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Cérémonie d’ouverture du Festival de Ndiongolor « Sur les traces des rois du sine ». Discours de Maa Sinig Niokhobaye Diouf FatouDiène

Ndiongolor, le 10 mai 2025

Honorables Autorités étatiques, religieuses et coutumières,

Chers parents de Ndiongolor, des contrées avoisinantes et de toute autre localité du Sine ,

Distingués invités ,

Je me tiens aujourd’hui devant vous avec une profonde émotion, habité par la responsabilité sacrée que m’a confiée le peuple sérère : conduire, dans la paix et la fidélité aux valeurs ancestrales, les destinées du royaume du Sine. C’est avec fierté et humilité que je foule cette terre historique, haut lieu de mémoire et d’identité.

Ici à Ndiongolor, ce n’est pas simplement une visite de courtoisie que j’effectue , parce que je  m’acquitte d’un devoir de mémoire ,  de transmission et de renouvellement du pacte ancestral  entre le roi et le peuple.

De tradition constante après son intronisation , le Roi du Sine entreprend une tournée auprès des hautes autorités du royaume notamment à : Mbissel , Sanghay, SagneFolo, Niakhar et  Ndiongolor

En décidant de perpétuer  cette tradition aujourd’hui à Ndiongolor , j’ai conscience que mon déplacement prend l’allure d’un pèlerinage .

En effet, Ndiongolor n’est pas un village ordinaire, mais un lieu de mémoire  d’une très grande importance dans l’histoire du Sine. Il fut la capitale, à la fois siège politique et spirituel de grands souverains dont l’éclat illumine encore notre histoire. J’en évoquerai quelques uns, juste pour illustrer mon propos, persuadé que les panélistes pourront être exhaustifs sur la liste et les hauts faits de mes illustres prédécesseurs.

C’est à Ndiongolor que régna Maa Sinig Wagane Faye Téning Diome (1230-1256, soit 26 ans), artisan de paix et d’unité. Et c’est d’ici que régnèrent le Lamane PangaYaya Sarr, et le célèbre Maa Sinig Biram CodouSanemone Faye, le roi à la légendaire témérité .

En posant mes pas sur cette terre royale, je m’inscris dans leur lignée.

Je voudrais rendre un hommage appuyé aux descendants des illustres rois issus de cette contrée ainsi qu’à « Saa Cuur« , et à toutes les familles de Ndiongolor, gardiennes fidèles des traditions sérères. Grâce à vous, les rites, les chants, les symboles de la royauté ont été préservés avec foi et dévotion.

Je rends grâce à Dieu,  et m’incline devant l’esprit des anciens : car nul ne règne seul. Le roi est éclairé par la sagesse des aînés, porté par la ferveur du peuple et guidé par les lois ancestrales.

Peuple du Sine, chers fils et filles de Ndiongolor, votre mobilisation exceptionnelle, vos chants, vos danses rituelles, la beauté des manifestations culturelles que vous avez minutieusement préparées, depuis des mois, témoignent de votre attachement indéfectible à notre histoire commune. Mais, nous le savons tous, ce jour ne se limite pas à une simple  célébration. Il est un appel à la responsabilité, à travers le thème si pertinent du Festival que vous avez eu l’heureuse idée d’organiser en la circonstance:  « Patrimoine, crise des valeurs et bonne gouvernance »

Je saisis  l’occasion pour vous adresser un message de vérité et d’espoir.

Tout le monde constate aujourd’hui que la crise de notre société est globale et profonde .

Elle est à la fois d’ordre économique ,politique et socioculturelle , et touche  les relations sociales, la famille, l’éducation et même la religion. Elle  s’étend à  toutes les couches sociales  et la crise des valeurs qui en résulte menace la coexistence pacifique ,   notre patrimoine culturel et nos repères identitaires.

C’est pourquoi nous avons le devoir d’informer la jeunesse sur  les bonnes pratiques et les valeurs exemplaires  dans nos coutumes et rituels.  L’éducation traditionnelle  façonnait le Sérère , pour le doter d’une  personnalité  bannissant la supercherie , le mensonge, la calomnie, la délation, la peur et la paresse ; qui gangrènent de nos jours les comportements.

Le Sine, aujourd’hui comme hier, doit demeurer un creuset de paix et de dialogue et porter haut le flambeau de l’honneur .

Je vous invite à restaurer, dans nos familles, nos villages et nos institutions traditionnelles, les piliers de notre société :  jom (la dignité), kersa (la pudeur et le respect), fulla (la détermination et le sens de l’engagement),  jamm (la paix).

Que la parenté  à plaisanterie continue de cimenter la cohésion sociale et l’unité et que notre culture  soit notre rempart face aux menaces  de l’uniformisation sans âme.

Je tends la main à la jeunesse : puisez dans nos racines la force de bâtir l’avenir. Je vous exhorte à avoir confiance en vous et en votre société pour éviter de succomber à la fascination de l’ailleurs et aux mirages de l’émigration clandestine . Si les  potentialités dont regorge notre pays attirent même des étrangers , c’est que la réussite est bien à votre portée sous nos cieux .

Je rends hommage aux femmes, piliers silencieux et puissants de notre société. Je remercie les anciens, sentinelles du temps et gardiens de la mémoire.

Le Sine, à travers Ndiongolor, nous enseigne l’unité dans la diversité, la dignité dans la tradition, la modernité dans l’enracinement.

C’est pourquoi le Festival que nous ouvrons ne doit pas être une simple festivité. Faisons-en un acte de mémoire, un engagement de transmission, un devoir d’avenir pour réconcilier les générations avec leur histoire, réaffirmer notre identité face à l’oubli et valoriser un patrimoine menacé.

Je salue et félicite le Comité d’organisation, les populations mobilisées, les griots, les artistes, les chercheurs, les gardiens  de la mémoire collective . Et j’ai une pensée émue pour nos illustres disparus, qui veillent sur nous depuis l’au-delà, car, comme disait Birago Diop, « les morts ne sont pas morts ».

Chers parents, chers invités, que ces journées soient l’occasion de célébrer, apprendre, partager et transmettre.

Que Ndiongolor continue d’être cette lumière enracinée dans l’histoire, éclairant notre chemin vers un avenir digne, pacifique et solidaire.

Cet appel me tient à coeur et je compte sur l’effort de tous pour la restauration de nos valeurs.

J’y attache d’autant plus d’importance que je me suis déjà engagé , au nom du Sine , dans la Déclaration de Diakhao de janvier 2024 ,avec d’autres  notables et chefs coutumiers de différentes communautés ,pour assumer “ la responsabilité de revaloriser les mécanismes traditionnels de régulation sociale et de prévention des conflits …”  C’est dans cette perspective que “Nous encourageons la mise en œuvre de programmes éducatifs visant à sensibiliser les générations présentes et futures sur la diversité de notre héritage culturel et la nécessité de le préserver. »

En vous invitant à nous aider à relever ce défi , je déclare, ouvert le Festival de Ndiongolor « Sur les traces des rois du Sine », édition 2025.

Vive Ndiongolor !

Vive le Sine éternel !

Vive le peuple sérère !

Njooko njal !!!

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