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Une bagarre entre députés éclate au Parlement géorgien

Au moment où les débats ont commencé lundi au Parlement sur ce texte, plusieurs députés en sont venus aux mains en plein hémicycle. Des images de la session parlementaire montrent un député de l’opposition donnant un coup de poing à la tête d’un législateur du parti au pouvoir, co-rédacteur du projet de loi, ce qui a provoqué une bagarre généralisée et la coupure de la retransmission en direct. Dans la matinée, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblés devant le Parlement pour déployer en signe de protestation un grand drapeau de l’Union européenne, que la Géorgie ambitionne à rejoindre.

Un grand rassemblement est prévu dans la soirée contre ce texte inspiré d’une loi russe utilisée depuis des années par le Kremlin pour persécuter les voix dissidentes. «La société géorgienne est suffisamment forte pour ne pas laisser le pays glisser vers un autoritarisme à la russe», veut croire l’un des manifestants, Saba Gotoua, architecte de 48 ans. «Nous ne laisserons pas le Rêve géorgien gâcher la chance historique de la Géorgie de devenir membre de l’UE», a-t-il ajouté à l’AFP. La semaine dernière, environ 8000 personnes avaient déjà manifesté contre le projet de loi à Tbilissi. La Géorgie a l’ambition depuis des années d’approfondir ses relations avec les Occidentaux mais le parti au pouvoir est accusé de vouloir, au contraire, rapprocher cette ex-république soviétique de la Russie. Le retour de cette loi, critiquée par Bruxelles, risque de raviver de profondes divisions.

Le parti au pouvoir accusé de collaborer en secret avec le Kremlin

Le texte obligerait les organisations recevant plus de 20% de leur financement de l’étranger à s’enregistrer sous le label infamant d’«organisation poursuivant les intérêts d’une puissance étrangère», sous peine d’amendes. Ce label a été changé par rapport au terme «agent d’influence étrangère» de la première mouture de 2023. Le pouvoir défend un projet de loi qui obligera les organisations à faire preuve de davantage de «transparence» sur leur financement. Les détracteurs du texte y voient, eux, un outil d’intimidation des ONG et médias indépendants.

Selon des experts interrogés par l’AFP, le parti au pouvoir, accusé de collaborer en secret avec le Kremlin, considère le financement de certaines ONG et médias par les Occidentaux comme un défi à sa mainmise sur le pays. «Le Rêve géorgien ne cache pas que la loi vise à neutraliser l’influence occidentale», souligne le politologue Ghia Nodia. «Le parti ne cesse de dire qu’il dirige la Géorgie vers l’UE, mais en fait il sabote la voie européenne de la Géorgie», qui est soutenue par environ 80 % de la population, selon des sondages d’opinion, dit-il. Le premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidzé, connu pour sa rhétorique anti-occidentale, se défend de tout sabotage du processus d’accession à l’UE, bien que Bruxelles ait réclamé l’abandon du texte.

En décembre, la Géorgie s’est vue accorder le statut officiel de candidat à l’adhésion, mais Tbilissi doit encore procéder à des réformes judiciaires et électorales, renforcer la liberté de la presse et réduire le pouvoir des oligarques avant que des négociations soient effectivement lancées. Les États-Unis ont estimé la semaine dernière que l’adoption d’un tel texte ferait «dérailler la Géorgie de son chemin européen». Le retour du projet de loi au Parlement devrait également raviver les tensions entre le parti au pouvoir et la présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, farouche partisane du rapprochement avec l’UE. En 2023, elle avait ouvertement soutenu les manifestants. Ses prérogatives sont cependant limitées.

Le Figaro

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