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Violences au Sénégal: les camps politiques se renvoient la responsabilité

Au moins 16 personnes sont morts jeudi et vendredi et environ 500 ont été arrêtées. C’est le dernier bilan officiel du ministère de l’Intérieur des violences qui ont éclaté dans la foulée de la condamnation de l’opposant Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse ».

Texte par : RFI

 

« Des actes de vandalisme, qui n’ont rien à voir avec des manifestations politiques », c’est la position du gouvernement qui insiste sur les saccages et pillages de ces derniers jours. Le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang avait poursuivi Ousmane Sonko dans une autre procédure pour « diffamation ». Dans une déclaration très offensive au siège du parti présidentiel, il a dénoncé la présence d’« étrangers » derrière les manifestants.

« Nous ne cèderons pas à ces groupes, ni à ces étrangers qui sont venus d’ailleurs destabiliser notre pays. Les Sénégalais, particulièrement la jeunesse de ce pays, prendra ses responsabilités pour faire face à ces envahisseurs, pour faire face à ces responsables politiques lâches qui ont créé des situations et qui ont détalé. On va s’organiser quartier par quartier et nous ferons face. »

« Ne bousillons pas ce pays »

Même son de cloche chez le ministre de l’Intérieur qui voit « des forces occultes » je cite seraient présentes parmi les manifestants. Il ne précise toutefois pas de qui il s’agit précisément : « Notre pays a fait l’objet d’attaques de la part de force occultes comme je l’avais indiqué en 2021. A l’époque, cela avait suscité des critiques. Les évènements de ces derniers jours semblent avoir ouvert les yeux aux plus sceptiques. Il y a eu une volonté manifeste d’affecter le fonctionnement normal de notre activité économique. Le choix des cibles n’est pas fortuit : nous avons noté que des installations vitales pour le fonctionnement du pays ont fait l’objet d’attaques ou de tentatives d’attaques. »

 

Autre réaction, celle du maire de Dakar, Barthelemy Dias. Figure de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi, il avait pris récemment ses distances avec Ousmane Sonko. Concernant la condamnation du leader du parti Pastef, il dénonce une « parodie de justice », et interpelle directement le président Macky Sall :

« M. le président de la République, vous avez la clé aujourd’hui de la sortie de crise de ce pays. Je vous demanderai, M. le président Macky Sall, d’évacuer cette question concernant cette volonté qui vous est prêtée de vouloir briguer un troisième mandat. Je vous invite à prendre vos responsabilités et à vous adresser au peuple sénégalais. Vous n’avez pas le droit d’éliminer des adversaires politiques. Ne bousillons pas ce pays. »

De son côté, Ousmane Sonko est toujours chez lui dans son domicile de Dakar, illégalement séquestré, selon ses avocats, qui affirment qu’il ne peut pas sortir de son domicile et qu’il est privé de ses téléphones. « En réalité, il est déjà emprisonné », selon Maître Cissé, l’un de ses conseils. Ousmane Sonko ne s’est pas constitué prisonnier, ce qui était une option, et il n’a pas été arrêté. Une arrestation pourrait déclencher une nouvelle vague de manifestations.

À Ziguinchor, les manifestations continuent

La ville de Ziguinchor est l’un des épicentres de ces émeutes avec son lot de pertes en vies humaines, cinq au total, selon le bilan officiel, et des dégâts énormes. Entre scènes de pillages et actes de désobéissance civile, les manifestants ne décolèrent toujours pas dans la principale ville du sud du pays dont Ousmane Sonko est le maire. Samedi, au troisième jour, les jeunes ont continué à manifester même si les manifestations n’avaient la même ampleur que les deux premiers jours.

Nous voulons la liberté totale de M. Ousmane Sonko ; nous voulons aussi que la justice soit rendue parce qu’il y a trop d’injustice

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