Empoisonnement d’écolières en Iran: l’ONU réclame une «enquête transparente»

Après une série de cas d’intoxication par des gaz mystérieux de jeunes filles depuis novembre dans des écoles d’Iran, l’ONU a joint sa voix ce vendredi à celle de la cheffe de la diplomatie allemande pour demander leur élucidation.
Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies réclame « une enquête transparente » et des conclusions publiques. « Nous sommes très préoccupés par ces allégations selon lesquelles des filles sont délibérément ciblées dans ce qui semble être des circonstances mystérieuses », a déclaré la porte-parole du Haut-Commissaire Ravina Shamdasani aux journalistes à Genève.
Cette affaire d’intoxication collective, qui fait grand bruit, a débuté à la fin novembre lorsque les médias ont fait état de premiers cas d’empoisonnement par voies respiratoires de centaines de filles âgées d’environ 10 ans dans les écoles de la ville sainte de Qom (centre).
Près de 800 cas, dont une centaine mercredi
Mercredi 1er mars, les élèves de sept écoles de filles de la ville d’Ardabil (nord) ont été indisposées dans la matinée par des émanations de gaz et 108 personnes ont été transportées à l’hôpital, a annoncé le chef du service hospitalier à l’agence de presse Tasnim. L’état général des élèves, qui ont souffert de difficultés respiratoires et de nausées, évolue favorablement, a-t-il précisé. Des cas ont également été constatés cette semaine à Téhéran. Dans un lycée de Tehransar, dans l’ouest de la capitale, des élèves ont été « intoxiquées par la projection d’une sorte de spray », a indiqué de son côté l’agence de presse Fars, qui cite des parents d’élèves.
D’après les estimations données mercredi par la porte-parole de la commission parlementaire de la santé, Zahra Sheikhi, près de 800 élèves ont été affectées depuis les premiers cas. Le ministère de la Santé avait expliqué dimanche que « certains individus » cherchaient par ces actions à « fermer toutes les écoles, en particulier les écoles de filles ».
L’affaire a provoqué une vague de colère envers le pouvoir du pays, où des voix ont dénoncé le silence des autorités face au nombre croissant d’écoles touchées. Certaines élèves ont été brièvement hospitalisées, mais aucune n’a été gravement affectée, selon les services de secours. Le président iranien Ebrahim Raïssi a chargé mercredi le ministre de l’Intérieur de « suivre l’affaire au plus vite » et d’« informer » le public sur l’enquête afin de « balayer les inquiétudes des familles ».
Des « auteurs directement ou indirectement liés aux institutions » iraniennes, selon une ONG
Mais dans un communiqué, l’ONG « Iran Human Rights considère que ces attaques sont des attaques terroristes chimiques coordonnées ». Selon son directeur Mahmood Amiry-Moghaddam, « l’absence de mesures appropriées et préventives de la part des autorités de la République islamique renforce l’hypothèse selon laquelle les auteurs des attentats sont directement ou indirectement liés aux institutions étatiques placées sous le commandement d’Ali Khamenei ». L’organisation « appelle à une réponse forte et immédiate de la communauté internationale ».
…and given the strong probability that the perpetrators are close to the Islamic Republic’s security institutions, it calls for a strong and urgent response from the international community.#IranRevolution #Iran #SaveIranianSchoolgirls https://t.co/Gb0brwV96x pic.twitter.com/BJornFTmzw
— Iran Human Rights (IHR NGO) (@IHRights) March 2, 2023
« Les informations au sujet d’écolières empoisonnées en Iran sont choquantes », a également réagi la ministre allemande des Affaires étrangères sur Twitter. « Tous les cas doivent être élucidés », exige Annalena Baerbock. « Les filles doivent pouvoir aller à l’école sans crainte, que ce soit à Téhéran ou à Ardabil (nord-ouest), estime la ministre allemande. Il ne s’agit de rien de moins que de leur droit. »
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour sa part est en contact avec les autorités sanitaires iraniennes. Sa porte-parole Margaret Harris a indiqué que l’agence « utilisait d’autres moyens pour mieux comprendre l’événement afin que nous ayons de meilleures preuves ».
Le pouvoir iranien a été critiqué à de nombreuses reprises pour la répression du mouvement de contestation en cours dans le pays, depuis la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans décédée à la suite de son arrestation par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique.
(Avec AFP)



