel et culturel des peuples.

A nos morts, à ces morts qui ne sont pas morts, pour paraphraser, l’Éminent Birago Diop, épanouissez-vous, sous l’ombre du sceau des prophètes (PSL), en se délectant des mélodies de l’un des vôtres, venu vous chanter sur les rivières célestes aux jardins potagers la voix audible de l’unisson des mondes.

Doro Sidy BA

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