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Suspension de RFI et France 24 au Mali : Article 19 appelle les autorités à reconsidérer leur décision

ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest, association britannique des droits de l’homme qui se concentre sur la défense et la promotion de la liberté d’expression et de la liberté d’information dans le monde entier, se prononce sur la suspension des médias français, accusés de publier de « fausses » informations, au Mali. Elle se dit « préoccupée » et appelle les autorités maliennes à reconsidérer leur décision, dans un communiqué.

France 24 et Radio France Internationale (RFI), accusés de publier de « fausses » informations ont été suspendues au Mali. La décision prise le 16 mars dernier, a été annoncée  qui a été faite par le ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation qui, dans son communiqué, a signifié que « la procédure fait suite à la publication de ce qu’il estime être de «fausses nouvelles concernant des abus et des violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire perpétrés par les forces armées maliennes, (FAMA) ».

Article 19 précise que le ministre « fait spécifiquement référence à un rapport de Human Rights Watch affirmant qu’au moins 107 civils ont été tués par l’armée malienne et des groupes islamistes armés dans le centre et le sud-ouest du Mali depuis décembre 2021 ».

Concernant les mesures prises par les autorités maliennes, l’association informe dans leur note qu’elles « interviennent alors que la crise diplomatique qui dure depuis des mois entre la France et le Mali s’intensifie et que les protestations contre la présence de l’armée française au Mali se multiplient après que le gouvernement malien ait ordonné à l’ambassadeur de la France de quitter le territoire malien ».

La même source de souligner : « Bien que la réglementation nationale exige qu’une telle suspension soit effectuée par la Haute Autorité de la Communication, et seulement après délibération du Conseil des Membres; la décision de suspension est intervenue le lendemain, dans l’après-midi du 17 mars ». Non sans dénoncer le fait que : « Le signal des émissions Fm de RFI et les émissions télévisées de France 24 ont été interrompues dans tout le Mali ».

En outre, peste Article 19, « aucune possibilité n’a été donnée à RFI et à France 24 de se défendre, ou de répondre aux accusations portées contre eux, comme l’exige le droit national et international sur la liberté d’expression ».

Parallèlement à cette suspension, ajoute-t-elle,  « les autorités ont interdit aux radios et télévisions nationales de rediffuser ou de publier des programmes ou des articles de presse produits par les deux médias ».

Toutefois, elle rappelle que : « le caractère supposé faux d’une information n’est pas un motif légitime et légal de restriction de la liberté d’expression et de la liberté des médias ».

Selon elle, « un principe important demeure que « le droit de transmettre des informations ne se limite pas à des « déclarations correctes », [et] que ce droit protège également les informations et les idées qui peuvent choquer, offenser ou déranger ». Les quatre mandats spéciaux sur la liberté d’expression ont clairement indiqué que « les interdictions générales de diffusion d’informations fondées sur des idées vagues et ambiguës, y compris les « fausses nouvelles », sont incompatibles avec les normes internationales relatives aux restrictions de la liberté d’expression » ».

Invoquant le rapport Rapport annuel du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme sur la Liberté d’opinion et d’expression, Article 19 déclare : « toute réglementation du secteur de la radiodiffusion devrait être effectuée par une autorité de régulation professionnelle indépendante, conformément aux normes internationales ».

A l’en croire, « Cette suspension semble être motivée par des raisons politiques, au regard des récentes tensions politiques et diplomatiques entre les autorités maliennes et la France. Les médias professionnels ne devraient pas être pénalisés par des relations politiques tendues et devraient pouvoir opérer de manière indépendante et libre. (…) ».

Elle estime que : « Les autorités doivent créer des conditions favorables pour les médias et garantir le droit des personnes à accéder à l’information en vertu de la loi et en pratique ».

Fatou Jagne Senghore, Directrice Régionale d’ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest, appelle les autorités maliennes à reconsidérer la suspension des médias en question et à veiller à ce que toute action susceptible de restreindre la liberté des médias soit pleinement conforme aux normes internationales en matière de liberté d’expression. En particulier, toute restriction de la liberté d’expression doit notamment être prévue par la loi, poursuivre un objectif légitime et être proportionnelle dans une société démocratique.

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