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Vol dérouté par la Biélorussie : ce que l’on sait de l’arrestation de cet opposant, qui déclenche une tempête diplomatique

Les condamnations pleuvent après l’arrestation dimanche du militant biélorusse Roman Protassevitch, interpelé après l’atterrissage d’urgence d’un vol Ryanair. Accusé d’être à la manœuvre, le président Loukachenko se défend.

Par Le Parisien avec AFP 

Deux versions qui s’opposent et un incident qui devient plus que politique. Depuis l’arrestation dimanche de Roman Protassevitch, 26 ans, ancien rédacteur en chef de l’influent média d’opposition biélorusse Nexta, à la suite de l’atterrissage d’urgence à l’aéroport de Minsk d’un vol Ryanair, la communauté internationale dénonce en chœur une action inacceptable et menace de sanctions. Les autorités biélorusses défendent elles, une réaction normale après « une alerte à la bombe ».

Dimanche, un avion de la compagnie Ryanair effectuait un vol entre la Grèce et la Lituanie, deux pays membres de l’UE et de l’Otan, avant d’être intercepté par un chasseur biélorusse et dérouté vers Minsk. D’après les images du site Internet spécialisé flightradar24, le Boeing a été arrêté au-dessus du territoire biélorusse juste avant la frontière avec la Lituanie. A son bord, Roman Protassevitch, un militant de l’opposition qui a été arrêté à son arrivée à Minsk. En début de soirée, l’appareil a finalement pu reprendre son vol à destination de la Lituanie, où il s’est posé avec plusieurs heures de retard sur l’horaire prévu – sans le jeune opposant de 26 ans.

Ce lundi matin, le patron de la compagnie aérienne irlandaise a ainsi confirmé que des agents des services de sécurité bélarusses (KGB) étaient soupçonnés de s’être trouvés dans l’avion. « Il apparaît que l’intention des autorités était de faire sortir un journaliste et la personne qui voyageait avec lui », a-t-il expliqué sur la radio irlandaise Newstalk.

La thèse de l’alerte à la bombe défendue par les Biélorusses

Les médias d’Etat biélorusses affirment que le Boeing a été dévié de sa trajectoire à cause d’une « alerte à la bombe », qui s’est avérée être fausse, et que Roman Protassevitch n’a « suscité l’intérêt des forces de l’ordre » qu’au moment où les passagers ont « repassé le contrôle aux frontières et les douanes ». Alexandre Loukachenko a personnellement donné l’ordre à un chasseur MiG-29 de l’intercepter après cette alerte, avait précisé son service de presse dimanche.

« Il n’y a aucun doute que les actions de nos organes compétents étaient en conformité avec les règles internationales », a souligné le ministère des Affaires étrangères sur son site, rejetant les « accusations sans fondement » de pays européens, accusés de « politiser » l’incident. Sur la même ligne, Moscou s’est dit « choqué » par les accusations occidentales contre la Biélorussie, et a dit attendre l’évaluation des « instances aériennes internationales ». Dans un second temps, son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov également estimé que l’approche du pays face à cet avion était « raisonnable ».

Roman Protassevitch dans le viseur des autorités

Mais cette version est battue en brèche par le média d’opposition Nexta. Selon l’actuel rédacteur en chef, Tadeusz Giczan, « quand l’avion est entré dans l’espace aérien biélorusse », des agents du KGB, soutenant qu’une bombe était à l’intérieur, ont « déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair ». « L’avion a été vérifié, aucune bombe n’a été trouvée, et tous les passagers ont été envoyés faire un contrôle de sécurité », selon Nexta.

Roman Protassevitch qui se trouvait à bord de l’avion avant d’être interpellé, est l’ancien rédacteur en chef de Nexta, un média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994. De même, on apprend ce lundi que la compagne de l’opposant a été arrêtée avec lui à bord de l’avion annonce l’université où elle suit ses cours. Sofia Sapéga est étudiante en droit à l’Université européenne des sciences humaines (EHU) fondée à Minsk en 1992, mais contrainte par les autorités biélorusses de transférer ses activités en Lituanie voisine, depuis 2004.

En novembre, les services de sécurité biélorusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient inscrit le nom de Roman Protassevitch et celui du fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes ». Fondé en 2015, Nexta (« Quelqu’un » en biélorusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers la Biélorussie, diffusant des mots d’ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

De possibles sanctions européennes

Les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, réunis en sommet lundi et mardi, discuteront de « possibles sanctions » de l’UE contre le Biélorussie a annoncé le Conseil européen. Le président du Conseil, Charles Michel, mettra à l’ordre du jour du sommet l’incident du Boeing de Ryanair et « les conséquences ainsi que de possibles sanctions seront discutées à cette occasion », a déclaré un porte-parole de l’institution.

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