ACTUALITÉSINTERNATIONAL

Port-au-Prince débordé par ses gangs: «J’ai eu le réflexe de courir sous les tirs»

En Haïti, la violence atteint des niveaux jamais vus depuis des décennies. Depuis mercredi, la situation – déjà critique – à Port-au-Prince et ses environs devient intenable pour les résidents de la capitale haïtienne.

 

Depuis plusieurs jours, Port-au-Prince est le théâtre d’une véritable explosion de la violence. Même des quartiers jusqu’ici plutôt épargnés subissent désormais les attaques des gangs armés. Les assaillants tuent, violent et pillent. Des milliers de familles ont fui leurs maisons. Mais les endroits pour se mettre à l’abri deviennent de plus en plus rares. Et les assaillants interdisent la circulation dans les rues en construisant des barrages. Plusieurs sources concordantes ont affirmé à l’agence haïtienne Alterpresse qu’un nombre indéterminé de maisons auraient été incendiées.

En 48 heures, au moins 80 enlèvements ont été recensés partout dans la ville, y compris dans des quartiers cossus de Port-au-Prince et en plein jour. Parmi les victimes se trouve l’inspecteur général de la police nationale d’Haïti, enlevé vendredi avec sa fille alors qu’il l’accompagnait à l’école.

Sous couvert d’anonymat, une habitante explique à RFI à quel point ce type de situation se normalise : « Dès que ça tire, tu te caches et ensuite, tu reprends ta vie normale. » Elle-même a été témoin d’un enlèvement, vendredi. « Il y a eu d’un coup beaucoup de tirs. Les bandits sont arrivés avec leur voiture, cagoulés et très armés. J’ai été envahie tout d’un coup par la peur et j’ai eu le réflexe de courir sous les tirs. Mais j’ai vu l’enlèvement. » Après s’être réfugiée dans un bâtiment pour reprendre son souffle, elle s’est remise en route.

Les gangs ont également attaqué plusieurs commissariats. Les médias haïtiens dénoncent d’ailleurs l’inaction totale des forces de l’ordre alors que des milliers d’habitants appellent au secours. Sous les tirs incessants d’armes automatiques, l’approvisionnement en nourriture et en eau potable leur devient impossible. La capitale haïtienne sombre dans le chaos. Pendant ce temps, le gouvernement du Premier ministre Ariel Henry se mure dans le silence.

Des policiers faisant aux gangs dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, le 3 mars 2023.
Des policiers faisant aux gangs dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, le 3 mars 2023. © RALPH TEDY EROL / REUTERS

Trafic d’armes en hausse

Dans le même temps, un rapport de l’ONUDC paru jeudi 2 mars 2023 pointe l’augmentation du trafic d’armes en Haïti. Des pistolets et même parfois des mitrailleuses lourdes « sont aujourd’hui importés clandestinement […] dans un contexte de dégradation rapide et sans précédent de la sécurité », souligne le rapport. La plupart des armes proviennent des États-Unis et transitent d’abord par la Floride où des membres de la diaspora haïtienne « se chargent souvent de les cacher dans des conteneurs d’articles d’importation usuelle ».

L’agence onusienne rappelle la situation catastrophique dans laquelle est le pays avec un nombre d’homicides enregistrés est passé de 1 141 en 2019 à 2 183 en 2022 et celui des enlèvements de 78 à 1 359. Avant les violences de ces derniers jours, les gangs contrôlaient déjà plus de la moitié du territoire national, selon l’étude qui « déplore l’effet du trafic sur les multiples crises haïtiennes ».

L’organisation onusienne s’est notamment basé sur l’augmentation récente des saisies d’armes à feu, sur des rapports des services de renseignement et sur des décisions de justice. Son évaluation doit aider à accorder « un soutien au peuple haïtien », a indiqué dans un communiqué Angela Me, responsable du service d’analyse à l’ONUDC, un office basé à Vienne, en Autriche.

(Et avec AFP)

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page