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Tamkharite 2021: Le virus est « dans le couscous »

Au Sénégal, la fête de Tamkharite est synonyme de bombance le soir, lors du dîner à base de couscous qui s’impose dans presque tous les ménages musulmans. Dans ce contexte de crise sanitaire, les vendeuses de couscous ne se frottent pas les mains. L’effet Covid est financièrement ressenti. 

Pour cette fête qui marque le début de l’an musulman, le couscous s’impose pour le diner. Même si des familles tentent  de changer de menu. La gent féminine s’active pour la préparation de ce repas. Car, bien faire manger la famille est une des « dix recommandations » pendant la Tamkharite.  C’est pourquoi les anciens avaient jeté leur dévolu sur le couscous. Chez les vendeuses de couscous à base de céréales locales (mil ou sorgho), les affaires ne sont guère florissantes.

Yacine Diop confirme : « La vente de couscous ne se passe pas bien en cette veille de Tamkharite. Je pensais enregistrer beaucoup de commandes mais je me demande si je pourrai m’en sortir cette année. La  Covid-19 est passée par  et le contexte économique a aussi affecté les ménages. » Si la vente est au ralenti, la préparation reste un savoir-faire culinaire aux petits secrets. De la farine de mil obtenue au moulin du coin aux derniers gestes à faire pour obtenir un succulent couscous, c’est tout un art de la vapeur. « De nos jours, la plupart des femmes ne savent pas transformer le mil en couscous. C’est pourquoi elles se rabattent sur nous », dit-elle. Elle a deux sortes de clients. Il y a des clients qui « m’apportent leur mil que je me charge de transformer, moyennant 3000 francs Cfa pour dix kilogrammes ». Les autres clients, « je leur vends simplement du couscous prêt à l’emploi à 500 francs Cfa le kilogramme ».

Fatou Ndiaye, se consacre à la vente de couscous depuis une quinzaine d’années. « J’ai vécu toutes les situations imaginables. Mais à chaque fête de Tamkharite, je faisais de bonnes affaires. Vu le contexte actuel, les choses ont pris une autre tournure. Mais  Dieu merci », confie-t-elle.

Du côté des meuniers, c’est aussi la même situation. Chez Faye, pas le rush comme ce fut le cas les années précédentes. « Les gens viennent avec quelques kilos de mil. Alors cela ne fait pas rêver. Mais on ne se plaint pas. C’est le contexte économique », relativise notre interlocuteur.

Les légumes et les poulets jugés trop chers

Au marché Castor, en plein marchandage pour acheter deux poulets, Awa Diop pique une colère : «Je ne peux comprendre qu’à chaque événement, on augmente les prix alors que la vie est trop chère.» Interrogée sur son choix de poulets, elle indique : «Je préfère les poulets de chez nous. Il y a trois jours, j’ai acheté un poulet à 2500 F Cfa, aujourd’hui, ça se vend à 3000 F Cfa, sans négociation.» Lui emboîtant le pas, Mame Astou Sène ajoute : «Ce n’est pas seulement les poulets du pays qui sont chers, même les prix des poulets de chair sont onéreux. Les légumes, n’en parlons même pas. »

Les vendeurs arguent des difficultés d’approvisionnement. «En période d’hivernage, les poulets sont rares et les aliments trop chers», dit Alpha Sow, selon qui, ils n’ont pas intérêt à augmenter les prix des produits présents sur le marché. Coura Mbaye, nouvelle mariée, est déboussolée : «Comme vous l’avez constaté, j’ai négocié pour qu’il diminue le prix du mil, mais sans succès. Et après, on doit acheter du poulet, des légumes qui accompagnent le couscous, c’est difficile.» Les produits sont hors de prix, mais il faut faire plaisir à la belle-famille.

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