EMIGRATION / DIASPORA

Un étudiant iranien en France depuis 3 ans se suicide pour alerter sur la répression dans son pays

Mohammad Moradi, un étudiant iranien âgé de 38 ans, a mis fin à ses jours en sautant dans un fleuve de la ville de Lyon dans le but d’attirer l’attention sur la situation dans son pays.

Mohammad Moradi s’était installé dans la ville française de Lyon depuis trois ans avec son épouse Zahra. Cet Iranien de 38 ans s’est donné la mort, mardi 27 décembre, en se jetant d’un pont dans le Rhône, un fleuve qui traverse la ville. Il a été retrouvé noyé et n’a pas pu être réanimé malgré l’intervention des pompiers.

L’homme a expliqué son geste de désespoir dans une vidéo bouleversante enregistrée avant son suicide et diffusée sur sa page Instagram. « Quand vous regarderez cette vidéo, je serai mort », déclare-il, expliquant vouloir attirer l’attention sur la répression « violente » des manifestations dans son pays.

L’Iran connaît depuis plus de deux mois une vague de contestation contre le pouvoir, née de revendications sur les droits des femmes après la mort de Mahsa Amini, une jeune femme décédée lors de son arrestation par la police iranienne pour avoir mal porté le voile islamique. Dans un des derniers bilans, publié mardi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), au moins 476 manifestants ont été tués depuis mi-septembre par les autorités iraniennes, dont des adolescents et des enfants.

Étudiant en histoire à l’université de Lyon

« La police attaque les gens, on a perdu beaucoup de nos fils et de nos filles, on doit faire quelque chose », affirme d’une voix calme, en français, Mohammad Moradi dans cette vidéo postée sur plusieurs réseaux sociaux, avant de commettre l’irréparable. « J’ai décidé de me suicider dans le fleuve Rhône, c’est un challenge pour montrer que nous, peuple iranien, nous sommes très fatigués de cette situation », annonce-t-il.

Dans sa vidéo en français – il en a publié une seconde en persan – il remercie aussi les Lyonnais pour leur accueil et dit avoir vécu dans cette ville une vie riche et confortable.

Étudiant en histoire à l’université Jean Moulin à Lyon, il semblerait qu’il soit venu vivre en France au printemps 2019 pour ses études et n’était donc pas demandeur d’asile. Mais la situation actuelle dans le pays empêche de nombreux migrants iraniens de retourner en Iran, où la répression s’abat sur tous ceux qui contestent la politique du régime.

Très impliqué dans les derniers développements politiques en Iran, Mohammad Moradi était aussi un défenseur des droits des femmes, tant en Iran qu’en France, comme en attestent ses nombreux posts sur les réseaux sociaux. Homme de Lettres et féru d’Arts, il aimait aussi partager lectures et pensées sur son fil Instagram.

« Notre voix n’est pas propagée par les médias occidentaux »

À Lyon, la communauté iranienne lui a rendu un hommage mardi, en déposant des bougies, des bouquets de roses et des photos sur les rambardes du pont où il s’est jeté.

« Mohammad Moradi s’est donné la mort pour faire entendre la voix de la révolution en Iran, notre voix n’est pas propagée par les médias occidentaux », a dénoncé auprès de l’AFP Timothée Amini, un ami du défunt et porte-parole d’un collectif iranien. Lui est réfugié politique en France depuis 2012. « On a droit tous les matins à l’Ukraine, mais l’Iran on n’en entend parler que très peu. C’est difficile à vivre pour nous, Iraniens de la diaspora ».

Sur sa vidéo, « il disait qu’il ne pouvait pas vivre tranquillement, confortablement ici – il était très bien intégré – » alors que des Iraniens sont tués « à bout portant », explique Lili Mohadjer, une autre Iranienne présente lors de l’hommage, faisant état du décalage et du sentiment de culpabilité vécu par de nombreux migrants, dont le pays traverse des crises.

En cas de besoin d’assistance psychologique ou de pensées suicidaires, il existe en France une ligne téléphonique d’écoute gratuite et accessible jour et nuit : le 3114.

Le Centre Primo Levi, association spécialisée dans le soin et le soutien aux migrants victimes de la torture et de la violence, propose des rendez-vous à prendre en appelant le 01 43 14 88 50.

Voici d’autres numéros pouvant être utiles en fonction des pays où vous vous trouvez : Afghanistan : 119 / Urgences psychiatriques de Téhéran : 44508200

 

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