Elhadji Amadou Dia Ba : 37 ans après Séoul, la légende inaltérable du 400 mètres haies. Par Ndiawar Diop – 25 septembre 2025

Le 25 septembre 1988, sous les projecteurs du Stade olympique de Séoul, un homme marqua à jamais l’histoire du sport sénégalais et africain. En 47’23, Elhadji Amadou Dia Ba franchissait la ligne d’arrivée du 400 mètres haies, décrochant la médaille d’argent, première et unique médaille olympique du Sénégal à ce jour. Trente-sept ans plus tard, ce moment reste une source de fierté nationale et un jalon immortel de l’athlétisme mondial.
Face au champion américain André Phillips et à l’icône Edwin Moses, qui dominait la discipline depuis une décennie, Dia Ba réalisa une course d’anthologie. Sa foulée puissante, son mental d’acier et son sens tactique lui permirent d’inscrire son nom dans le panthéon des grands athlètes. Sa performance, toujours considérée comme l’une des plus belles courses olympiques, porta haut les couleurs du Sénégal et de l’Afrique. Pendant trente-cinq ans, son record national du 400 mètres haies est resté intouchable, symbole d’une excellence hors norme et d’une longévité rare dans l’histoire de la discipline.
Bien avant Séoul, Dia Ba avait déjà imposé son règne sur l’athlétisme africain. Quintuple champion d’Afrique, finaliste aux championnats du monde en 1983 et en 1987, il s’affirma comme l’un des meilleurs coureurs de haies de son époque. En 1989, il remporta l’or aux premiers Jeux de la Francophonie à Casablanca, confirmant son statut de référence mondiale. Champion du Sénégal et plusieurs fois champion de France, il s’érigea en modèle d’endurance, de discipline et de rigueur.
Au-delà de ses exploits sur la piste, Dia Ba a su mettre son expérience au service des générations futures. Entraîneur de l’équipe sénégalaise de relais 4×400 m, qu’il mena à une quatrième place aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, puis entraîneur de l’équipe nationale d’Arabie Saoudite, il s’imposa comme un formateur respecté. Aujourd’hui, il dirige le Centre de développement de l’athlétisme africain à Dakar, tout en assumant des responsabilités internationales prestigieuses : Vice-président de l’Association mondiale des Olympiens, Président de l’Association africaine des Olympiens, Président d’honneur de l’Association des Olympiens du Sénégal, et membre du bureau exécutif de l’ACNOA. Son engagement témoigne de sa volonté constante de servir le sport et de transmettre des valeurs universelles.
Pourtant, paradoxalement, Elhadji Amadou Dia Ba est souvent relégué au second plan dans les grandes initiatives sportives du pays, à l’image des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, où son absence dans l’organisation suscite incompréhension et indignation. Comment le seul médaillé olympique du Sénégal peut-il être ignoré d’un événement qui incarne l’idéal olympique ? Tenter d’effacer sa mémoire collective est une entreprise vaine. Car Dia Ba n’est pas seulement une page de l’histoire : il est l’histoire. Il est la preuve vivante que le travail, la persévérance et la loyauté envers son pays ouvrent les portes de l’éternité sportive.
Dans l’ombre de Dia Ba, beaucoup ont tenté d’exister sans jamais égaler la lumière de son parcours. Mais lui, l’étoile inaltérable du 400 mètres haies, continue de briller au firmament de l’athlétisme mondial. Son héritage dépasse les frontières sénégalaises. Pour les jeunes athlètes, il est un modèle de courage et d’humilité. Pour les dirigeants sportifs, un rappel que le mérite et l’expérience ne se négocient pas. Pour le peuple sénégalais, un symbole éternel de fierté et de dignité.
Trente-sept ans après Séoul, Elhadji Amadou Dia Ba demeure une légende vivante. Sa médaille d’argent, loin d’être une relique du passé, est un phare pour l’avenir. Elle rappelle qu’aucun succès n’est le fruit du hasard, mais celui du travail acharné et de la foi en ses rêves. Aujourd’hui plus que jamais, le Sénégal doit honorer son héros. Car oublier Dia Ba, c’est oublier l’âme même du sport : celle qui élève, unit et inspire.
Elhadji Amadou Dia Ba, le Sénégal te salue. Ton nom est immortel.
Par Ndiawar Diop



