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PKK: histoire d’une lutte armée dont la fin annoncée peut recomposer le Moyen-Orient

Depuis quatre décennies, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se livre à un combat violent en Turquie, ayant fait plus de 40 000 morts. Entre lutte des classes et nationalisme, le but initial était d’obtenir la création d’un État kurde. Ces combattants ont ensuite privilégié la reconnaissance de leur peuple ainsi que la conservation de leur identité, de leur culture, sans jamais renoncer aux méthodes radicales. Toute la région est concernée par l’appel lancé à un cessez-le-feu.

L’histoire du Parti des travailleurs du Kurdistan est complexe et jalonnée de sentiments antagoniques. Pour certaines mères kurdes, et ce jusqu’à Berlin, le PKK, c’est ce mouvement clandestin qui a approché un fils ou une fille, dans des associations culturelles ou à l’occasion d’un festival, avant de l’embrigader pour l’envoyer dans les montagnes mener une lutte armée dont il ou elle n’est jamais revenu(e), et parfois, dont il ou elle ne pouvait pas repartir sans risque. Mais pour d’autres parents, leur enfant tombé au combat restera à jamais un héros qui se battait pour une cause juste, face à Daech par exemple dans les années 2010, quand bien même son organisation est qualifiée de terroriste par l’UE ou les États-Unis.

Fin 1993, l’Allemagne a interdit ce groupe armé révolutionnaire, et non moins parti politique socialiste et nationaliste né pour lutter contre la répression des droits, notamment linguistiques, des Kurdes. Et au même moment, la France dissolvait aussi des organisations et associations présentées comme ses « façades légales ».

Le PKK est loin de représenter tous les Kurdes, communauté que l’on trouve jusqu’en Arménie, en Géorgie et ailleurs. Et ce qu’on appelle parfois le « Grand Kurdistan », vaste territoire géographique à cheval sur quatre pays, à savoir la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran, n’abrite pas que des membres de cette communauté culturelle et linguistique. À l’instar des Farc, le PKK est un héritage de la Guerre froide, un groupe marxiste-léniniste formé en 1978 autour d’anciens étudiants de l’université d’Ankara, dont la figure centrale historique, qui fit l’objet d’un culte de la personnalité, s’appelle Abdullah Öcalan. Parmi les autres cadres présents dès cette époque : Sakine Cansiz, assassinée par balle dans le centre de Paris, avec deux autres femmes activistes kurdes, en 2013.

Aux yeux des uns ou des autres, historiquement, les puissances européennes ont joué un rôle, au début du XXe siècle, dans le sillage de la Première Guerre mondiale, en redessinant toute la région à la disparition de l’Empire ottoman. La carte dite de Sykes-Picot, datant de 1916, est souvent mentionnée. Il y a ensuite eu deux accords-clés, d’abord à Sèvres en 1920, puis surtout à Lausanne en 1923, l’année de la fondation de la République de Turquie.

Joint par RFI, le politologue Nicolas Monceau, maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux, rappelait récemment que « toute la construction de l’État-nation turc », depuis Mustafa Kemal dit « Atatürk », s’est opérée sur un modèle « plutôt centralisé ». Il expliquait que le Traité de Lausanne avait reconnu « trois minorités au sens culturel, à savoir les minorités grecque, arménienne et juive », dont les Kurdes étaient absents, parce que très majoritairement musulmans (et sunnites). Dans la bouche de politiciens turcs, et même du gouvernement par le passé, ces derniers, qui se sont notamment soulevés dans l’est du pays en 1925, étaient tout simplement des « Turcs des montagnes ». L’une des questions reste d’ailleurs aujourd’hui de savoir ce qu’entend le président Recep Tayyip Erdogan, lorsqu’il parle ces temps-ci d’un possible « élargissement de l’espace de la politique démocratique ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le dirigeant syrien Ahmed al-Charaa, en conférence de presse au palais présidentiel d'Ankara, le mardi 4 février 2025.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le dirigeant syrien Ahmed al-Charaa, en conférence de presse au palais présidentiel d’Ankara, le mardi 4 février 2025. AP – Francisco Seco

Une histoire kurde, mais pas uniquement

Les années 1970 en Turquie ont constitué un terreau pour la formation du PKK, et pour mesurer la complexité des origines de ce mouvement, l’historien Boris James, maître de conférences à l’université Paul-Valéry de Montpellier et auteur de l’ouvrage Les Kurdes en 100 questions, rappelle que ce terreau abritait « des étudiants kurdes mais pas que ». Le chercheur remonte même jusqu’aux années 1950. Il explique qu’alors, « beaucoup de gens gravitent autour de la gauche radicale turque, allant du républicanisme au marxisme-léninisme, voire au maoïsme. Dans sa vie, Öcalan lui-même a pu être séduit par le kémalisme. La question est de savoir quelle place pour les masses. Il y a l’idée d’un État fort, d’un État protecteur. Et il y a cette thématique qui monte de l’appartenance des Kurdes à ces “damnés de la terre” qu’il faut raccrocher à la lutte. »

Une rupture intervient entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, poursuit M. James, pas seulement en Turquie d’ailleurs, insiste-t-il, mais également dans le monde arabe et jusqu’en Iran, « entre les partis communistes de la région comme le Parti ouvrier de Turquie, le TIP, et la mouvance de la gauche kurde, autour de l’idée que la priorité doit être donnée à la lutte socialiste, et non à la question du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il va même y avoir une inversion de la logique, une partie de la gauche turque se réfugie dans la question kurde. La mouvance d’Öcalan n’est pas particulièrement nationaliste kurde, mais elle considère que cette question est un véhicule fort pour les idées socialistes. »

Deux coups d’État s’entremêlent avec ce processus idéologique en Turquie, en 1960 et en 1971, qui « visent à rétablir la stabilité du point de vue des militaires ». « Il y a une restitution en 1973 du pouvoir aux civils, mais en fait, l’instabilité est accélérée par le coup d’État de 1971, et la décennie va être marquée par des affrontements entre les forces de gauche voire d’extrême gauche, qui peuvent avoir une culture insurrectionnelle montante, et les forces d’extrême droite. »

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