Séance de dédicace de « Ada, la luberne tigrée » à la maison Birago Diop : un livre inspiré par un vécu douloureux

Samedi dernier, la Maison Birago Diop, siège de l’Association des Écrivains du Sénégal (AES), a accueilli une séance de dédicace empreinte d’émotion et d’engagement. L’auteure sénégalo-belge Adama Rachel Camara y a présenté son ouvrage Ada, la luberne tigrée, un livre de jeunesse abordant la thématique sensible des abus sexuels sur les enfants. Le public, venu nombreux, a pu échanger avec l’auteure, dont le message fort a résonné bien au-delà des murs de la célèbre maison littéraire.
Adama Rachel Camara a partagé avec son parcours personnel, révélant que son livre est inspiré de son propre vécu. « J’ai vécu cela dans mon enfance, et après plus de 30 ans, j’ai trouvé la force de transformer cette douleur en outil de prévention », a-t-elle confié. Son objectif ? Offrir aux enfants un moyen de s’identifier à un personnage, Ada, pour leur apprendre à dire non, à dénoncer, et à comprendre que leur valeur ne se réduit pas à ce qu’ils ont subi. Le livre, présenté sous forme de fable mettant en scène des animaux, utilise un langage accessible et ludique pour aborder un sujet difficile sans violence ni choc. « L’histoire est conçue pour être lue avec un adulte, afin d’ouvrir le dialogue », a précisé l’auteure, soulignant l’importance de l’accompagnement parental. Une fiche pédagogique, élaborée avec des éducateurs en Belgique, accompagne d’ailleurs l’ouvrage pour guider les discussions.
Le choix du Sénégal pour cette première présentation en Afrique n’est pas anodin. Adama Rachel Camara a expliqué son attachement profond à ce pays, où une partie de sa famille réside encore. « Le Sénégal est la terre des géants de la littérature africaine. Je ne pouvais pas rêver meilleur cadre pour porter ce message », a-t-elle déclaré. Elle a également annoncé la mise en place prochaine d’une structure dédiée à la prise en charge des enfants victimes de violences, avec un siège déjà prévu en Belgique et des collaborations envisagées au Sénégal.
Un appel aux parents et à la société
Lors des échanges, l’auteure a lancé un message poignant aux parents : « S’occuper d’un enfant, ce n’est pas seulement le nourrir ou l’habiller. C’est veiller à sa sécurité psychologique. » Elle a déploré le silence qui entoure trop souvent les abus, notamment lorsque l’agresseur fait partie de la sphère familiale. « Un enfant non écouté grandit avec des traumatismes qui peuvent le hanter toute sa vie », a-t-elle insisté, rappelant que plus de 130 millions d’enfants sont victimes d’abus sexuels dans le monde, un chiffre largement sous-estimé
Adama Rachel Camara a dévoilé ses ambitions pour étendre la portée de son message : une adaptation audiovisuelle en dessin animé est déjà en cours, avec l’objectif de diffuser le récit dans les écoles et les communautés. Elle a également évoqué une chanson, déjà traduite en huit langues, qui complète le livre en encourageant les enfants à briser le silence.
La séance s’est clôturée par des témoignages bouleversants. Une auditrice, visiblement émue, a salué le courage de l’auteure : « Votre livre est une lumière pour ceux qui ont vécu l’indicible. » Un journaliste présent a qualifié l’ouvrage de « chef-d’œuvre nécessaire », tandis que Maimouna Diop, directrice de l’Association Sénégalaise de Protection de l’Enfance, a souligné l’importance de telles initiatives dans un pays où les structures d’accueil pour enfants vulnérables restent insuffisantes. La séance de dédicace de Ada, la luberne tigrée a bien plus qu’un événement littéraire : ce fut un plaidoyer pour la protection de l’enfance. Adama Rachel Camara, portée par une résilience admirable, a transformé sa douleur en une arme de sensibilisation massive. Son livre, bientôt soutenu par des projets multimédias et des actions sur le terrain, promet de devenir un outil clé dans la lutte contre les violences faites aux enfants, au Sénégal et bien au-delà.
LAMINE DIEDHIOU



