Thèse de doctorat d’état sur la gouvernance alimentaire au Sahel : Rokhaya Daba Fall tout en brio

La Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a vibré hier, mercredi, lors de la soutenance de thèse de Madame Rokhaya Daba Fall. La Docteure a obtenu la mention très honorable avec les félicitations du jury sous les ovations du public. Devant un jury prestigieux et un public composé d’étudiants, d’amis et d’intellectuels, la candidate a brillamment défendu son travail intitulé “Gouverner son développement : la question alimentaire au Sahel”, une thèse de 814 pages qui a marqué les esprits par sa profondeur et son originalité.
Le jury, présidé par le Professeur Mamadou Bouna Timéra, professeur titulaire à la FLSH-UCAD, était composé d’éminents chercheurs, dont les rapporteurs Pr Rokhaya Cissé (Maître de recherche à l’IFAN) et M. Dennis Galvani (Docteur en sciences politologiques de l’ Université d’Oregon, États-Unis). Les directeurs de thèse, Pr Aminata Niang Diène et Pr Abdou Salam Fall, ont également salué la rigueur et l’engagement de la doctorante.
Madame Rokhaya Daba Fall a centré ses recherches sur le Sahel occidental (Burkina Faso, Mali, Niger, Sénégal), une région marquée par une insécurité alimentaire persistante, des conflits récurrents et une croissance démographique aux potentialités inexploitées. Sa thèse met en lumière les obstacles à une gouvernance souveraine du développement alimentaire, pointant du doigt à la fois l’influence de l’universalisme occidental, souvent inadapté aux réalités locales ; les oublis volontaires de l’histoire globale, notamment les héritages coloniaux qui ont marginalisé l’agriculture vivrière au profit des cultures d’exportation ; l’inadéquation des indicateurs de développement, qui ne reflètent pas les spécificités sociologiques du Sahel.
Parmi les contributions majeures de cette thèse, le jury a particulièrement apprécié la sociologie des différences, une approche qui questionne les frontières coloniales de 1885 et prône des complémentarités transfrontalières pour un développement partagé. Il en est de même de la sociologie des similarités, une analyse des ressemblances dans les modes de gouvernance qui entravent le développement, au même titre que l’élaboration d’indicateurs de souveraineté alimentaire, inspirés des épistémologies du Sud (Santos, 2011), pour une évaluation plus juste des potentialités locales.
La candidate a rappelé l’importance de la Charte du Mandé (1236), où l’alimentation était un principe cardinal de gouvernance. Elle a dénoncé la déviation historique de l’agriculture familiale, instrumentalisée pendant la colonisation pour servir les cultures de traite au détriment de l’autosuffisance alimentaire.
Après un échange riche avec les membres du jury, le président a proclamé les résultats sous les ovations du public : “Le jury accepte à l’unanimité votre thèse, Madame Rokhaya Daba Fall, avec la mention honorable et les félicitations du jury pour la qualité exceptionnelle de votre travail.”
Cette thèse, saluée comme un outil précieux pour les décideurs politiques et les acteurs du développement, ouvre des pistes concrètes pour repenser la gouvernance alimentaire au Sahel. Madame Rokhaya Daba Fall, désormais docteure, compte poursuivre ses recherches et engagements pour transformer ces idées en actions.
LAMINE DIEDHIOU


