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ALERTE OBJET : le vol du bétail, un obstacle majeur pour la souveraineté dans les régions centres du pays / Par Mamadou NGOM

Monsieur le Président de la République,

Les régions de Fatick, Kaolack, Kaffrine et Diourbel se particularisent au plan économique par la prédominance de l’agriculture, l’élevage et le commerce de bétail.

Dans ces espaces, la doctrine ancestrale qui est toujours d’actualité repose sur l’association de ces trois activités. En réalité, dans ces terroirs sérères des profondeurs, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, tout le monde est obligé de s’adonner à l’agriculture, à l’élevage et au petit commerce, généralement de bétail pour les besoins existentiels.

Après les récoltes, les paysans vont dans les « loumas » et achètent du bétail pour l’embouche ou pour leurs enclos. Les jeunes, filles comme garçons qui travaillent aussi dans les centres urbains ont tendance à envoyer des sommes d’argent aux parents restés aux villages pour l’achat de chèvres, de moutons ou de vaches. Cette pratique est la seule possible pour sécuriser et fructifier les sommes d’argent transférées et les dividendes issues d’une partie des récoltes vendues.

Aujourd’hui, le vol de bétail qui sévit dans ces terroirs va constituer, si rien n’est fait, un obstacle majeur contre la politique salutaire de l’Etat pour la souveraineté alimentaire qui doit tirer ses racines du monde rural. Cette « pandémie endémique » qui a pris une ampleur sans commune mesure mérite une réponse à la hauteur des tors et difficultés infligées aux paysans, parfois sans défense.

L’analyse faite sur le vol du bétail dans ces espaces me parait très simpliste car elle met en relief les aspects économiques en termes de préjudices subis. Or, dans le monde rural, ce fléau qui reste une plaie ouverte dans la conscience des paysans rame à contre-courant des ambitieux programmes financés par l’Etat du Sénégal dans le monde rural pour l’atteinte de la souveraineté alimentaire. Ici, les compatriotes ne peuvent pas se lancer dans l’immobilier, dans l’industriel, dans l’import ou l’export. Là où ils peuvent investir et recevoir le retour en investissement et à coup sûr, c’est sur l’agriculture et l’élevage. Ce secteur, aujourd’hui, est mis en difficulté par le fléau du vol de bétail. Beaucoup de jeunes, par les financements de la DER, des agences, de l’autofinancement qui veulent se lancer dans ces activités préfèrent investir dans des activités inconnues, non maitrisées et parfois improductives.

Le vol du bétail crée un découragement, une psychose, une peur diffuse surtout avec la tournure prise par ce vol à l’arrachée, avec violences, avec tueries etc. Beaucoup de paysans ne prennent plus le risque de s’adonner à cette activité en mettant leur sécurité en jeu. Ils dissuadent leurs proches à faire d’eux-mêmes. Actuellement, les malfrats dictent leurs lois aux éleveurs et toute dénonciation par un tiers constitue un motif d’exactions en guise de représailles pour le concerné.

Au-delà des pertes économiques encourues par les victimes, c’est la passion, l’honneur, la dignité, le bonheur et la fierté de toute une famille qui sont volés. Les éleveurs et les cultivateurs, victimes de cette pratique sont atteints, affaiblis intérieurement et ne peuvent plus, pour la plus part des cas se relever. Ils finissent tous par se résigner, parce qu’avant tout c’est un choc subi, qui, généralement fait éclater une famille soudée derrière leur troupeau. Cette situation est d’autant plus difficile à digérer que les victimes connaissent les auteurs, mais ne peuvent pas les poursuivre faute de preuves tangibles, créant parfois une méfiance totale entre des voisins qui sont appelés à vivre ensemble.

Certains paysans qui appréhendent les voleurs ne parviennent pas à mettre la main sur les bêtes volées après décisions rendues par la justice. Cela est dû à la complexité des réseaux délictuels mis en place avec des ramifications parfois qui dépassent l’échelle régionale voire nationale. Parce que, généralement dans le bassin arachidier, celui qui vole est différent de celui qui achemine. Celui qui achemine n’est pas celui qui vend. Celui qui vend n’est pas celui qui encaisse l’argent. Cette situation rend difficile la traçabilité des bêtes et leur recouvrement. Finalement, le paysan se voit subir une double perte : il perd ses bêtes et dépense beaucoup d’argent surtout pour engager un avocat. C’est pourquoi, la gratuité des frais d’avocat des éleveurs victimes de vol de bétail doit être de mise par sa prise en charge totale par l’Etat. L’Etat doit désigner d’office un avocat pour les accompagner car les voleurs sont organisés enlobby bien structurés avec des capacités financières qui dépassent l’entendement. Ils ne lésinent sur aucun moyen pour protéger leurs pairs.

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Monsieur le Président, cette question qui vous tient à cœur mérite un combat global, acharné et sans relâche. Vaincre ce combat, c’est asseoir dans ces espaces ruraux les bases de terroirs surs, compétitifs et souverains. C’est pourquoi, au-delà des patrouilles à intensifier en milieu rural, l’accompagnement des populations pour l’éradication de ce fléau me semble urgent.

Aujourd’hui, avec la généralisation en perspective de l’électricité en milieu rural, il est indispensable dans les zones qui vivent au quotidien ce drame, de doter les villages centres de caméras de surveillance. Pour ce faire, il serait opportun de créer un programme spécial de dotation de caméras de surveillance aux zones touchées par le phénomène. L’accès facile aux caméras de surveillance participerait à la réduction drastique du phénomène.

Les dibiteries clandestines et les abattages à tout vent non contrôlés méritent une réflexion globale portée par les services vétérinaires des établissements respectifs. Les ovins et bovins abattus pour une raison ou une autre doivent être signalés au représentant du vétérinaire de la zone avec une photo à l’appui et d’autres moyens d’identification. Le transport des petits ruminants par des motos jakarta doit être banni. Les Gouverneurs, Préfets et sous-préfets doivent, chacun, à l’échelle de sa circonscription administrative prendre des actes formels qui mettent fin à cette pratique. L’Etat doit réorganiser le transport du bétail avec des véhicules spécialisés. Cela empêcherait l’acheminement en catimini du bétail volé qui se passe généralement à des heures tardives de la nuit.

Au-delà des moyens logistiques des forces de l’ordre à augmenter, l’affectation d’ASP dans des cadres organisés dans les villages centres pour prendre le relais des forces de l’ordre avec des patrouilles nocturnes devient indispensable. Le cadre mise en placepermettra des actions synchronisées à l’échelle des terroirs en relation avec la communauté.

Je termine par rendre hommage à un grand homme de la gendarmerie communément appelé Mbaye commissaire. Avec son engagement à lui seul, malgré ses moyens limités, il était parvenu dans les années 80 à neutraliser tous les voleurs dans le département de Fatick. Il symbolisait pour les voleurs ce que Amoul Yakar symbolise aujourd’hui pour les chauffeurs qui ne sont pas en règle. Avec la même hargne des autorités en charge de cette question, nous vaincrons.

MAMADOU NGOM, RESPONSABLE POLITIQUE DANS LA COALITION

DIOMAYE PRESIDENT A FATICK.

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